Européennes 2019 : comprendre le vote des Français

Dimanche 26 mai 2019 / 20:30 - Quels ont été les déterminants du vote ? L'enquête Ipsos / Sopra Steria réalisée pour France Télévisions, Radio France, RFI et France 24 auprès de 5433 électeurs révèle l'état d'esprit dans lequel les Français se sont rendus aux urnes.

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  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
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L'abstention

Si l'abstention a reculé par rapport aux trois dernières éditions des Européennes, elle concerne encore près d'un Français sur deux. Ceux qui ne sont pas allés voter paraissent en premier lieu un peu désabusés. Pour 40% d'entre eux, "ces élections ne changeront rien à leur vie quotidienne", et 23% partagent l'idée que "les députés européens n'ont pas beaucoup de capacité d'action pour améliorer la situation en Europe". Le mécontentement, "à l'égard des responsables politiques en général" (32% de citations) ou "à l'égard de l'Union Européenne" (17%) a aussi éloigné les Français des urnes. Un abstentionniste sur quatre (24%) aurait aussi souhaité être mieux informé sur les élections. 

Motivations et enjeux du vote

Les questions européennes (57%) se sont imposées sur les questions nationales (43%) dans les déterminants du vote en toute fin de campagne. L'opinion envers l'exécutif a aussi joué, mais à la marge : 16% des électeurs - surtout ceux de la liste LREM - se sont prononcés "pour manifester leur soutien au président de la République et au gouvernement", 36% (surtout dans l'électorat RN et gauche radicale) ont manifesté leur opposition, mais les plus nombreux (48%) "ni l'un ni l'autre".

La hiérarchie des sujets dont les électeurs ont tenu compte souligne en creux le faible impact de la campagne électorale. "Le pouvoir d'achat" (38%), "la protection de l'environnement" (36%), "l'immigration" (35%), "la place de la France en Europe et dans le monde" (35%) et "le niveau des inégalités sociales" (25%) sont les plus souvent cités dans la liste des trois thèmes dont les électeurs ont tenu compte au moment du choix. Mais chaque électorat est resté concentré sur ses propres préoccupations : 70% de citations pour le sujet immigration dans l'électorat RN, 64% de citations pour "la place de la France en Europe et dans le monde" chez les électeurs LREM, 84% de citations pour "l'environnement" dans l'électorat EELV, première place du sujet "inégalités sociales" dans l'électorat des listes PS-Place publique, Génération.s, France Insoumise et PCF. La dilution des enjeux de campagne et l'absence de sujet nouveau et suffisamment fort pour cristalliser un débat transpartisan a favorisé la concentration des suffrages sur les listes LREM et RN. Dans un contexte de forte incertitude, la première place est devenu un enjeu principal.

Comme en 2014 le RN est arrivé en tête, sans que cela ne suscite de profonde indignation. Face à ce résultat, on mesure 23% de mécontents, 16% de déçus, 18% de satisfaits, 8% de soulagés, et 35% d'indifférents. La première place d'une liste nationaliste ne doit pas se lire comme un rejet de l'appartenance de la France à l'Europe. Au contraire, un Français sur deux considère comme "une bonne chose" que la France fasse partie de l'Union Européenne (pour 18% d'avis contraires et 33% qui jugent que ce n'est "ni une bonne, ni une mauvaise"). On est toutefois loin du blanc-seing. Les Français sont majoritairement favorables à une certaine renationalisation des pouvoirs, 61% d'entre eux jugeant que la meilleure solution pour faire face efficacement aux grands problèmes des années à venir serait de "renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe". Et si 34% estiment que l'appartenance de la France à l'UE la protège des effets de la mondialisation, la majorité pense que ça l'expose davantage (37%), ou que ça ne change rien (29%).

Et maintenant ?

Un électeur sur deux jugeait à la veille du scrutin qu'une défaite d'Emmanuel Macron devait le conduire à modifier sa politique en profondeur. La campagne des Européennes n'aura pas redoré le blason du président de la République. Au sortir du scrutin, 59% des Français n'apprécient "ni sa personnalité, ni son action", 60% estiment que la politique menée par le gouvernement depuis deux ans "ne produira pas d'effets positifs", 55% "qu'elle a détérioré la situation du pays", tout comme "leur situation personnelle" (52%). Ceux qui pensent au contraire que la politique du gouvernement "portera ses fruits dans les mois ou années qui viennent" (26%) ou "qu'elle commence à produire des résultats positifs pour le pays" (14%) sont minoritaires.
Pour autant, les Français doutent fortement de la capacité de l'opposition à faire mieux que le gouvernement. La France Insoumise (50% estime qu'elle ferait "moins bien", 34% "ni mieux ni moins bien", 16% "mieux"), le Rassemblement National (48% jugent qu'il ferait "moins bien", 31% "ni mieux ni moins bien", 21% "mieux"), le PS (42% "moins bien", 46% "ni mieux ni moins bien", 12% "mieux") ou Les Républicains (29% "moins bien", 55% "ni mieux ni moins bien", 16% "mieux") n'ont guère plus de crédit aux yeux des Français.

Fiche technique : enquête Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, RFI et France 24 du 22 au 25 mai 2019 auprès de 5 433 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)

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