Perception des réfugiés en France : où en est-on ?

Alors que nous célébrons la Journée mondiale des réfugiés le 20 juin, Ipsos dévoile en exclusivité les résultats de son enquête Global Advisor* sur la perception mondiale des réfugiés en 2021. Le tableau est mitigé : accueil et intégration restent des questions délicates, surtout dans le contexte sanitaire actuel. Si les enjeux d’intégration semblent moins crisper les Français, l’ouverture des frontières rencontre de moins en moins de soutiens. La crise de la Covid-19 a un impact indéniable, 46% des Français interrogés pensant que le pays devrait être moins ouvert à l’accueil des réfugiés qu’avant l’épidémie de Coronavirus.

Chiffres et enseignements clés de l’étude :

  • 47% des Français sont favorables à la fermeture des frontières aux réfugiés (+5 points en 2 ans) ;
  • Plus de 6 Français sur 10 (64%) jugent légitime qu’un réfugié soit accueilli pour échapper à la guerre ou à des persécutions, soit + 11 points en 2 ans ;
  • Un Français sur 4 (25%) estime que les réfugiés nouvellement accueillis s’adapteront à la société française (+8 points en 2 ans) ;
  • 46% des Français interrogés pensent que le pays devrait être moins ouvert à l’accueil des réfugiés qu’avant l’épidémie de Coronavirus.

La légitimité des réfugiés questionnée par les Français ?

L’édition 2021 de l’étude Global Advisor dédiée à la perception des réfugiés dans le monde montre de fortes divergences et des crispations renforcées par la crise sanitaire. La question de la légitimité des réfugiés pose en effet question : 62% de la population mondiale (contre 54% en 2019, soit +8 points) ne croient pas que les étrangers qui viennent dans leur pays soient de « vrais réfugiés ». Selon eux, il s’agirait plutôt d’une immigration économique ou de personnes qui veulent profiter d’un meilleur système de santé.  Les Français sont dans la moyenne : ils sont 6 sur 10 à partager cet avis (61%), en forte progression depuis deux ans (+11 points / 2019).

Pour autant, les personnes qui cherchent refuge dans un contexte de guerre et de persécution dans leur pays d’origine sont légitimes à se réfugier pour 64% des Français, un chiffre en augmentation de 11 points en 2 ans (43% en 2019). Les Français restent toutefois plus méfiants que les Italiens ou les Argentins, qui sont près de 8 sur 10 à y voir une raison fondée à l’immigration.

La question de l’intégration des réfugiés, elle aussi, semble un peu moins crisper les Français : ils sont 1/4 (25%) à penser que les réfugiés qui arrivent dans le pays pourront bien s’intégrer à la société et la culture de leur pays d’accueil, soit 8 points de plus qu’en 2019. Mais sur cette question, la France est le pays exprimant le plus de réserve avec le Japon (23%), loin derrière la moyenne mondiale (47%).

La volonté de fermer les frontières se renforce en France

Alors que les flux entre les pays ont été perturbés ces quinze derniers mois par l’épidémie de Covid-19, l’idée de fermer les frontières est de mieux en mieux reçue : 47% des Français (+ 5 points depuis 2019) estiment que leur pays ne devrait pas accepter de réfugiés pour le moment, un chiffre toutefois inférieur à la moyenne mondiale (50%), et presque à ex-aequo avec l’Italie et le Mexique (46%).

Les avis sont également divisés sur la question de savoir si le pays devrait être plus ou moins ouvert à l’accueil des réfugiés qu’avant l’épidémie de Coronavirus. En France, seulement une personne sur dix (10 %) pense que les pays devraient être plus ouverts à l’accueil d’un plus grand nombre de réfugiés qu’avant l’épidémie, et 46% des interviewés souhaitent que leur pays soit moins ouvert. Ce chiffre équivaut à la moyenne mondiale (42%) mais est largement inférieur à la Turquie (67%).

Dans ce contexte de crise, les Français expriment par ailleurs des réticences à ce que le gouvernement augmente les dépenses pour soutenir les réfugiés dans le monde : s’ils sont 10% à penser que cela est nécessaire, 42% souhaitent que ces aides soient réduites dans le contexte de crise sanitaire et économique.

« Un peu moins d’un an avant la Présidentielle de 2022, le sujet de l’accueil des réfugiés et de l’ouverture ou de la fermeture des frontières se révèle clivant. Le nombre de Français favorables à la fermeture progresse (47%) mais 40% d’entre eux s’y opposent et estiment au contraire que la France doit continuer à accueillir des réfugiés. La crise sanitaire n’a pas aidé à améliorer les attitudes à leur égard, pas plus que l’exacerbation médiatique des questions migratoires », conclut Yves Bardon, Ipsos Knowledge Centre.


Méthodologie : enquête de marché menée par Ipsos sur sa plateforme en ligne Global Advisor. Ipsos a interrogé un total de 19 510 adultes, âgés de 18 à 74 ans aux États-Unis, au Canada, en Malaisie, en Afrique du Sud et en Turquie, et âgés de 16 à 74 ans dans 23 autres marchés entre le vendredi 21 mai et le vendredi 4 juin2021.
L’échantillon se compose d’environ 1 000 individus dans chacun des pays d’Allemagne, d’Australie, de Belgique, du Canada, de Chine continentale, de France, de Grande-Bretagne, d’Italie, du Japon et des États-Unis,et de 500 individus dans chacun des pays d’Argentine, du Chili, de Colombie, de Hongrie, d’Inde, de Malaisie, du Mexique, des Pays-Bas, du Pérou, de Pologne, de Russie, d’Arabie saoudite, d’Afrique du Sud, de Corée du Sud, de Suède et de Turquie.
Les échantillons en Argentine, en Australie, en Belgique, au Canada, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Hongrie, en Italie, au Japon, aux Pays-Bas, en Pologne, en Corée du Sud, en Espagne, en Suède et aux États-Unis peuvent être prélevés comme représentatifs de leurs populations adultes générales de moins de 75 ans.
Les échantillons au Brésil, en Chine continentale, au Chili, en Colombie, en Inde, en Malaisie, au Mexique, au Pérou, en Russie, en Arabie saoudite, en Afrique du Sud et en Turquie sont plus urbains, plus instruits et/ou plus riches que la population générale. Les résultats de l’enquête pour ces pays doivent être considérés comme reflétant les vues du segment le plus « connecté » de leur population.

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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