2020 : une année d’opportunités pour les Professionnels Libéraux de Santé malgré la crise sanitaire ?

CMV Médiforce, la marque dédiée au pôle médical de BNP Paribas Leasing Solutions dévoile les résultats de la 9e édition de l’Observatoire CMV Médiforce des Professions Libérales de Santé, réalisé en partenariat avec Ipsos. Cette étude, menée du 16 septembre au 19 octobre 2020 auprès de 495 Professionnels Libéraux de Santé (PLS) exerçant en France, décrypte leur vision de la profession, leur rapport au cadre légal en vigueur, ainsi que leurs opinions sur les challenges et opportunités soulevés par les évolutions technologiques. Cette année 2020, marquée par la crise sanitaire Covid-19, a eu un impact majeur sur le moral et les conditions d’exercice des PLS. Mais n’a-t-elle pas également constitué, pour eux, une année de nouvelles opportunités ?

Auteur(s)

  • Gaelle Caillard Chef de groupe, Healthcare
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Cette neuvième édition de l’Observatoire CMV Médiforce des Professions Libérales de Santé s’est déroulée dans un contexte inédit de crise sanitaire Covid-19. 
Une crise qui a lourdement impacté les PLS composant notre panel, tant d’un point de vue financier que moral, et ce quels que soient leur vécu et les conséquences de la situation sanitaire sur leur activité. 

Observatoire CMV-Mediforce 2020 : chiffres clefs

La crise sanitaire

Des impacts financiers immédiats

Les Professionnels Libéraux de Santé interrogés le disent clairement : la crise sanitaire a eu des répercussions immédiates sur leur situation financière. 
61 % des PLS jugent que leur chiffre d’affaires sera durablement impacté par la crise.
Dans ce contexte, ils sont 87 % à exprimer des besoins de trésorerie. 56 % des sondés les destinent à pallier une période d’inactivité. Sur ce point, les ophtalmologues, les infirmiers et les médecins généralistes sont les plus demandeurs de trésorerie. 
Notons que, parmi les PLS interrogés, les pharmaciens et les radiologues sont ceux qui ont le moins besoin d’utiliser cette trésorerie pour pallier un temps d’inactivité.
Les PLS sont par ailleurs plus que mitigés quant au soutien financier qui leur est apporté :

  • Le soutien des banques via le PGE (Prêt Garanti par l’État) est jugé insatisfaisant à 67 %.
  • Ils considèrent à 74 % qu’il n’y aura pas de moyens financiers supérieurs alloués à la santé suite à la crise.
  • Les compagnies d’assurance sont celles qui sont jugées le plus durement, avec 18 % seulement des PLS qui estiment avoir été soutenus par elles.

La gestion de la crise par le gouvernement n’est pas davantage saluée : les PLS en sont mécontents à 65 %, un chiffre proche de la moyenne de l’ensemble de la population française, à 62 %.

Un coup au moral évident malgré la ferveur populaire

Logiquement, cette crise sanitaire a également eu un impact sur le moral des PLS : 58 % jugent ainsi que leur moral a chuté durant cette période. 

Le mouvement de soutien populaire, apprécié par 72 % des PLS, a toutefois constitué, selon eux, un véritable rayon de soleil dans cette pandémie.

