Nancy peut basculer à gauche

Les Municipales 2014 à Nancy marqueront la fin de l'ère André Rossinot, qui se retire après 31 ans passés à la tête de la ville. L'enquête Ipsos/Steria réalisée pour France 3 Lorraine montre que cette élection pourrait aussi permettre à la gauche de diriger la ville. Ce serait historique : depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Nancéiens n'ont élu que des maires de droite.

La gauche, qui totalise à un mois du scrutin 50% des intentions de vote au premier tour, est en effet en position favorable. La liste PS/PC/PRG/EELV conduite par Mathieu Klein arrive en tête à 38% d'intentions de vote, devant la liste UDI-UMP-Modem conduite par Laurent Hénart, à 36%. La droite parlementaire obtient ainsi 11 points d'intentions de vote de moins que le score d'André Rossinot au premier tour des municipales 2008 (47,2%). Ce différentiel s’explique notamment par le fait que l'équipe sortante est créditée d'un bilan moyen: 63% des interviewés sont satisfaits du travail accompli au cours de la mandature contre 29% de mécontents. Ce bilan mitigé s’illustre également par le fait que l’enjeu majeur aux yeux des Nancéiens au moment de déterminer leur choix de vote est le niveau des impôts locaux.

En troisième position, la liste du Parti de Gauche, créditée de 11% d'intentions de vote, pourrait constituer un renfort de choix pour la liste conduite par Mathieu Klein, à condition qu’elle se désiste au second tour. Une liste LO à 1% d'intentions de vote complète l'offre électorale à gauche.

A droite, les réserves de voix sont à chercher du côté du FN, qui recueille 8% d'intentions de vote et n'est donc pas certain d'atteindre les 10% lui permettant de se maintenir au second tour. Il y a certainement aussi des soutiens potentiels dans l'électorat de deux listes sans étiquette, "Nancy Ville Humaine" conduite par Denis Gabet, née des manifestations contre le mariage pour tous qui recueille 4% d'intentions de vote, et "Nancy2014.eu", conduite par un ancien du Modem, à 2%.Dans l'hypothèse d'un duel gauche/droite au second tour, la liste conduite par Mathieu Klein recueille 52% des intentions de vote, contre 48% pour la liste de Laurent Hénart. Le retard actuel de la droite renvoie aux mauvais reports de voix dans l'électorat FN : peut-être à cause de l'étiquette centriste (UDI) de sa tête de liste, moins de la moitié des électeurs FN du premier tour ont l'intention de voter à droite au second. Ce taux peut néanmoins se redresser dans l'entre-deux tours, ce qui pourrait modifier le rapport de forces: si les résultats du premier tour montrent que la droite est en difficulté et que la gauche peut vraiment l'emporter, une partie plus importante de l'électorat FN pourrait être tenté de quand même voter à droite pour faire battre la gauche.

Un tel vote "stratégique" est plus difficilement envisageable dans une configuration de triangulaire, si le FN parvenait finalement à rééditer le score de Marine Le Pen à la Présidentielle 2012 (10,6%) et se qualifiait pour le second tour. L'avance de la liste conduite par Mathieu Klein serait dans ce cas plus significative, puisqu'elle obtient 49% d'intentions de vote, contre 44% pour la liste conduite par Laurent Hénart, et 7% pour la liste FN conduite par Pierre Ducarne.

A un mois du scrutin rien n'est encore joué. La mobilisation des électeurs (bien que comparable à celle de 2008 et relativement plus importante que pour des villes de taille comparable) pourrait notamment progresser si le bruit médiatique faisait courir l'idée qu'une défaite de la droite était envisageable à Nancy. Difficile en revanche de prévoir quel camp cela avantagerait. Ce qui est sûr en revanche c'est que Nancy fait partie des rares villes qui pourraient basculer à gauche au soir du 30 mars.

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