Regards croisés Français / Elus sur la question du logement

80% des Français jugent qu'il est difficile de trouver un logement, essentiellement pour des questions de prix. Les élus ont conscience du problème, s'y attaquent, particulièrement au niveau local, mais paraissent parfois désarmés... En interrogeant d'un côté le grand public et de l'autre un échantillon d'élus, l'enquête réalisée par Ipsos/Logica Business Consulting pour Nexity propose un panorama de la situation et des enjeux du logement en 2012.

La perception d’une situation actuelle du logement critique, une projection dans l’avenir pessimiste

La situation du logement, à la rentrée 2011, est jugée dramatique sur un plan « macro », même si les différentes catégories de la population sont inégalement touchées :

  • 78% des Français considèrent qu’il est aujourd’hui difficile de trouver un logement en France,
  • 37% considèrent que c’est également le cas au niveau local.

La convergence entre le diagnostic des Français et celui des élus est totale, 99% des élus jugeant que la situation du logement en France est un problème très ou assez important

La hiérarchie des préoccupations personnelles des Français met en évidence une focalisation sur les problèmes de chômage (44%), de santé (41%) et de pouvoir d’achat (40%). Le logement obtient 18% de citations mais cette préoccupation personnelle culmine à 30% auprès des plus jeunes (30% auprès des moins de 35 ans), des locataires (27%) et des Franciliens (26%).

Les enjeux socio-économiques vampirisent l’essentiel des préoccupations des Français en cette période de crise et dans ce contexte, le logement reste un problème majeur.

C’est sur le mode du pessimisme que les Français se projettent sur la question du logement : 76% des Français anticipent en effet une situation dégradée pour les générations à venir en matière de logement.

Au cœur du problème, la question centrale du prix

La question du logement est plus que jamais corrélée à celle du pouvoir d’achat. Or, les Français estiment à leur très grande majorité qu'au cours des dernières années, le prix à l'achat des logements a augmenté, que ce soit pour l’acquisition d’un bien immobilier neuf (83%) qu’ancien (79%).

Au cœur des principales difficultés identifiées par les Français se trouve ainsi la pression des prix, dont l’augmentation est perçue comme intense et continue.

Le problème est également pointé par les élus qui jugent la situation insatisfaisante en ce qui concerne le prix des loyers sur leur territoire (58% des élus insatisfaits par le niveau des loyers sur leur territoire).

C’est la raréfaction du foncier et la hausse du prix des terrains (55%), bien avant les marges des promoteurs (43%) et l’augmentation des coûts de construction liés aux normes (39%), qui constitue la principale raison de la hausse des prix des logements neufs pour les Français.

Un jugement très critique sur la politique menée au niveau national, plus amène sur les politiques locales

61% des Français estiment que le Gouvernement consacre une place peu ou pas importante aux problématiques du logement, alors qu’ils sont 63% à considérer que les élus locaux y consacrent une place assez ou très importante.

Les responsabilités des élus nationaux et des élus locaux dans la situation actuelle du logement sont ainsi nettement différenciées par les Français : le pouvoir exécutif semble en effet « sommé » de revoir en profondeur sa politique en la matière pour 74% des Français

Vis-à-vis des élus locaux, c’est davantage une demande d’inflexion pour une meilleure prise en compte des enjeux liés à la construction de logements qui s’exprime.

Quelles solutions ? Régulation accrue, refonte de la politique du logement, réforme de la gestion de cette question

La demande des Français : elle est à la fois quantitative (pour remédier à la pénurie de logements ressentie) et qualitative pour offrir à chacun la possibilité de disposer d’un logement adapté à ses besoins et à ses moyens.

Pour y parvenir, 8 à 9 Français sur 10 en appellent à plus d’intervention des pouvoirs publics pour encadrer et réguler les prix de l’immobilier et du foncier, mais aussi pour initier et soutenir une politique de construction à même de pallier la pénurie actuelle de l’offre de logements : logements étudiants, hébergement d’urgence, logements pour l’accession à la propriété.

A cet égard, l’effort des municipalités en faveur de la rénovation des quartiers recueille dans l’ensemble de meilleurs scores que l’effort de construction : 63% des Français perçoivent positivement la politique locale d’aménagement des quartiers tandis qu’ils sont 56% à émettre une opinion favorable sur la politique de construction de nouveaux logements sociaux.

Les dispositifs actuels proposés par l’Etat ou les collectivités locales sont dans leur majorité mal connus ou jugés insuffisamment efficaces : seul le prêt à taux zéro, qui bénéficie d’une bonne notoriété auprès du grand public, recueille les faveurs des Français (58% le jugeant efficace).

La crise et l’actualité récente font que l’emploi, la question des prix et du pouvoir d’achat focalisent l’essentiel des préoccupations et sont plus que jamais les thématiques dominantes. Elles ne masquent pas pour autant la situation extrêmement tendue du logement mais renforcent l’appréhension du problème sous l’angle du prix.

En matière de logement, les attentes à l’égard du gouvernement sont abyssales et plurielles.

Dans ce contexte, les jugements sur la politique actuelle sont critiques tandis que les pistes et mesures proposées recueillent un bon niveau d’adhésion.

En conclusion

La perception des élus sur la situation du logement rejoint en grande partie celle du grand public.

Comme les Français, les élus se montrent très critiques sur l’action menée au niveau national et en appellent à une réforme importante de la politique du logement. Dans ce contexte, l’ensemble des pistes testées suscite de l’adhésion.

Au deuxième rang des priorités de l’action municipale, la politique du logement mobilise l’ensemble des élus locaux. Les maires réaffirment l’importance de leur responsabilité sociale (cadre de vie, mixité, développement durable) en matière d’urbanisme et d’aménagement mais semblent soit moins investis, soit plus démunis en ce qui concerne la construction de logements, pour laquelle la maîtrise du foncier reste à leurs yeux un facteur crucial de succès dans la mise en œuvre de la politique du logement au niveau local.

Par ailleurs, ils se montrent très réceptifs aux propositions allant dans le sens d’une simplification des règles de gestion technique et administrative de la politique du logement, et accueillent favorablement l’idée de la création d’un ministère unique regroupant Logement, Ville, Transport et Aménagement du territoire.

Entre demande d’accompagnement par l’Etat et désir de conserver leurs compétences actuelles, les élus sont aujourd’hui partagés sur la question du transfert de responsabilité sur la délivrance des permis de construire.

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