Un climat en demi teinte

On note que les effets de la crise sanitaire, avec des consultations bouleversées, ont dégradé la satisfaction des Professionnels Libéraux de Santé concernant la pratique au quotidien de leur métier : 79 % s’estiment satisfaits de leur travail actuel cette année, quand ils étaient 85 % en 2019. C’est même l’insatisfaction qui est en augmentation, et ce de façon significative (19 % sont plutôt insatisfaits en 2020, versus 14 % en 2019).
Pour autant, si l’on analyse l’opinion que les Professionnels Libéraux de Santé ont de leur profession, on remarque que celle-ci poursuit la dynamique positive initiée depuis 2014. Ainsi, cette tendance se confirme à nouveau cette année, avec une note de 5,8/10 pour leur opinion actuelle sur leur profession, la plus haute depuis 2011, date de la première édition de l'Observatoire CMV Médiforce.
Sans doute ces professionnels se sont-ils sentis plus utiles que jamais, dans ce contexte de crise sanitaire ?
L’opinion quant au futur de leur profession, toujours inférieure en valeur par rapport à celle liée à la situation actuelle, suit, elle aussi, cette évolution. Elle progresse même davantage cette année, avec une note de 5/10 (versus 4,7/10 en 2019).
Faisant figure d’ovnis dans le panorama des PLS, les ophtalmologues ont le moral. Ils sont très satisfaits de leur travail au quotidien (91 % versus 79 % total PLS) et ont une opinion très positive de leur profession en 2020, en forte hausse depuis 2019 (de 69 % à 91 % d’opinion positive sur la situation actuelle de leur profession, soit + 22 points entre 2019 et 2020).

Des métiers qui restent porteurs d’avenir

Certes aujourd’hui la situation est difficile, mais pour certains des PLS interrogés, demain le métier restera porteur d’avenir. Et ceci est d’autant plus vrai pour les médecins généralistes (68 % d’opinion favorable) et les chirurgiens-dentistes (54 % d’opinion favorable), qui connaissent une hausse significative de l’opinion quant au futur de leur profession.
Si les radiologues sont les plus optimistes pour l’avenir, avec une opinion en hausse constante depuis 2014, cet optimisme n’est hélas pas partagé par les infirmiers et les kinés-ostéopathes, qui ont la moins bonne opinion de leur profession aujourd’hui (65 % d’opinion favorable pour les kinés-ostéopathes, 67 % pour les infirmiers), comme dans le futur (38 % d’opinion favorable chez les kinés-ostéopathes, 37 % chez les infirmiers).
Si l’on comprend bien que la pratique a été particulièrement pénible cette année pour ces professions, cette opinion dégradée de leur métier conforte un pessimisme sur leur vision de l’avenir, en hausse depuis 2015.

Des conditions de travail impactées par la crise Covid-19

Dans ce contexte, les médecins généralistes considèrent logiquement, cette année, travailler davantage dans l’urgence et sacrifier la qualité de leur travail (une variation de + 17 points d’avis favorable sur cet item, entre 2019 et 2020).

Malgré cela, ils sont pourtant significativement plus nombreux que la moyenne des PLS à estimer que leur métier est stimulant au quotidien (90 % versus 80 % total PLS).

Les infirmiers, qui ont vu leur charge de travail s’alourdir, ont le même sentiment d’une dégradation des conditions de leur pratique, avec une hausse significative du poids des contraintes administratives (+ 19 points entre 2019 et 2020 sur cet item) et du sentiment de travailler dans l’urgence (+ 19 points entre 2019 et 2020).

Les professionnels de santé et les nouvelles technologies

Télémédecine : de nouveaux usages émergent

Cette nouvelle édition de l’Observatoire le souligne : si la baisse de la fréquentation a logiquement réduit l’usage quotidien de la gestion du dossier médical partagé ou DMP (de 14 % en 2019 à 10 % en 2020) et la mise à disposition de résultats d’analyses via un serveur ou site internet (de 23 % en 2019 à 16 % en 2020), ces solutions, de même que l’usage d’outils connectés, restent des solutions d’avenir.
Par ailleurs, la crise sanitaire a favorisé un recours plus fréquent à la télé-expertise (de 62 % en 2019 à 65 % en 2020), et à la téléconsultation, qui passe d’un taux d’adoption prévue ou effective de 46 % en 2019 à 56 % en 2020, soit une croissance significative. Cette hausse du recours à la téléconsultation est clairement un effet du confinement, puisque, pour les PLS interrogés, elle arrive en tête des technologies sur lesquelles la Covid-19 a eu un impact sur son utilisation (63 %). 
Les médecins généralistes figurent d’ailleurs parmi les plus fervents pratiquants de la téléconsultation. Ainsi, ils progressent de façon significative aussi bien sur l’adoption que sur la pratique quotidienne (15 % en 2020 versus 4 % en 2019) ou ponctuelle (38 % en 2020 versus 8 % en 2019). Et ils sont 57 % à revendiquer vouloir poursuivre la pratique.

