Bouteilles | Recyclage | Consigne | Emballages
Bouteilles | Recyclage | Consigne | Emballages

Les Français et la consigne des emballages de boissons : une attente qui se confirme en 2025

Après une première enquête sur le sujet menée en 2023, une nouvelle enquête menée par Ipsos bva pour Reloop Platform en octobre 2025 vient éclairer le débat sur la généralisation du système de consigne en France. L'enquête confirme et précise l'aspiration des Français pour la mise en place d'un système de consigne pour les réemploi et recyclage des emballages de boissons. Face à une méfiance persistante envers l'efficacité du tri sélectif et à la présence visible de déchets notamment de boissons dans l'environnement, la consigne est perçue comme une solution évidente et plébiscitée.

Les chiffres clés de l'étude

▶︎ 77 % des Français déclarent trier systématiquement leurs emballages (+7 pts vs 2023). 

▶︎ 25,7 % seulement des emballages plastiques sont réellement recyclés en France (objectif UE : 50 % en 2025).

▶︎ La France est 26ᵉ sur 27 dans l’UE pour le recyclage du plastique. 

▶︎ Le taux de collecte des bouteilles plastiques atteint 55 % (de 37 % en PACA à 73 % en Bourgogne–Franche-Comté). 

▶︎ 69 % des Français voient souvent des déchets de boissons abandonnés dans la nature.

▶︎ 93 % se déclarent favorables à la consigne, dont 55 % « tout à fait favorables ».

 

Une défiance vis-à-vis du recyclage en France

Bien que 77 % des Français déclarent trier systématiquement leurs emballages, un chiffre en hausse de sept points par rapport à 2023, le recyclage effectif reste loin encore en décalage avec les ambitions européennes. En 2023, seuls 25,7 % des déchets d’emballages en plastiques étaient réellement recyclés en France, contre un objectif de 50 % en 2025 fixé par l’Union européenne, un taux qui reflète autant les limites actuelles du système que la nature des gisements disponibles et leur aptitude au recyclage. La France apparaît ainsi 26ᵉ sur 27 au sein de l’Union européenne (Eurostat, 2023), une position qui s’explique par un ensemble de facteurs structurels et techniques, et non par le seul comportement des ménages. Notre pays se classe ainsi avant-dernier au sein de l’Union européenne, soit 26ᵉ sur 27[1]. Le taux de collecte effectif des bouteilles plastiques, bien que meilleur, stagne à 55% en France, avec des variations importantes selon les régions (de 37% en PACA à 73% en Bourgogne-Franche-Comté)[2].

L'habitude de trier des Français coexiste avec une méfiance tenace. Les focus groupes mettent en lumière une certitude largement partagée : le système actuel serait inefficace. « Tous les déchets triés finissent par être mélangés et incinérés », lance un participant de Paris. « C'est le même camion qui fait le tour des poubelles... ils vont tous au même endroit. » résume un participant dijonnais. Si les Français continuent de trier, c'est souvent plus par civisme ou pour l'exemple que par une réelle conviction. La motivation est parfois purement personnelle, comme l'exprime ce participant : « Même si ce n'est pas recyclé comme c'est censé l'être, au moins, moi, j'ai bonne conscience. » Une phrase qui illustre comment le geste perdure, en dépit d'une foi limitée en son résultat.

Au-delà des déchets non triés, la problématique des déchets abandonnés

L'enquête met en lumière l'ampleur des déchets sauvages, particulièrement de boissons, qui s'ajoute à la question du tri. En effet, 69 % des Français rapportent voir souvent trouver des déchets détritus abandonnés de boissons dans la nature (littoral, montagne, forêt). Cette pollution s'invite jusque dans leur environnement immédiat, puisque près de quatre Français sur 10 (39%) y sont souvent confrontés dans leur propre quartier.

La consigne : une solution perçue comme évidente

Face à ces constats, la consigne séduit à l’échelle nationale comme régionale. Sa notoriété reste élevée (88% des Français la connaissent), et l'adhésion au principe se maintient : 93% se déclarent favorables à son instauration et 55% y sont "tout à fait favorables". Cette adhésion de principe vaut pour tous les types d'emballages de boissons, du verre (90%) au plastique (87%) en passant par les canettes (86%) et les briques (83%).

Les conditions du succès : proximité, simplicité, universalité.

Si l'adhésion est forte, les Français posent des conditions claires pour le succès du dispositif. La première concerne l'accessibilité : 76% identifient le manque de points de retour à proximité comme le principal frein potentiel. Les magasins alimentaires sont privilégiés par 86% des répondants, mais l'idée de lieux mutualisés – des "éco-boutiques" acceptant simultanément emballages consignés et autres produits du quotidien – recueille l'adhésion de 94% des Français.

