Saga Flair : Machines et moi

Depuis 2006, Flair c’est le point de vue d’Ipsos sur la société, ses valeurs, ses attentes, ses mutations. Jusqu’à la rentrée, Ipsos vous propose 7 épisodes de Flair 2018 : marketing de la nostalgie, intelligences artificielles, millennials, nouvelles beautés, rôle social des marques… tous les sujets de l’actualité sous la loupe de nos experts. Au programme cette semaine, les robots !
Saga Flair 5

 

Fusionner

Le futur a toujours été pensé comme un ad-venir, quelque chose qui va se réaliser et améliorer l’existant. Ici, le stade des frémissements est largement dépassé : le progrès exponentiel des Intelligences Artificielles croisant Génétique, Nanotechnologies et Robotique (GNR), interroge l’humanité dans sa nature même, entre homme bionique et robot humanoïde.
Le débat entre Elon Musk (fondateur de Space) et Mark Zuckerberg (Facebook) synthétise la question. Pour le premier, « l’intelligence artificielle représente la plus grande menace pour l’existence de notre civilisation, avec des robots tuant des gens dans la rue ou déclenchant des guerres en manipulant l’information ». Pour le second, « les algorithmes de plus en plus sophistiqués vont améliorer notre vie, avec par exemple les voitures autonomes plus sûres que les voitures manuelles, des diagnostics et des traitements médicaux plus efficaces. »
Raymond Kurzweil va encore plus loin, considérant que la GNR va enfin permettre de réaliser le rêve de l’homme : se débarrasser des limites du temps et de l’espace, accéder à l’immortalité, déléguer à la machine les contraintes pour se réaliser pleinement. 
De son point de vue, « trois révolutions se chevauchent et définiront nos vies dans les décennies à venir. La révolution génétique nous permettra de reprogrammer notre propre biologie. La révolution des nanotechnologies nous permettra de manipuler la matière à l’échelle moléculaire et atomique. La révolution robotique va nous permettre de créer une intelligence non-biologique plus élevée que l’homme. Nous commençons à comprendre comment reprogrammer notre biologie pour achever l’élimination virtuelle de la maladie, l’expansion spectaculaire du potentiel humain, et l’extension radicale de la vie. »
Pour lui, il ne peut y avoir que le meilleur dans les interactions qui s’exprimeront dans une dizaine d’années : « Avec l’intelligence émotionnelle, les machines pourront être drôles, comprendre des blagues, être sexy, aimantes et percevoir les émotions humaines. »
Moins excessif, Yann Lecun se méfie de l’exagération : « Nous sommes conditionnés par la vision que nous avons des robots et de l’intelligence artificielle dans la science-fiction, et donc on a un peu de mal à s’imaginer ce qui est possible ou impossible aujourd’hui, ou ce qui le sera dans le futur. Cela conduit à des problèmes de communication entre les scientifiques, les industriels, le public, les gouvernements... Par exemple, on est encore loin de faire des machines qui soient « généralement intelligentes ». On a des machines qui sont « supérieurement intelligentes », mais cela veut dire qu’elles sont supérieures dans un domaine très étroit, comme jouer aux échecs ou au jeu de go. Le chemin que l’on essaie de prendre avec l’intelligence artificielle, c’est de rendre les machines plus généralement intelligentes, c’est-à-dire plus adaptables, voire capables d’acquérir le sens commun. »
De ce point de vue, les machines se substituant à de plus en plus de métiers, les Français devraient se sentir soulagés par les technologies tout en ayant de quoi frémir sur leur employabilité…

Être beau

Robot PepperLes robots destinés à communiquer avec les humains, tels qu’on les conçoit au Japon ou ailleurs, sont rarement laids. Les autres, exclusivement fonctionnels, rendent des services qui n’impliquent pas que les règles de l’anthropomorphisme ou du zoomorphisme soient scrupuleusement appliquées :
- Pour créer de l’attachement parce qu’ils sont mignons, font penser à des petits animaux attendrissants ou à des jouets d’enfant inoffensifs.
- Pour créer de l’empathie parce que leur regard, leur voix, leurs attitudes communiquent de la bonté et de la douceur, une humanité dont peu de terriens sont capables en permanence.
- Pour créer un plaisir esthétique parce qu’à la fois :

  • Ils rendent hommage à l’académisme classique du beau avec un équilibre parfait dans les proportions ;
  • Ils font référence aux critères culturels locaux, Japonais par exemple ;
  • Ils introduisent des éléments d’imperfection (petits défauts sur la peau, irrégularités) pour être au plus près du vivant.

RobotOn peut imaginer d’autres natures d’émotions si les machines communiquent de la puissance ou de la désirabilité, avec en plus une disponibilité de tous les instants, offerte à toutes les curiosités (faire un point sur la physique quantique à quatre heures du matin pour les insomniaques) ou à toutes les libidos, voire aux deux à la fois.
En 2007, David Levy écrivait que « les robots finiraient par ressembler tellement aux hommes, que des gens en tomberaient amoureux, coucheraient avec eux et voudraient les épouser ». Déjà, Senki Nakajima a quitté sa famille en 2016 pour une poupée en silicone ; il dit mener avec elle « une relation parfaite, car elle ne le trahira jamais ».
Le marché des sexbots ultra-réalistes équipés d’Intelligence Artificielle, en mesure de parler, de ressentir ET de communiquer des sensations, va exploser selon le rapport « Future of Sex » en tant que palliatifs à la solitude comme au handicap. Si la performance de tous les points de vue est pour les machines, que reste-t-il aux humains, eux sur qui le temps ne glisse pas comme l’eau sur les cheveux d’un humanoïde, eux qui souffrent des atteintes du temps, de pathologies, d’une dégradation esthétique, intellectuelle, physique ?
Déjà, l’intégration osseuse permet de transplanter des implants aux extrémités des membres amputés.
James YoungLe membre artificiel de James Young, par exemple, fonctionne grâce à des détecteurs reliés à sa peau captant les signaux envoyés par ses muscles et les transmettant à une prothèse avec des doigts rigides. Elle comporte d’autre part une montre, un port USB, une torche, un rayon laser et un drone dans l’épaule.
L’esthétique n’est pas abandonnée, au contraire, avec une discipline récente, l’art prothésiste, ici incarné par Sophie de Oliveira Barata, qui « conçoit des membres artificiels hyper réalistes ou au contraire, originaux et décalés ».
Être éternel, beau et efficient alors que cent vingt-cinq années semblent la limite de la durée de vie humaine, voilà le défi. En attendant, 5,46 millions de Français sont inscrits dans une salle de fitness (+5% de 2015 à 2016) avec un CA de 2.465 milliards d’euros, lui-même en hausse. 

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Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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