France, combien de divisions ?

Le sondage mondial réalisé par Ipsos Global @dvisor pour la BBC montre que la plupart des pays ont le sentiment que les notions d’unité, d’équilibre et d’harmonie sont particulièrement fragiles.

75% des Français pensent que leur pays est aujourd’hui divisé et 61% estiment qu’il l’est plus qu’il y a 10 ans. Dans un contexte où il est question depuis des années de pays clivé, voire fracturé[2], les failles ne manquent pas, on l’a vu aux dernières élections, entre catégories sociales, générations, habitants des grands centres urbains et zones rurales. On vérifie dans le ressenti de deux populations : 

  • Celle qui se sent bien, apprécie l’action du Président de la République, plutôt des femmes, de moins de 35 ans ou de plus de 60 ans, cadres, vivant dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, avec un niveau Bac + 2, Bac + 3 et plus, dont 66% s’auto-positionnent comme appartenant à la classe moyenne supérieure, plutôt PS, LRM, UMP « moderne ». Pour 81%, la France n’est pas en déclin.
  • Celle qui se sent déclassée et exclue d’une reprise dont elle entend parler mais dont elle ne voit pas les effets : plutôt des hommes, entre 35-59 ans, employés, ouvriers, inactifs, plutôt loin des grands centres urbains ou habitant les quartiers populaires, et titulaires d’aucun diplôme ou d’un diplôme inférieur au Bac. 75% s’auto-positionnent comme appartenant à des milieux défavorisés ou populaires, à la droite de la droite, FN ou France Insoumise et PCF.

La France n’a pas le monopole de la division : trois personnes sur quatre en moyenne dans les 27 pays étudiés pensent que la société de leur pays est divisée. Les pays les plus concernés ce sujet sont la Serbie (93%), l'Argentine (92%), le Pérou et le Chili (90%). À l’opposé, les Saoudiens sont les moins nombreux à le penser (34%), suivis des Chinois (48%) et des Japonais (52%).

Qu’est-ce qui divise les gens ?

L’intolérance est un facteur transversal, en tant que regard sur l’altérité. Les Canadiens apparaissent comme les plus tolérants (74%) à l’égard des autres cultures, opinions, expériences ou origines. À l’opposé, les Hongrois (16%). À 36%, les Français sont assez lucides sur la manière dont ils considèrent « l’autre » avec l’impression d’être de moins en moins ouverts. Ça ne les empêche pas d’affirmer (61%) avec un bel optimisme qu’il y a plus de choses qui unissent que de choses qui divisent, bien loin des Russes ou des Serbes (81%), mais largement devant les Japonais (35%) ou les Hongrois (48%).
Les divergences entre opinions politiques apparaissent comme la première source de division à 44%, suivies par les différences entre riches et pauvres (36%), les immigrants et les natifs (30%), les religions (27%), les différences ethniques (25%), entre hommes et femmes, seniors et jeunes (11%), enfin entre urbains et ruraux (10%).
Ces moyennes cachent la diversité des classements selon les pays. En France, les différences entre immigrants et les natifs et entre les religions sont à l’origine des divisions pour 45%, devant les différences ethniques (35%). La question des divisions sociales, générationnelles, par genre viennent après.
Des chiffres à rapprocher d’une autre étude d’Ipsos[2] qui montre à quel point religion et migration cristallisent le problème de l’identité nationale.  60% des Français considèrent que « la manière dont est pratiquée la religion musulmane n’est pas compatible avec les valeurs de la société française », 74% pensent que « l’Islam cherche à imposer son mode de fonctionnement » vs. 18% pour la religion Catholique et 15% pour la religion Juive. La population immigrée (non née en France) est estimée à 26% et le nombre de musulmans à 24%, contre 12% et 8% en réalité[3]. Enfin, 36% estiment que « La grande majorité des musulmans est mal intégrée, seulement une petite minorité est bien intégrée », + 12 points de 2016 à 2017[4].
On le voit notamment avec la perception des flux migratoires, la question est plus que jamais ouvrir et s’ouvrir, ou fermer et se fermer. Au populisme économique et social qui divise le monde entre profiteurs et travailleurs s’ajoute déjà, on le voit dans une large partie de l’Europe, un populisme culturel qui divise les nations entre « nous » et « eux ». L’élection de 2022 se jouera sur ce sujet.

[1] Étude Ipsos Global @dvisor, menée du 26 janvier au 9 février 2018 sur 19 428 personnes dans 27 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Chine, Corée du Sud, Espagne, France, Hongrie, Inde, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pérou, Pologne, Russie, Serbie, Suède, Turquie, UK et USA.
[2] Étude « Fractures françaises 2017 » réalisée par Ipsos / Sopra Steria depuis janvier 2013 pour Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès et Sciences Po (programme Viepol).
[3] Étude 2017 Global @dvisor « Attitude à l'égard de l'immigration et de la crise des réfugiés dans le monde - Vague 2 »
[4] Étude 2017 « L’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française » pour la Fondation du Judaïsme Français

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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