Observatoire de la performance sociale 2026 : les chiffres de l’absentéisme en entreprise
Une reprise de l’absentéisme qui confirme des fragilités durables
Au-delà du taux global, l’édition 2026 met en évidence une évolution préoccupante de l’absentéisme en France. La proportion de salariés absents remonte à 37% en 2025 (versus 33% en 2024), tandis que la durée moyenne recule légèrement à 21,1 jours. Cette évolution traduit à la fois une diffusion plus large du phénomène et le maintien de situations longues, plus complexes à gérer pour les employeurs.
Thomas Martel, Senior Data Scientist Conseil RH analyse : “En 2025, on voit moins un emballement général de l’absentéisme qu’un durcissement de sa structure : davantage d’arrêts longs, des AT/MP au plus haut, et une diffusion du phénomène bien au-delà de ses populations historiquement les plus exposées.”
Ce durcissement se confirme notamment par la progression des arrêts de longue durée (plus de 90 jours), qui atteignent leur plus haut niveau, ainsi que par la hausse des absences liées aux accidents du travail et maladies professionnelles (0,85%). L’absentéisme ne relève pas uniquement d’absences ordinaires ou conjoncturelles, mais s’inscrit ainsi de plus en plus dans des problématiques lourdes de santé au travail.
Un phénomène qui se diffuse et reste fortement différencié
L’absentéisme demeure marqué par de fortes disparités : les non-cadres restent historiquement les plus touchés, mais la progression est désormais plus marquée chez les cadres, signe d’une diffusion du phénomène. L’âge joue également un rôle structurant : les salariés de 55 ans et plus sont les plus exposés, tandis que la hausse chez les 25-34 ans révèle de nouvelles fragilités au cœur des populations actives.
Les écarts sectoriels et territoriaux restent également significatifs. La santé, le commerce et le transport-logistique figurent parmi les secteurs les plus exposés, tandis que les Hauts-de-France et le Grand Est demeurent les régions les plus touchées. À l’inverse, l’Île-de-France reste en retrait, confirmant des différences durables liées aux marchés de l’emploi.
Des causes de plus en plus liées à l’organisation du travail et aux conditions de vie
L’enquête Ipsos bva associée à l’Observatoire montre que l’absentéisme ne peut plus être analysé uniquement sous l’angle médical. Il s’inscrit dans un ensemble de facteurs mêlant organisation du travail, santé mentale et conditions de vie. Ainsi, 71 % des salariés estiment que leur travail a un impact négatif sur leur santé, notamment en raison du stress, de la charge de travail et du manque de reconnaissance.
Nicolas Rebaudo, Directeur Pôle Conseil Diagnostic - Formation IAPR analyse : “Cette enquête confirme les remontées de terrain que nous observons au quotidien : il existe visiblement un lien direct entre l’absentéisme et certains leviers organisationnels clés. En particulier, le pilotage de la charge de travail, les pratiques managériales, notamment en matière de reconnaissance, ainsi que la qualité de la gestion des conflits"
L’organisation du travail apparaît comme un facteur central, avec des problématiques de sous-effectifs, de répartition inéquitable des tâches et de compensation des absences. Le manque de reconnaissance, qu’il soit managérial ou financier, reste également un facteur déterminant. Par ailleurs, les conditions de vie pèsent fortement : difficultés financières, responsabilités familiales ou situations personnelles complexes contribuent à fragiliser les salariés.
L’absentéisme devient ainsi un révélateur de vulnérabilités sociales plus larges. Les motifs d’arrêt évoluent en conséquence : la maladie ordinaire reste la première cause invoquée mais recule (47 % des salariés invoqués versus 54% dans la vague précédente), tandis que progressent la fatigue physique (37%), la grande fatigue psychologique (33%), les risques psychosociaux (20%) et les troubles musculosquelettiques (18%). Une majorité des salariés concernés établit un lien direct avec leurs conditions de travail. Plus encore, 77 % des salariés arrêtés pour fatigue, RPS ou TMS considèrent que ces arrêts étaient directement liés à leurs conditions de travail.
Un indicateur révélateur des transformations du travail
Enfin, l’étude met enfin en lumière plusieurs phénomènes qui invitent à dépasser les lectures trop simplistes de l’absentéisme. Le télétravail peut conduire à travailler malgré la maladie : 70% des télétravailleurs déclarent avoir travaillé en étant malade afin d’éviter un arrêt, tandis que 58 % indiquent avoir été malades sans bénéficier d’un arrêt. À l’inverse, 30 % des salariés arrêtés déclarent avoir déjà sollicité un arrêt pour d’autres raisons que leur santé, souvent en lien avec des tensions au travail, un épuisement, une lassitude ou la nécessité d’aider un proche.
Solène Rithie, Responsable équipe commerciale PSFi analyse : “On parle souvent de l’absentéisme comme d’un coût. Ce baromètre rappelle qu’il est aussi un symptôme : celui d’organisations qui n’absorbent plus correctement la fatigue, la vulnérabilité et les tensions du travail contemporain.”
Dans ce contexte, l’absentéisme apparaît comme un indicateur global, à la croisée des enjeux de santé, d’organisation et de conditions de vie. Sa compréhension nécessite désormais une approche plus large, intégrant les dimensions managériales, sociales et économiques du travail.
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