Présidentielle 2027 : le retour du vote sur enjeux ?
Analyse de Brice Teinturier publiée le 13 avril 2026 dans Le Monde
Le vote utile ne fait pas tout : le retour des enjeux
A un an du 1er tour de l’élection présidentielle, deux questions sont déjà prégnantes dans le débat : la désignation des candidats, certaines candidatures relevant d’une procédure à ce jour non définie – primaires, désignation par les sondages…-, et celle du vote utile face à ce qui est posé comme une quasi-certitude, la qualification du RN au second tour. On finirait par oublier qu’il existe aussi un vote sur enjeux et que celui-ci a été largement escamoté en 2022.
2027 est donc l’occasion d’une délibération générale sur les sujets qui préoccupent fondamentalement les Français. C’est à cette seule condition que le Président élu pourra ensuite retrouver une force propulsive, avec la légitimité de ce qui a été posé et tranché durant la campagne. Rappelons cependant qu’un thème de préoccupation même fort ne devient pas pour autant un thème majeur dans une campagne électorale. Il faut encore qu’il soit l’objet d’une controverse, c’est-à-dire que les candidats s’affrontent sur le sujet en proposant des solutions différentes.
À date, nous n’avons pas les éléments programmatiques des candidats sur de très nombreux thèmes. Chez les Français, nous disposons d’un indicateur doublement imparfait, les questions de préoccupations. En effet, celui-ci suppose de trancher dans une liste forcément restreinte qui, une fois posée, a de plus vocation à être reproduite pour mesurer des évolutions. C’est pourquoi, en sus de ces questions de hiérarchie, Ipsos bva a conçu un système de questions de notation consistant à demander aux Français, pour chaque thème étudié, s’il sera déterminant ou non dans son vote. L’avantage est de pouvoir en poser de très nombreux, puisque l’interviewé répond pour chaque thème, d’être plus précis dans l’énoncé mais aussi, surtout, de pouvoir en ajouter en cours de campagne si de nouveaux sujets font irruption.
Dans cette première vague de l’enquête électorale Ipsos bva CESI école d’ingénieurs, 23 thèmes ont été posés et le résultat, qui évoluera sous l’effet de la campagne, est déjà riche d’enseignements.
Santé : première préoccupation… mais sous conditions
Première observation : la préservation du système santé est bien le sujet cité comme le plus déterminant. Ce n’est pas nouveau. Mais pour ce thème plus que jamais, tout dépendra de savoir si les solutions présentées par les candidats seront fondamentalement différentes et en quoi. Sinon, comme lors des autres présidentielles, il passera à la trappe.
Une hiérarchie dense de priorités
Dauxième observation : 7 thèmes sont déclarés par plus de 50% de Français comme étant déterminants dans leur futur vote et 11 par plus de 40%. Sur les 7 premiers, 5 relèvent de sujets économiques et sociaux, 2 du domaine régalien, la sécurité et l’immigration, respectivement au 5ème et 8ème rang. Sur les 11 premiers, 9 relèvent de sujets économiques et sociaux. Les questions économiques et sociales sont donc majeures. Cela n’exclut évidemment pas les sujets régaliens mais a minima, il ne faut pas se tromper sur ce qui compte le plus chez les Français.
Le pouvoir d'achat au cœur des enjeux
Le pouvoir d’achat est bien la question centrale. Non seulement ce thème est le 2ème cité parmi les sujets déterminants mais d’autres enjeux, parmi les 11 les plus importants, peuvent lui être directement rattachés : « faire en sorte que le travail paie davantage », « baisser le niveau des impôts et des taxes », « améliorer l'attractivité de l'économie française » et même, « mieux maitriser l'immigration » qui, dans certains électorats, est directement relié au pouvoir d’achat.
Retraites : un sujet explosif… mais relégué en bas de classement
Certains thèmes, supposés décisifs tel un nouveau « recul de l’âge de départ à la retraite », sont tout en bas du tableau, comme si le sujet était derrière nous ou un nouveau recul tellement inenvisageable qu’il ne peut figurer parmi les sujets déterminants. Une sérieuse alerte pour les partisans d’une telle mesure.
Gauche unie, droites fragmentées : des priorités contrastées
Enfin, 6ième observation, l’analyse des priorités selon la préférence partisane montre une gauche idéologiquement assez unie et des droites plus éclatées. Ainsi, le top 5 des électeurs de la France Insoumise, des Écologistes et du PS est quasiment identique, avec seulement des variations dans l’ordre des 5 sujets prédominants. On y retrouve systématiquement ou presque la santé, le pouvoir d’achat, l’éducation et les inégalités, Les écologistes y ajoutant l’environnement et la production d’énergies non renouvelables et le PS la nécessité que le travail paie plus.
À droite en revanche, les sympathisants Renaissance et Horizon sont strictement alignés autour de la santé, des déficits, de l’attractivité de l’économie française, de la place de la France dans le monde, de l’éducation et de la question du travail mais les LR sont tiraillés entre des sujets économiques et régaliens (immigration et sécurité). Au RN, l’immigration, la sécurité mais aussi le pouvoir d’achat, absent dans les autres familles politiques de la droite, sont déterminants ainsi que la santé et le travail, mais ni les déficits, ni l’attractivité de l’économie.
Chez Reconquête enfin, l’immigration et la sécurité sont présents comme chez les LR et au RN mais les impôts et les taxes sont cités dans le top 5 ainsi que les déficits, non présents au RN.
La toile de fond est donc posée. Les candidats ont maintenant un an pour la faire évoluer et en tirer avantage.
Rapport complet
À propos de cette enquête
Sondage Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde mené du 2 au 9 avril 2026 auprès de 10 962 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.