Des technologies qui pourraient à l’avenir constituer la nouvelle norme

La téléconsultation est vouée à s’ancrer dans les usages :

  • Parmi ceux (56 %) qui ont mis en place la téléconsultation, 57 % déclarent qu’ils vont continuer de le faire et 36 % qu’ils vont le faire plus souvent. 11 % seulement affirment de pas vouloir continuer.
  • Parmi les PLS âgés de 20 à 34 ans, c’est même une pratique deux fois plus répandue dans l’organisation de de leurs consultations (25 % versus 11 % moyenne PLS).

Le DMP (Dossier Médical Partagé), les objets connectés et la mise à disposition de données via un serveur seront pérennes :

  • Au quotidien, les PLS disent cette année moins utiliser le DMP : son usage passe en effet de 14 % en 2019 à 10 % en 2020. Cela ne remet toutefois pas en cause son usage dans le futur, plébiscité par 86 % des PLS qui continueront à l’utiliser (parmi eux, 45 % de plus en plus et 41 % à la même fréquence). 
  • Si les objets connectés sont recommandés seulement aujourd’hui à 21 %, les PLS sont 85 % à estimer les recommander dans le futur.
  • Et c’est la mise à disposition des données via un serveur ou un site internet qui va sans doute connaître l’accélération la plus importante dans la pratique pour 52 % des PLS interrogés.

71 % des PLS reconnaissent devoir développer leurs compétences en robotique et intelligence artificielle. Dans le même temps, les coûts d’équipements restent élevés pour 72 % d’entre eux.
Soulignons également, et c’est là un fait nouveau, que les PLS ont pris conscience cette année, que leurs patients se modernisaient. Ils ne sont ainsi plus que 50 % (versus 73 % en 2019, soit un chiffre en baisse significative) à penser que leurs patients ne sont pas en mesure d’utiliser ces technologies. 
Notons toutefois que des freins principaux demeurent, perçus au même niveau de crainte (63 %) par les PLS : celle d’une déshumanisation de la relation patient, d’une vulnérabilité face aux cyberattaques, et d’un risque sur la confidentialité des données.

Les professionnels de santé et la pratique libérale

Coworking et télétravail… en libéral

Alors que le monde hospitalier vit sous la pression de la pandémie, le statut libéral est particulièrement plébiscité cette année par les Professionnels Libéraux de Santé interrogés (de 82 % en 2019 à 87 % en 2020). 
Dans le même temps, la fierté d’exercer leur métier, via une contribution réelle à la société, reste pour eux très élevée (91 %).
Si la crise altère le moral des PLS, seuls 18 % d’entre eux envisagent d’arrêter leur activité. Sur ce point, les chirurgiens-dentistes et les infirmiers se distinguent parmi les PLS ayant le plus envie de changer de métier : 28 % des chirurgiens-dentistes le soulignent, presque autant que les infirmiers (29 %). A l’opposé, seuls 3 % des radiologues sont dans ce cas.
En revanche, et c’est là un autre enseignement de cette édition de l’Observatoire, les pratiques vont évoluer : 

  • Avec la télémédecine qui s’installe, le télétravail devient possible pour 3 PLS sur 10 qui pratiquent depuis leur domicile, une évolution importante à souligner.
  • Pour chaque PLS qui consulte et utilise la télémédecine, si le présentiel et le contact humain restent largement majoritaires, à 89 % de leur temps, l’usage de la téléconsultation dans l’organisation future de leur semaine de consultations monte à 16 %. 

