Municipales 2014 : comprendre le vote des Français

Abstention différentielle, priorité au "localisme", désenchantement et rejet de la classe politique… Le sondage Ipsos/Steria réalisé pour France Télévisions, Radio France, Le Monde, Le Point et LCP/Public Sénat décrypte le vote des Français au premier tour des Municipales 2014.

Un climat morose pèse sur le scrutin. Les élections municipales se déroulent dans un climat maussade et de pessimisme massif quant à l’avenir du pays : plus de huit Français sur dix (82%) expriment ainsi des anticipations pessimistes sur l’évolution de la situation économique et sociale de la France dans les mois qui viennent.

Une abstention différentielle en faveur de la droite

La sociologie de l’abstention au premier tour de ces élections municipales est classique et met en lumière les déterminants habituels (âge, appartenance sociale) de la participation politique. La participation croît ainsi linéairement et fortement avec l’âge (41% chez les 18-24 ans, 47% chez les 25-34 ans, 61% chez les 35-59 ans et 76% chez les 60 ans et plus) et trouve un niveau nettement plus élevé au sein des CSP+ (65% chez les cadres et professions intellectuelles supérieures) qu’au sein des CSP- (49% chez les ouvriers).

L’analyse par électorats montre que la mobilisation de l’électorat de droite (75% des sympathisants UMP-UDI se sont rendus aux urnes) a été de 10 points supérieure à celle de l’électorat de la gauche parlementaire (65%). Il y a donc bien eu une abstention différentielle entre électeurs de gauche et de droite lors de ce premier tour des municipales.

Les raisons de l’abstention : la défiance à l’encontre du politique

La perception d’une impuissance du politique (44% de ceux qui se sont abstenus évoquent comme raison principale le fait "que ces élections ne changeront rien à leur vie quotidienne"), la défiance  à l’égard du personnel politique (39% disent s’être abstenus pour "exprimer leur mécontentement à l’égard des hommes politiques") et l’insatisfaction à l’égard du gouvernement et de François Hollande (22%) arrivent en tête des raisons qui fondent le comportement des abstentionnistes du premier tour.

Les motivations du vote : priorité confirmée au localisme

Plus de trois quarts des Français (77%) disent avoir avant tout tenu compte de la situation politique locale pour déterminer leur vote d’aujourd’hui, 23% ayant à l’inverse plutôt privilégié la situation politique nationale. C’est logiquement au sein des électorats FN (33%) et UMP-UDI (31%) que le poids des considérations nationales dans la détermination du vote est le plus important.

Autre signe de cette primauté des enjeux locaux, si 34% des électeurs disent avoir voulu exprimer leur opposition au gouvernement et à François Hollande ce dimanche et 11% leur soutien, la majorité de Français (55%) déclare n’avoir voulu faire " ni l’un, ni l’autre". Cette expression de l’opposition au gouvernement et au président est très politisée : forte au sein des électeurs de droite à la Présidentielle 2012 (64%) et d’extrême-droite (62%), elle est quasi inexistante au sein des électeurs de gauche (7% chez les électeurs de François Hollande de 2012 et 11% chez ceux de Mélenchon).

Plus d’un Français sur deux ne souhaite ni la victoire la droite, ni celle de la gauche aux élections municipales

Signe du climat de morosité et de désenchantement qui prévaut lors de ces élections municipales, 52% des Français ne souhaitent ni la victoire de la droite, ni celle de la gauche le 30 mars prochain. Un peu plus d’un quart (27%) souhaite la victoire de la droite ; un peu plus d’un cinquième celle de la gauche (21%...). Un tiers des électeurs de gauche (36% de ceux du Front de Gauche ; 32% de ceux du PS) et un électeur écologiste sur deux (50%) ne souhaitent ni la victoire de la gauche, ni celle de la droite à l’occasion de ces municipales.

La défiance et le désabusement à l’égard de la politique se retrouve dans un autre chiffre : quel que soit le parti politique testé, au moins 60% des Français souhaitent "qu’il sorte plutôt affaibli" des élections municipales. Avec 39% de Français souhaitant qu’ils sortent renforcés du scrutin, les Verts et le FN sont ceux qui obtiennent les moins mauvais résultats, juste devant l’UMP (38%). Le PS est à 30%.

Le "Front Républicain" a vécu dans l’électorat de droite

L’adhésion à l'idée d'un "Front Républicain" pour faire barrage au FN est aujourd’hui très minoritaire dans l’électorat de droite : dans le cas où une liste de droite arriverait troisième derrière une liste de gauche et une liste FN, 47% des sympathisants UMP-UDI souhaitent qu’elle se maintienne au second tour si elle en a la possibilité, 25% préférant qu’elle se retire et ne donne pas de consigne de vote, 18% qu’elle se retire et appelle à voter FN et seulement 10% qu’elle se retire et appelle à voter à gauche. Dans ce même cas de figure, l’électorat FN est très majoritairement favorable à une alliance, 65% souhaitant que la liste de droite se retire et appelle à voter FN. De manière plus générale, l’électorat frontiste exprime aujourd’hui une demande claire d’alliances avec la droite parlementaire : plus de sept électeurs du FN sur dix sont favorables à un accord UMP-FN au niveau national pour diriger le pays comme au niveau local pour diriger des villes. Une majorité de l’électorat de la droite parlementaire reste hostile à une telle alliance, de manière large sur le plan national (62% contre 38%), bien plus ténue sur le plan local (53% contre 47%).

A gauche, dans le cas de figure d’une liste de gauche arrivée troisième derrière une liste de droite et une liste FN et pouvant se maintenir au second tour, une majorité de l’électorat de gauche se prononce pour un retrait de la liste (66%) mais une minorité (30%) souhaite un appel public à voter à droite. Un tiers enfin (34%) se prononce pour le maintien de la liste. 

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