Municipales 2026 | Edito #4 | Stéphane Zumsteeg
Municipales 2026 | Edito #4 | Stéphane Zumsteeg

Municipales 2026 : jusqu'où ira le reflux de la vague verte ?

Chaque semaine, un expert de l'opinion Ipsos bva décrypte la campagne et analyse les dynamiques à l’œuvre. Cette semaine, Stéphane Zumsteeg revient sur les perspecpectives dans les grandes villes conquises par les écologistes en 2020. Six ans après la « vague verte », plusieurs enquêtes pré-électorales montrent un jugement souvent critique des habitants sur l’action municipale. Mais ces signaux d’insatisfaction se traduiront-ils réellement dans les urnes lors des scrutins des 15 et 22 mars, ou les écologistes parviendront-ils à résister grâce aux équilibres politiques locaux ?

Municipales 2020 : comment les écologistes ont conquis les grandes villes

Les élections municipales de 2020 s’étaient traduites par une forte poussée du vote écologiste dans les très grandes communes françaises. Des villes telles que Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers, Annecy, Besançon étaient désormais dirigées par des maires issus des rangs d’Europe Ecologie-Les Verts - sans parler de Grenoble conquise en 2014, de Marseille où le Printemps Marseillais était mené par une personnalité écologiste et de Lille, où EELV avait échoué de 227 voix au second tour face à Martine Aubry.

Les multiples raisons pouvant expliquer ces succès sont connues. Les préoccupations environnementales des Français à la suite de nombreux épisodes climatiques « anormaux » avaient fortement progressé les années précédentes (se traduisant notamment par les très bons résultats de la liste conduite par Yannick Jadot lors des élections européennes de 2019). Compte tenu de la crainte inspirée par le Covid, les seniors, traditionnellement très civiques, s’étaient moins déplacés dans les bureaux de vote cette année-là, augmentant mécaniquement le poids des jeunes (plus préoccupés que leurs aînés par les considérations environnementales) parmi les personnes s’étant exprimées lors du scrutin municipal. Enfin, les succès écologistes s’étaient le plus souvent construits face à un parti socialiste et une droite LR très affaiblis au niveau national et à la volonté d’une partie des Français de profiter de ces élections pour sanctionner le président de la République. 

Municipales 2026 : un contexte politique beaucoup moins favorable

6 ans après, le contexte semble moins favorable, les nombreuses enquêtes pré-électorales récentes révélant dans ces villes une situation politique le plus souvent a minima compliquée et parfois périlleuse.

À ce titre, Ipsos bva et son partenaire CESI Ecole d’Ingénieurs ont réalisé pour le groupe de presse EBRA cinq enquêtes pré-électorales dans des villes de l’est de la France dirigées par les Ecologistes (Lyon, Grenoble, Strasbourg, Annecy et Besançon). Si le rapport de force électoral reste très différent selon ville, notamment en fonction des alliances ou absences d’alliances avec les autres forces de gauche, les résultats des questions d’opinion portant sur le bilan de l’action menée depuis 2020 sont sans appel. Les administrés de ces cinq villes manifestent majoritairement, et parfois très majoritairement, leur mécontentement à l’égard du travail fourni : la part des personnes mécontentes varie selon les villes de 52% à 65 %. Au-delà du constat global, ces niveaux de personnes critiques sont significativement plus élevés que ce que nous observons en général dans les villes de plus de 100 000 habitants, où, en moyenne, seulement 40% des personnes interrogées se révèlent mécontentes.

De la même manière, les personnes considérant que la qualité de vie dans chacune de ces villes s’est détériorée depuis 2020 oscillent entre 40% et 59% de la population, là aussi au-delà de la moyenne des villes de plus de 100 000 habitants. Plus préoccupant encore, de 57% à 75% des personnes interrogées dans ces cinq villes ne souhaitent pas que l’équipe sortante soit réélue à l’occasion des élections municipales, ce souhait d’alternance étant à nouveau bien moindre en général dans les villes de taille similaire.

Union de la gauche ou division : la clé du résultat des écologistes

Ces résultats ne signifient pas pour autant que les Ecologistes se dirigent vers une déroute électorale, bien au contraire. S’ils devraient perdre quelques villes, le bilan global pour ce parti sera probablement bien plus fonction des configurations de candidatures que du jugement exprimé par les administrés à l’égard de l’action municipale. En privilégiant des listes d’union avec les autres partis de gauche, les Ecologistes pourraient conserver plusieurs villes et échapper ainsi aux jugements négatifs exprimés quant au travail accompli : ce pourrait être le cas à Bordeaux ou Besançon. En revanche, là où l’union n’a pas pu se faire dès le premier tour, le rééquilibrage du rapport de force entre les différents partis de gauche depuis les élections européennes de 2024, devrait mettre les écologistes sortants dans une situation bien plus inconfortable, comme par exemple à Strasbourg.

La vague verte survivra-t-elle aux municipales 2026 ?

Quel que soit le nombre de villes qu’ils perdront ou conserveront, les jugements critiques à l’égard de leur action depuis six ans dans les villes qu’ils dirigent, empreints de « dégagisme », illustrent un « rendez-vous manqué » entre les Ecologistes et une partie de leur électorat de 2020.

Sondage municipales 2026 | Ipsos bva | Dossier spécial municipales

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Auteur(s)

  • Stéphane Zumsteeg - Directeur Opinion et Recherche Sociale, Public Affairs
    Stéphane Zumsteeg
    Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Public Affairs

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