A l’avenir, les Professionnels Libéraux de Santé ne seront présents qu’à temps partiel au cabinet, en alternance avec les autres membres du cabinet (55 % y sont favorables). Ceci sera possible dans les faits, car dans l’organisation de leurs visites, ils prévoient d’être 24 % de leur temps hors du cabinet - chez leurs patients (17 %) ou en téléconsultation chez eux (6 %) -  soit l’équivalent d’une journée par semaine.
Et ils sont plus nombreux encore à envisager de se regrouper davantage, dans un même lieu d’exercice (75 % y sont favorables). L’avenir nous dira si leurs motivations, pour cela, sont d’ordre économique ou dans une volonté de pratique plus collaborative…

Les professionnels de santé et les pouvoirs publics

On l’a vu, les PLS sont déçus de la gestion de la crise par l’État. Mais qu’en est-il de leur opinion à l’égard de la politique de Santé ?

Ségur de la Santé : des PLS impliqués malgré un plan surtout dédié à l’hôpital

La mise en place d’une offre de prise en charge intégrée Ville-Hôpital-Médico-Social pour les personnes âgées est un débat acquis pour les PLS (80 % d’opinion favorable). Un résultat qui reflète la solidarité de ces professionnels à l’égard des séniors, une solidarité qui s’est accrue avec la pandémie et la nécessité de revoir les conditions d’accueil dans les établissements médico-sociaux.

Dans un contexte où les PLS ont fortement subi la première vague, ils acceptent (avec 62 % d’opinion favorable) de contribuer à la réorganisation du système de santé sur des mesures phares : la création d’une plateforme d’accès numérique pour l’accès aux soins, le développement de l’exercice coordonné pour améliorer l’accès aux soins non programmés, le développement de la télésanté sur tous les territoires.

En revanche, le renforcement des missions et de l’indépendance des Conférences régionales de la santé et de l’autonomie (CRSA) avec 47 % d’opinion favorable, tout comme l’évolution des Agences régionales de santé (ARS) avec 51 % d’opinion favorable, divisent encore les professionnels.

Des PLS qui en appellent à la solidarité de l’État et aux collaborations locales

Si, en 2019, 55 % des PLS jugeaient souhaitable une extension de l’intervention de l’État au nom de la solidarité, ils sont logiquement 62 %, un chiffre en hausse significative, à le vouloir cette année.

Les jeunes praticiens, âgés de 20 à 34 ans, sont même 75 % à souhaiter ce scénario. Par ailleurs, ils jugent plus réaliste que leurs aînés, la probabilité d’un État qui limite ses interventions directes et transfère de plus en plus au privé un certain nombre de prises en charge (59 % le jugent probable, versus 41 % total PLS).

Le scénario le plus désiré encore cette année, et ce malgré une évaluation plus négative de sa probabilité (28 % le jugent improbable, en hausse significative), est celui d’une collaboration locale sur-mesure entre citoyens, élus et acteurs locaux de santé (souhaitable à 82 %, au même niveau que 2019). Les infirmiers sont même 90 % à désirer ce scénario.

A l’inverse, le scénario tant redouté (souhaité à 21 %) d’une montée en puissance des communautés de patients et de citoyens via les réseaux sociaux, semble quant à lui tarder à se mettre en place (48 % le jugent « déjà en cours », en baisse significative par rapport à 2019).

Enfin, les pharmaciens sont les plus nombreux à craindre qu’un acteur économique mondial prenne le pouvoir en s’appuyant sur l’intelligence artificielle et la data : 23 % seulement le désirent (contre 37 % total PLS).

Des initiatives gelées par la crise sanitaire ? Globalement, tous les scénarios tardent à se concrétiser. Un statut quo qui devra se confirmer l’an prochain…

Observatoire CMV-Mediforce 2020 : infographie
CMV Médiforce
A propos de CMV Médiforce
CMV Médiforce propose depuis plus de 40 ans des solutions de financement réservées aux Professionnels Libéraux de Santé pour les accompagner tout au long de leur parcours professionnel (installation, acquisition de matériel, développement d'activité).

CMV Médiforce est la marque dédiée au pôle médical de la société BNP Paribas Leasing Solutions, leader européen du financement d’équipements professionnels.


Fiche technique : étude Ipsos pour CMV Médiforce menée du 16 septembre au 19 octobre 2020 auprès de 495 professionnels de santé libéraux de santé exerçant en France.

Auteur(s)

  • Gaelle Caillard Chef de groupe, Healthcare

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