85% des Français pensent que les agriculteurs ne sont pas rémunérés à leur juste valeur

Après plusieurs jours de forte mobilisation des agriculteurs en France et alors que les principaux syndicats ont appelé à la fin des blocages, Ipsos a interrogé, conjointement avec Episto, technologie de référence de collecte d’insights via les réseaux sociaux, les agriculteurs et les Français : quelles sont leurs attentes ? Les agriculteurs attendent une transformation de la politique agricole et n’ont jamais été aussi pessimistes. Les Français quant à eux soutiennent le mouvement. S’ils déclarent préférer les aliments cultivés ou élevés en France, ils soulignent un pouvoir d’achat limité face à des produits made in France plus chers.

L’enquête réalisée par Ipsos fin janvier 2024 avec l’aide d’Episto, « Regard croisé entre les agriculteurs et les citoyens-consommateurs en France », montre que le moral des agriculteurs s’écroule par comparaison à la vague de juillet 2023 : 48% des exploitants agricoles se déclaraient pessimistes l’année dernière contre 71% aujourd’hui, un seuil encore jamais atteint depuis 2020 et les mesures AgriExpress qu’Ipsos réalise une à deux fois par an. 

Dans ce contexte, 89% des agriculteurs soutiennent le mouvement actuel, dont 76% le soutiennent « tout à fait » ; ils attendent une transformation de la politique agricole en France. La taxe progressive sur les GNR a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et son exonération ne suffit pas. Les agriculteurs attendent des actions structurelles et non court-termistes, avec trois mesures prioritaires : 

  • Interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas les normes françaises pour 76% ; 

  • Assurer une meilleure répartition des marges de la filière agricole au profit des producteurs (62%) ; 

  • Faciliter les démarches administratives pour les agriculteurs (56%). 

A cela s’ajoute un constat sans appel : du point de vue des agriculteurs, la filière agricole est dysfonctionnelle. Quatre points de tension ressortent : 

 

  • L’échec des lois EGALIM (et leur respect par les parties prenantes) : 74% des répondants ne partagent pas l’avis selon lequel les lois EGALIM sont un succès et sont bien appliquées. 

  • Les industries agro-alimentaires qui devraient mieux rémunérer les agriculteurs pour leur production : 98% d’adhésion (dont 87% « tout à fait d’accord »). 

  • La défense des marges (au profit des agriculteurs) poussées par les coopératives auprès des groupes agro-alimentaires : 94% d’adhésion (dont 72% « tout à fait d’accord »). 

  • La réduction des effets de l’inflation sur les prix pratiqués par les entreprises d’intrants : 90% (dont 49% « tout à fait d’accord »). 

 

La transformation voulue par les agriculteurs doit aussi être sociale pour changer les comportements et les représentations avec : 

  • La valorisation du métier auprès de l’opinion publique : pour 81% des agriculteurs, les pouvoirs publics devraient mettre en place des actions de communication pour valoriser davantage leur métier auprès du grand public, et notamment des jeunes. 

  • Le soutien à la production locale made in France : 87% des agriculteurs sont d’accord avec l’idée que les Français ne devraient consommer que des produits cultivés en France, mais les Français le peuvent-ils ? 

 

Le second volet de l’enquête « Regard croisé », réalisé par Ipsos.Digital sur un échantillon représentatif de la population française en janvier 2024, révèle que 80% des consommateurs déclarent soutenir le mouvement (dont 43% le soutiennent « tout à fait »). Par ailleurs, 66% des répondants font le choix des aliments cultivés localement* mais seuls 39% se disent prêts à payer 10 à 20% plus cher les produits alimentaires made in France. Dans la même logique, 39% seulement sont favorables à une journée de solidarité avec les agriculteurs en France sur l'exemple de celle dédiée aux personnes âgées ou en situation de handicap. 

 

Le soutien des Français s’explique notamment par leur empathie envers les agriculteurs, 77% estimant qu’ils n’auraient pas le courage de faire ce métier et 91% que ce sont « des gens qui travaillent beaucoup ». Par ailleurs une majorité de Français ont confiance en eux : 63% vis-à-vis des agriculteurs en conventionnel et 65% vis-à-vis des producteurs en filière bio. En revanche, plus des trois quarts des Français (74%) n’inciteraient pas leurs enfants (ou les enfants d’un proche) à faire demain le métier d’agriculteur. 

 

Les Français ont également conscience que les agriculteurs ne sont pas rémunérés à leur juste valeur (85%) et que trop de contraintes pèsent sur eux (86%) : entreprises agro-alimentaires, GMS, etc. La concurrence déloyale des pays hors UE devient le défi agricole n°1 pour demain (47% vs. 31% en 2023), juste devant les événements climatiques (45%, stable par rapport à 2023). 

 

Comme les agriculteurs, les Français attendent beaucoup du gouvernement, les deux tiers (67%) considérant qu’il devrait y avoir plus de subventions pour soutenir et aider les agriculteurs. En ce qui concerne les priorités pour la filière, les consommateurs sont strictement alignés sur les revendications des agriculteurs : 

  • En premier : interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas les normes française (72% des avis exprimés), 

  • Assurer une meilleure répartition des marges de la filière agricole au profit des producteurs : 59% des avis exprimés, 

  • Faciliter les démarches administratives pour les agriculteurs : 52% des avis exprimés. 

 

A propos de Notre Avenir à tous

Créée en 2018 par Jérémy Lefebvre et Alexis Watine en pleine crise des gilets jaunes, Episto est aujourd’hui la technologie de référence de collecte d’opinions sur les réseaux sociaux. Elle cible les répondants les plus pertinents via des publicités sur les réseaux sociaux et collecte leurs opinions spontanées grâce à un questionnaire conversationnel et engageant. Episto compte parmi ses clients de grandes sociétés de sondages et d’études (Ipsos, Kantar, BVA...), des leaders de la distribution (Decathlon, Auchan, Fnac Darty, ...), des champions de l’agroalimentaire (PepsiCo, Bel, ...) et de grandes entreprises publiques comme la SNCF.
Pour en savoir plus : https://www.episto.fr/

 


À propos de cette étude

Enquête menée en ligne sur la plateforme Ipsos.Digital du 29 janvier au 1er février auprès de 1000 répondants représentatifs de la population française âgés de 18 à 75 ans. 

Enquête menée en ligne par Episto via une méthode web-intercept sur Facebook et Instagram du 26 au 29 janvier auprès de 251 agriculteurs représentatifs des agriculteurs français. 

 

 

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