Les participants des focus groupes précisent leurs attentes : un réseau avec des points de collecte "à tout au plus cinq minutes" du domicile, un système universel permettant de rapporter n'importe quel emballage dans n'importe quel point de collecte, et des machines automatiques simples d'utilisation.

Pour les participants, l'État doit jouer le rôle de garant et d'architecte, fixant le cadre légal et harmonisant les règles sur tout le territoire tandis qu'un opérateur unique assurerait la gestion quotidienne. Les industriels, considérés comme les principaux responsables de la pollution plastique, devraient contribuer financièrement selon le principe du "pollueur-payeur".

L'exemple européen comme facteur de confiance

Un élément décisif émerge de l'étude : le succès de la consigne dans les pays voisins. "J'ai vécu en Allemagne et ça fait 30 ans qu'ils font ça", témoigne un participant dijonnais, évoquant le taux de collecte de 90% atteint dans ce pays. Cette réussite européenne offre une double assurance : technique d'abord, prouvant que le système fonctionne ; humaine ensuite, démontrant que le changement d'habitudes est possible. Dans cette optique, le retard français se transforme en avantage. Un participant parisien résume bien cet état d'esprit : « On va peut-être bénéficier de toutes les erreurs qu'ils ont pu faire dans le passé ». Plutôt que de tâtonner, la France a l'opportunité de déployer d'emblée un système efficace, inspiré des meilleures pratiques, d’autant plus qu’elle y sera obligée d’ici 2029.

Une opinion publique mature

L'étude 2025 documente une situation claire : une population qui pratique le tri par habitude citoyenne mais doute de son efficacité, et qui voit dans la consigne une alternative crédible et souhaitable. Avec 94% de Français prêts à rapporter leurs emballages consignés et des attentes précises sur les modalités de mise en œuvre, l'enquête dessine les contours d'un système attendu pour accélérer le recyclage et le réemploi des emballages de boisson. Un participant dijonnais résume la situation : "Il faut sauter le pas. Il faut qu'on prenne modèle sur certains pays." Cette phrase capture l'état d'esprit qui ressort de l'étude : une population qui considère la consigne comme une évolution logique et nécessaire, et qui a défini les conditions de sa réussite.

Rapport complet

 


A propos de l'enquête

Enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour Reloop menée du 1er au 7 octobre 2025 auprès de 1500 Français âgée de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.

Notes

[1] Eurostat, 2023
[2] Ademe, 2023

Auteur(s)

Articles liés

  • Senior employé
    Management Enquête

    Senior washing : entre reconnaissance et stéréotypes persistants

    Dans un contexte de transformation profonde du monde du travail, où la rétention des talents et l’intergénérationnel deviennent des enjeux majeurs, Robert Walters Management de Transition, en partenariat avec l’institut Ipsos bva, publie une étude inédite menée auprès de 300 cadres dirigeants d’entreprises de plus de 100 salariés. Cette enquête met en lumière le regard de ces dirigeants sur les cadres seniors, et leur double langage : si les seniors sont largement reconnus pour leur valeur ajoutée, ils restent confrontés à des stéréotypes tenaces et à un manque d’initiatives concrètes de la part des entreprises.
  • Armée Française
    France Enquête

    62% des Français favorables à un service militaire volontaire

    Alors que la guerre en Ukraine continue d’inquiéter une large majorité de Français, l’intensité de cette préoccupation s’atténue légèrement depuis 2024. Si le spectre d’une extension du conflit en France nourrit toujours les craintes, l’idée d’un engagement militaire accru reste massivement rejetée. La vague de novembre de l'Observatoire de la politique nationale Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs mené pour RTL met également en lumière de fortes divergences politiques autour du rôle de la France, de l’Europe et des prises de position du gouvernement, tout en révélant un paradoxe : une adhésion majoritaire au service militaire volontaire, mais un refus marqué d’une implication directe sur le front ukrainien.
  • Prostitution
    Société Enquête

    Prostitution : que pensent vraiment les Français en 2025 ?

    Au moment de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, la Fondation Scelles publie les résultats d’un sondage commandité auprès d’Ipsos-bva sur l’opinion des Français à l’égard de la prostitution. Cette étude, réalisée en octobre dernier, met en lumière l’évolution des mentalités et des perceptions de la société face au phénomène prostitutionnel, 6 ans après la dernière enquête d’opinion sur cette thématique. Et, à l’approche du dixième anniversaire de la loi 2016-444, elle permet aussi de connaître la position et les attentes des Français.es en matière de politique publique.