Municipales 2026 : comprendre le vote
Des jugements plus sévères sur l'équipe sortante
L'abstention a été très forte pour un premier tour d'élections municipales, alors même que l'intérêt pour le scrutin est resté élevé : 76% d'intérêt sur l'ensemble des Français, 80% chez les sympathisants de gauche et du RN, 84% au sein de la droite et du bloc central. Mais les Français ont eu du mal à se décider pour un candidat, comme en témoigne la proportion importante d'électeurs qui ont fait leur choix "au dernier moment" (9%), "ces derniers jours" (15%) voire "ces dernières semaines" (19%).
Ils étaient surtout un peu moins nombreux cette année à se ranger derrière l'équipe sortante. Concernant le bilan, deux personnes sur trois ont estimé que la municipalité de leur commune a accompli un "bon" (57%) voire un "excellent" travail (8%), mais cette proportion est en baisse de six points par rapport à ce que nous enregistrions en 2020 (65% vs 71%).
Seulement 17% des personnes interrogées ont jugé par ailleurs que la qualité de vie dans leur commune s'était "améliorée" au cours du mandat précédent, pour 52% qui n'ont pas perçu d'évolution et tout de même trois sur dix qui disent qu'elle "s'est détériorée" (31%). Ces derniers sont d'autant plus nombreux que la commune est grande : un habitant sur cinq juge que la qualité de vie s'est détériorée dans les communes rurales, un sur quatre dans les petites villes de moins de 10 000 habitants, un sur trois dans les villes moyennes jusqu'à 100 000 habitants, et presque un sur deux dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants.
Dans ce contexte, la "prime au sortant" a elle aussi baissé : 55% des Français dont le maire se représentait souhaitaient qu'il soit réélu, mais 45% ne le souhaitaient pas. Le ratio était de 63% / 37% en 2020.
Des enjeux locaux, et la sécurité avant tout
Comme lors des précédents scrutins municipaux, la situation politique au niveau local (81%) a largement pris le pas sur le contexte national (19%) dans les déterminants du vote. Le détail des réponses montre que c'est un peu plus nuancé dans les électorats LFI (66% / 34%) et RN (68% / 32%), même si le "local" l'emporte quand même largement. La majorité des électeurs n'a souhaité exprimer dans son vote "ni soutien ni opposition à Emmanuel Macron et au gouvernement". Bien qu'on soit à un an de la prochaine présidentielle, ce n'était pas le sujet.
Les Français ont d'abord voté ce dimanche en pensant "aux enjeux locaux et aux problèmes qui se posent dans leur commune" (84% de citations), en fonction de "la connaissance de la commune et de ses enjeux par les candidats" (81%), "des programmes des différentes listes" (75%), "du bilan du maire et de l'équipe municipale" (74%). Un peu en retrait, "la personnalité" (59%) et "l'expérience des candidats" (50%) ont également beaucoup joué. Les électeurs stratèges étaient bien présents, un sur deux ayant pensé à "la capacité de la liste à être présente au second tour" (50%), un sur trois "aux alliances entre les différents partis" (31%). L'étiquette politique a encore motivé 41% des votants, surtout les sympathisants LFI (63%). La Présidentielle 2027 (26%) et l'instabilité internationale (17%) ont été moins souvent évoquées.
Les électeurs ont pensé à leur commune, et surtout à la sécurité. C'est le sujet dont le futur maire devra s'occuper "en priorité", selon 39% des répondants. "Le dynamisme du centre-ville et les commerces de proximité" (32%) et "l'accès aux soins" (30%) complètent le triptyque. La question de la sécurité revient encore plus fréquemment dans les grandes villes (50% de citations dans les villes de plus de 100 000 habitants), mais elle est sur le podium dans toutes les catégories de communes, y compris les communes rurales. Ces dernières se distinguent par une attention un peu plus importante sur les questions de fiscalité locale, le "développement économique" est davantage cité dans les petites villes, la question du "logement" est mise en avant dans les villes moyennes (27%) tandis que dans les grandes villes le sujet "propreté" émerge en deuxième position (33%).
Discrédit de LFI et attrait du RN
La question fait débat, mais les Français ont un avis tranché. Trois sur quatre s'opposent à ce que les listes de la France Insoumise s'allient et fusionnent avec les listes des autres partis de gauche au second tour. La quasi-totalité des sympathisants LFI y serait favorable (89%), mais ses anciens alliés du NFP sont partagés (51% d'avis favorables chez les sympathisants Écologistes pour 49% d'avis contraires), voire carrément réticents (36% d'avis favorables chez les proches du PS, 64% d'avis contraires).
Pour leurs sympathisants, l'alliance entre le RN et LR paraît plus naturelle. Si 60% des Français verraient la fusion d'un mauvais œil, 78% des proches du RN et 64% des sympathisants LR y sont favorables. On serait d'ailleurs aussi largement favorable côté Républicain à l'alliance ou la fusion des listes avec celles du bloc central (69%). Là aussi les deux partis seraient d'accord, une telle alliance étant encouragée par une très large majorité des sympathisants Renaissance (78%) ou Horizons (89%).
Les aspirations quant au bilan des élections pour les partis politiques confirment le discrédit de LFI dans l'opinion : 83% des Français souhaitent que LFI sorte affaiblie du scrutin, 10 points de plus qu'il y a six ans, pour 17% seulement "renforcée". Les sympathisants PS (81%) et Écologistes (71%) sont en grande majorité pour l'affaiblissement. On voit mal dans ce contexte comment pourrait fonctionner une nouvelle consigne nationale de Front Républicain, à l'image de ce qui s'est passé au moment des Législatives. D'ailleurs sur cette question le RN est au-dessus du lot. Pas moins d'un Français sur deux souhaite qu'il sorte "renforcé" du scrutin (50%), soit 17 points de plus que ce que l'on mesure pour LR (33%), 19 points de plus que les scores du PS (31%) ou des Ecologistes (31%), 26 points de plus que pour le bloc central (24%), 33 points de plus que pour LFI (17%).
L'inquiétude sur le pouvoir d'achat attise la fronde
Les Français ont voté aux municipales en pensant d'abord à la sécurité. Mais à titre personnel, c'est le pouvoir d'achat qui les préoccupe au tout premier plan. Le sujet figure dans le Top 3 des préoccupations d'un Français sur deux (51%), et le plus souvent en première position. "Le système de santé" est le deuxième sujet le plus souvent cité (37%), devant "les crises internationales (Ukraine, Proche Orient)" (29%) et "l'immigration" (28%). "La sécurité des biens et des personnes" n'arrive qu'ensuite, à 24% de citations. En dehors du Top 5, "la protection de l'environnement" n'est qu'à 20%, mais reste tout de même la préoccupation principale des sympathisants Écologistes.
Sur tous ces sujets les Français sont inquiets, et la politique ne les rassure pas. Elle leur inspire "de la déception" (36%), souvent même "du dégoût" (25%) et "de la colère" (20%). On enregistre au total 81% de sentiments négatifs, 16 points de plus qu'en 2020. La France est aujourd'hui a minima "mécontente" pour un Français sur deux (50%), voire carrément "en colère et contestataire" selon l'autre moitié (48%). Il faut transformer la société "radicalement" (21%) ou au moins la réformer "en profondeur" (51%), pour les trois quarts d'entre nous. Ce souhait d'un changement profond ou radical est majoritaire dans tous les électorats, même dans le bloc central.
Rapport complet
À propos de cette enquête
Enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs menée du 12 au 14 mars 2026 auprès de 2 000 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
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