Précarité et solidarités chez les jeunes Européens

À l’occasion du Festival des solidarités, organisé par le Secours Populaire du 19 au 21 octobre, l’association et Ipsos ont réalisé une enquête auprès des jeunes Européens (France, Italie, Grande-Bretagne et Pologne), afin de mieux comprendre la manière dont ils perçoivent et parfois vivent la précarité au quotidien, et la manière dont les solidarités s’organisent autour de cette question préoccupante pour l’avenir de l’Europe.

Précarité et solidarités chez les jeunes Européens

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
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Le sentiment d’une précarité en hausse

Les jeunes Européens ont majoritairement le sentiment que la précarité est en hausse en Europe : 51% le pensent, contre 31% qui la jugent en baisse et 17% ni l’un ni l’autre. Les jeunes Français sont particulièrement nombreux à juger que la pauvreté croît dans l’Union Européenne (62% dont 25% qui pensent qu’elle est en forte hausse), devant les Britanniques (55%) et les Italiens (55%). En revanche, les Polonais, dont le pays connaît une croissance ininterrompue depuis 1992, sont une minorité à avoir le sentiment que la pauvreté croît dans l’UE (32% seulement).

Ils sont encore plus nombreux à avoir le sentiment que la précarité progresse dans leur pays (58%), avec là encore de fortes disparités selon le pays considéré, les plus inquiets étant les Britanniques (68% ont le sentiment que la pauvreté progresse en Grande-Bretagne), devant l’Italie (65%) et la France (64%). Les jeunes Polonais se distinguent là aussi : seuls 34% ont le sentiment que la pauvreté augmente dans leur pays, 55% la jugeant au contraire en baisse.

4 jeunes sur 10 estiment qu’ils risquent de basculer dans la pauvreté dans les prochains mois

Parmi les jeunes interrogés, 40% estiment qu’il existe un risque important qu’ils basculent dans la précarité ou la pauvreté dans les prochains mois. Parmi eux 13% jugent même le risque « très important ».
Les jeunes les plus inquiets sont les Italiens (56% jugent le risque important), devant les Français (44%), les Britanniques (32%) et les Polonais (28%).
Ce sentiment de fragilité extrême est particulièrement élevé chez les jeunes à la recherche d’un emploi (61%) mais n’épargne pas non plus les jeunes actifs (42%), notamment quand ils occupent un emploi à temps partiel (50%). Les jeunes en cours de formation (élèves ou étudiants) s’estiment un peu moins à risque, mais ne sont pas épargnés par cette crainte (34%). Le fait d’être diplômé de l’enseignement supérieur ne suffit pas par ailleurs à rassurer les jeunes : 41% d’entre eux estiment le risque important. 

Une partie significative des jeunes rencontre déjà des difficultés financières importantes, pour s’alimenter, se soigner ou encore se déplacer

La précarité alimentaire touche de plein fouet les jeunes Européens : 42% d’entre eux ont connu au cours de l’année des difficultés financières importantes pour se procurer une alimentation saine et équilibrée. Ces difficultés à se nourrir correctement sont particulièrement soulignées en France (46%) et en Grande-Bretagne (50%), pays européen par ailleurs le plus touché par les problèmes de surpoids et d’obésité. 
Les plus touchés par ces difficultés pour s’alimenter correctement sont les jeunes demandeurs d’emploi (50%), mais aussi les jeunes qui travaillent (50%). Les élèves et étudiants, plus souvent encore à la charge de leurs parents, sont un peu moins touchés, sans être pourtant épargnés (35%).

Plus de 4 jeunes sur 10 ont également rencontré des difficultés financières importantes pour accéder à des biens ou des activités culturelles ou de loisirs (43% ; 47% en France) ou encore s’acheter des vêtements convenables (40% ; 48% en France), au risque d’impacter leur socialisation ou leur insertion professionnelle puisque ces difficultés sont particulièrement soulignées par les jeunes demandeurs d’emploi. 

La santé est également un poste de dépense problématique pour un jeune sur trois (33%), les plus touchés par des difficultés pour payer certains actes médicaux étant les Italiens (45%), devant les Français (35%), les Polonais (33%) et loin devant les Britanniques (19%). Les plus touchés par ces difficultés sont les demandeurs d’emploi (47%), devant les jeunes qui travaillent (38%) puis les étudiants/élèves (27%). Les jeunes filles sont également plus nombreuses à dire avoir eu ce type de difficulté (36% contre 31% des garçons).

