Municipales 2026 : quelle place pour les femmes en politique locale ?
Une méconnaissance des inégalités réelles en politique locale
A la veille des élections municipales, seulement 20% des maires en France sont des femmes. Et les femmes représentent seulement un quart des têtes de listes présentes le 15 mars.
Si les femmes sont mieux représentées à la tête des listes de gauche (40,9% à l’extrême gauche, 30,2% du côté du bloc de gauche) et dans les grandes villes, la parité n’est jamais atteinte.
Aujourd’hui, l’opinion française est-elle consciente de cette réalité ? Il semblerait qu’une majorité de Français l’ignore : si 48% estiment correctement la proportion de femmes parmi les maires (« entre 16 et 25% »), un quart surestime cette proportion (26% et plus) et un quart la sous‑estime (moins de 15%).
À l’approche du scrutin municipal, la demande de féminisation des mairies demeure néanmoins plutôt timide
Si 20% souhaitent « beaucoup plus » de femmes maires et 25% « un peu plus », un quart (26%) en souhaitent « autant qu’aujourd’hui » et un quart (26%) affirme que cela n’a pas d’importance.
La question ne suscite donc ni rejet massif (3%), ni demande forte (seulement 20%), mais demeure périphérique pour une grande partie de la population et suscite souvent de l’indifférence.
La parité obligatoire dans les communes de moins de 1000 habitants : une mesure très bien reçue, mais perçue comme contraignante
L’élargissement de la parité sur les listes candidates aux élections municipales dans les petites communes (moins de 1000 habitants) est largement jugé bénéfique :
- 81% pensent qu’elle améliorera la présence des femmes
- 78% qu’elle facilitera leur engagement dans la politique local
- 77% estiment – aujourd’hui à tort, au vu du pourcentage de femmes têtes de listes… - qu’elle favorisera l’accès aux fonctions de maire pour les femmes.
Mais cette adhésion s’accompagne d’une appréhension tout aussi marquée : 70% anticipent qu’elle compliquera la constitution des listes (75% dans les milieux ruraux).
Une manière différente de faire de la politique selon le genre ? Les Français sont divisés sur la question
57% des Français estiment que les responsabilités municipales seraient exercées de la même manière par les femmes et les hommes ; 43% pensent le contraire.
Les différences perçues renvoient, sans doute, en grande partie à une division sexuée des rôles politiques aujourd’hui, largement documentée (notamment par Mariette Sineau) : les délégations sociales sont attribuées aux femmes (aujourd’hui entre 72% pour les affaires sociales et 94% pour la petite enfance) tandis que les portefeuilles plus stratégiques demeurent majoritairement masculins. Les structures alimentent donc l’idée de styles politiques différenciés.
D’ailleurs, les qualités attendues d’un maire en fonction de son genre ne sont pas identiques mais pour autant pas opposées, avec cependant quelques différences importantes :
- Pour un homme maire : honnêteté (34% - 10 points de plus que les femmes), défense des intérêts de la commune (31%), écoute et proximité avec les habitants (28%) dominent dans les attentes.
- Pour une femme maire : défense des intérêts (34%), capacité à s’entourer d’une équipe compétente (27%, soit +5 points par rapport aux hommes, chez qui cela n’arrive qu’en 6e position), écoute et proximité avec les habitants (26%).
La capacité à s’entourer d’une équipe compétente est donc bien plus attendue des femmes (2ème position contre 6ème position chez les hommes). Autrement dit, on attend des hommes qu’ils soient eux-mêmes à la hauteur de la fonction (ou on les perçoit comme l’étant naturellement), tandis que les femmes doivent davantage s’entourer pour l’être.
Être une femme – mère et candidate : un léger handicap par rapport aux hommes
L’enquête révèle également des biais persistants quand se mélangent le genre, la parentalité et l’exercice des fonctions de maires.
À profil strictement égal (40 ans, trois enfants), les jugements diffèrent :
- Le fait d’avoir des enfants, pour un homme maire, est vu comme un atout par 25% (contre 21% pour une femme)
- Le fait d’avoir des enfants est davantage perçu comme un handicap pour une femme maire (17% contre 12% pour les hommes)
Femmes en politique : des idées reçues toujours ancrées, particulièrement chez les jeunes hommes
Si 90% des Français rejettent l’idée que les femmes seraient moins compétentes que les hommes pour exercer des responsabilités politiques (10% pensent qu’elles sont moins compétentes, 21% chez les hommes de moins de 35 ans), 39% pensent qu’elles s’intéressent moins à la politique (48% chez les hommes de 60 ans et plus). Par ailleurs, 72% estiment qu’elles n’osent pas se lancer en politique autant que les hommes. Une idée largement répandue, sans différence significative selon le genre.
Simultanément : 95% affirment qu’elles ont autant de capacités que les hommes pour exercer des responsabilités politiques (mais 16% des hommes de moins de 35 ans ne sont pas d’accord) et 80% pensent qu’il faut faire tout faire pour faire plus de place aux femmes en politique.
Pourtant, 40% ne considèrent pas que le système politique désavantage les femmes (47% des hommes, 50% des hommes de 35‑59 ans).
Ces données montrent la coexistence de plusieurs registres : une forte adhésion à l’égalité en principe, mais une tendance à individualiser la responsabilité de la sous‑représentation (les femmes « osent moins », « s’intéressent moins ») et une relativement faible reconnaissance des obstacles structurels (40% pensent que le système ne fait pas obstacle à la représentation des femmes en politique).
Tout compte fait, à la question : « De manière générale, indépendamment de l’étiquette politique de la candidate, le fait qu’une liste soit menée par une femme dans votre commune serait-il de nature à vous inciter à voter pour cette liste ? », on constate que le simple fait d’être une femme candidate peut venir lui porter préjudice, bien que ce phénomène opère de manière marginale : 71% déclarent que le fait qu’une liste soit menée par une femme n’aurait aucun impact ; 23% y verraient un atout pour voter pour cette liste, mais 6% y verraient un frein, chiffre montant à 9% chez les hommes, et jusqu’à 17% chez les hommes de moins de 35 ans. Près de deux jeunes hommes sur dix se disent donc aujourd’hui réticents à l’idée de voter pour une tête de liste en raison de son genre.
Rapport complet
À propos de cette enquête
Enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs menée du 6 au 10 mars 2026 auprès de 1 000 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.
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