Européennes 2019 : mobilisation très faible à l'approche du scrutin

Le sondage Ipsos / Sopra Steria réalisé pour France Télévisions et Radio France à trois semaines du scrutin projette une participation qui pourrait se situer dans une fourchette de 38% à 42%. En termes d'intentions de vote, la dynamique est défavorable à la liste La République en Marche (21,5%, -1,5 points en deux semaines) ; la liste du Rassemblement National (22%, stable) passe en tête.

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  • Jean-François Doridot Directeur Général, Ipsos Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
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N.B. Cette enquête a été réalisée avant la publication au journal officiel des listes validées pour les élections européennes. Ainsi, l'offre électorale proposée aux répondants n'était pas exhaustive mais prévoyait néanmoins une option "autre liste".

Entre l'enquête Ipsos / Sopra Steria réalisée du 18 au 22 avril et celle que nous publions aujourd'hui (terrain les 2 et 3 mai), le taux d'électeurs "certains d'aller voter" a baissé de deux points, passant de 42% à 40%. Cette baisse de la mobilisation à l'approche du scrutin est inhabituelle. Sans présager de ce qui pourrait se passer pendant la campagne "officielle" qui débute dans une semaine, ce taux anticipe une abstention aux Européennes qui pourrait approcher, voire dépasser les 60%. Le record d'abstention de la Ve République (hors référendum ou consultations locales) - de 59,37% aux Européennes de 2009 - pourrait être battu le 26 mai prochain.

Dans le détail, on constate que les jeunes et les catégories socio-professionnelles les moins favorisées sont une nouvelle fois les moins mobilisés. On relève également des différentiels de participation assez nets selon la proximité partisane des électeurs, avec 50% de "certains d'aller voter" chez les sympathisants de La République En Marche, pour seulement 35% chez les proches du Parti Socialiste.

La meilleure mobilisation de ses électeurs n'empêche pourtant pas La République En Marche de perdre du terrain en termes d'intentions de vote. A 21,5% (moins 1,5 points par rapport à l'enquête du 18/22 avril), elle laisse la première place à la liste du Rassemblement National (22%, stable). Au coude à coude, ces deux listes ont creusé un écart important avec leurs concurrentes. La liste des Républicains complète le podium tout en étant huit points derrière LREM (à 13,5% d'intentions de vote, stable). Et toutes les autres listes sont sous la barre des 10% : celle d'EELV menée par Yannick Jadot est à 8,5% (stable), la liste France Insoumise conduite par Manon Aubry est à 8% (+1), la liste PS/Place publique de Raphaël Glucksmann est à 5,5% (-1) et la liste Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan est à 5% (+0,5). Les autres listes testées sont sous le seuil des 5%, ce qui à ce stade ne leur permettrait pas d'obtenir des sièges au Parlement européen. La liste Génération-s de Benoît Hamon recueille 3,5% d'intentions de vote, les listes PC de Ian Brossat, UDI de Jean-Christophe Lagarde et Alliance Jaune conduite par Francis Lalanne sont à 2%, la liste Patriotes de Florian Philippot est à 1,5%, les listes Lutte Ouvrière (Nathalie Arthaud) et UPR (François Asselineau) sont à 1% chacune.

A trois semaines du scrutin ces scores sont toutefois loin d'être figés. La sureté du choix est encore faible - 45% des électeurs se réservent la possibilité de changer d'avis - et la campagne officielle n’a pas encore commencé. On note cependant que la notoriété des têtes des listes n'est pas un gage de performance électorale. Benoît Hamon (82% des électeurs "voient bien de qui il s'agit"), Nicolas Dupont-Aignan (82% également), Francis Lalanne (75%) et Florian Philippot (74%) sont en effet nettement plus connus que Jordan Bardella (22%) ou Nathalie Loiseau (52%), qui conduisent les listes RN et LREM.

Pour finaliser son choix de vote, un peu plus d'un électeur sur deux (54%) tiendra d'abord compte des propositions des partis sur les questions nationales, plutôt qu'européennes. C'est surtout le cas de la majorité des électeurs des listes RN (74%), France insoumise (64%) et Debout La France (62%). Les autres (46%) privilégieront les questions européennes, dont notamment la majorité de l'électorat des listes LREM (70%), LR (63%), EELV (75%) ou PS (62%).

En revanche, l'opinion que se font les électeurs de l'exécutif pourrait ne pas être déterminante. Même si 38% personnes interrogées voteront "avant tout pour manifester leur opposition au Président de la République et au gouvernement" (13% "pour manifester leur soutien", 49% "ni l'un ni l'autre"), ces personnes se recrutent surtout dans un électorat RN ou France insoumise très éloigné de LREM. De la même manière, si les mesures et orientations annoncées par Emmanuel Macron à l'issue du Grand débat donnent "moins envie de voter pour la liste de La République en Marche" à 37% des électeurs (11% "plus envie de voter pour la liste LREM, 52% "ni plus ni moins"), ce sont surtout des électeurs frontistes ou de la gauche radicale, qu'il aurait été de toute façon difficile de convaincre. Des minorités tout de même importantes de ceux qui ont l'intention de voter pour la liste Les Républicains (42%) ou PS-Place publique (34%) partagent néanmoins cette déception vis à vis des mesures annoncées suite au Grand débat, et 42% de l'électorat PS-Place publique, 31% de l'électorat LR compte voter "avant tout pour manifester son opposition à l'exécutif". A la marge, cela pourrait tout de même pénaliser la liste LREM en contenant son socle électoral.

Notons enfin que le désintérêt actuel d'une majorité des Français pour les élections européennes et la primauté relative des enjeux nationaux sur les enjeux européens ne doit pas se lire comme un rejet de l'appartenance de la France à l'Europe. Au contraire, près d'un Français sur deux (49%) pense que "c'est une bonne chose que la France fasse partie de l'Union européenne", contre 20% d'avis contraire et 31% qui jugent que ce n'est "ni une bonne, ni une mauvaise chose". Les Français sont en revanche plus critiques sur la répartition des pouvoirs entre les instances nationales et européennes. "Pour faire face efficacement aux grands problèmes des années à venir", 60% des personnes interrogées jugent que la meilleure solution serait de "renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe" (pour 20% d'avis contraire et 20% qui se satisfont de la situation actuelle). Cette question transcende les clivages politiques : ceux qui penchent pour renforcer les pouvoirs de la France quitte à limiter ceux de l'Europe sont largement majoritaires dans tous les électorats.

Fiche technique : Enquête Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France menée les 2 et 3 mai 2019 auprès de 1500 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales.

Auteur(s)

  • Jean-François Doridot Directeur Général, Ipsos Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs

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