Payer son abonnement de transport a également été très compliqué pour 29% des jeunes, en particulier actifs (32%) et demandeurs d’emploi (31%). 
Enfin, payer son loyer a enfin été source de difficultés financières importantes pour 31% des jeunes (39% des demandeurs d’emploi et 38% des actifs). Une proportion d’autant plus importante que nombre de jeunes vivent encore chez leurs parents, et ne sont donc pas concernés. 

Plus de 8 jeunes sur 10 (et 72% des étudiants) travaillent pour subvenir à leurs besoins

Pour s’en sortir, les jeunes sont une très large majorité à travailler (82%), que cet emploi prenne la forme d’un temps plein, partiel ou de petits boulots. Les élèves et étudiants sont également concernés, puisque 72% travaillent pour subvenir à leurs besoins.

Les jeunes sont une majorité à dire faire de petits boulots pour subvenir à leurs besoins en Pologne (77%), en Italie (64%) et en France (55%). Ils sont moins nombreux en Grande-Bretagne (18%), mais très nombreux à avoir travaillé à temps partiel (69%).

Deux jeunes sur trois dépendent de l’aide de leurs parents 

Pour subvenir à leurs besoins, 68% des jeunes déclarent par ailleurs demander de l’aide à leurs parents. C’est le cas de 78% des élèves et étudiants, de 66% des demandeurs d’emploi, mais aussi d’une majorité de jeunes actifs (56%), en particulier quand ils travaillent à temps partiel (66%) ; mais également à temps plein.
C’est particulièrement le cas en Pologne (74%), en Italie (71%) et dans une moindre mesure en Grande-Bretagne (68%), mais moins souvent en France (59%).

Le soutien des proches prend souvent la forme d’un hébergement : un jeune sur deux est logé à titre gratuit. C’est notamment le cas des plus jeunes, qui sont en cours de formation (62% des élèves et étudiants), mais aussi des jeunes demandeurs d’emploi (63%) et même des jeunes actifs, qui peinent parfois à quitter le domicile familial pour des raisons financières (32% des jeunes qui travaillent déjà sont logés à titre gratuit ; 26% des salariés à temps plein et 43% des salariés à temps partiel). 
Les variations sont là aussi très importantes selon le pays : les Italiens sont les plus nombreux à être logés à titre gratuit (60%), devant les Polonais (55%), les Britanniques (47%) et les Français (37%).

Des jeunes solidaires pour combattre la précarité 

Pour s’en sortir, les jeunes Européens n’hésitent pas à se serrer les coudes. Lors d’une sortie entre amis, ils sont ainsi une majorité à avoir déjà payé à un ami une ou plusieurs consommations (76% dont 15% souvent), à offrir un ticket d’entrée pour le cinéma, une exposition ou autre (64% dont 12% souvent) ou parfois à demander à un ami de leur avancer de l’argent (38%). Ce qui ne les empêche pas parfois de refuser de sortir en raison de problèmes financiers (62% ; 71% du tiers des jeunes aux revenus les plus faibles) ou parce qu’ils n’ont pas les moyens de se déplacer (58% ; 65% en zone rurale et 66% des revenus les plus faibles), au risque de renforcer leur isolement. 

Au-delà du cercle amical, les jeunes sont également prêts à s’engager. Parmi les domaines dans lesquels ils seraient les plus susceptibles de s’engager, on note les arts, le sport et la culture (41%), l’environnement et le développement durable (39%) et la lutte contre toutes les formes de discriminations (33%), particulièrement citée par les jeunes Français (38%) et Italiens (37%), et par les jeunes Européennes (40% contre 26% des garçons). 
La vie de son quartier ou village est citée ensuite (26% ; 36% en Pologne), devant l’aide aux personnes en situation d’exclusion dans son pays (14%) ou l’aide au développement à l’étranger (10%), ces deux derniers domaines étant particulièrement cités par les jeunes Britanniques. Enfin, la politique est citée par 10% des Jeunes Européens (13% des jeunes Polonais).

Fiche technique :
Dans le cadre de cette enquête, 2500 jeunes âgés de 15 à 25 ans ont été interrogés par internet du 20 septembre au 8 octobre 2018. Dans chacun des pays sondés, un échantillon représentatif de la population des 15-25 ans a été interrogé (méthode des quotas) : 1000 personnes en France, 500 en Grande-Bretagne, 500 en Italie et 500 en Pologne.

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  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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