Les Français et la recherche

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a souhaité réaliser une enquête sur l’image de la recherche et du métier de chercheur auprès des Français. Cette enquête, réalisée par Internet du 23 au 26 août auprès de 960 personnes, avait pour objectif d’apporter des réponses aux questions suivantes afin de mieux connaître l’opinion des Français à l’égard de la recherche : quelle image ont-ils de la recherche en France ? La recherche est-elle jugée utile ? Vecteur de progrès ? Source de rayonnement pour la France ? Comment doit-elle être financée ? L’enquête s’intéressait par ailleurs aux chercheurs : les Français ont-ils une bonne image de la profession ? Estiment-ils qu’ils sont bien payés ?

Auteur(s)

  • Stéphane Zumsteeg Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Ipsos Public Affairs
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Les résultats montrent tout d’abord un réel plébiscite sur le métier de chercheur, tant du point de vue de l’image générale qu’ils renvoient que de leur professionnalisme qui ne fait pas de doute pour les Français. Ce fort soutien aux chercheurs fait écho à l’enthousiasme des Français à l’égard de la recherche, dont l’image est bonne et qui est jugée prioritaire en termes d’investissements publics. Cette confiance est cependant à nuancer, car les Français considèrent que la recherche, même si elle est utile, n’a pas suffisamment d’impact et qu’il est souvent difficile pour eux de se procurer des informations fiables, vérifiées scientifiquement. 

Une très forte confiance envers la recherche et les chercheurs 

Premier enseignement de cette enquête : la très forte confiance accordée aux chercheurs qui repose autant sur la bonne image qu’ils renvoient que sur le professionnalisme dont ils font preuve. En effet, 91% des personnes interrogées ont une bonne image des chercheurs (dont 23% en ont une très bonne image) et 92% d’entre eux considèrent qu’ils sont compétents (dont 29% le pensent tout à fait) et qu’ils s’investissent dans leur travail malgré un métier reconnu comme étant difficile (83%, dont 30% tout à fait). 

Comme pour les chercheurs, la recherche bénéficie d’une bonne image auprès des Français (90% dont 22% de très bonne image), et de leur confiance pour garantir le progrès en France (88%, dont 24% tout à fait). Les Français interrogés apportent néanmoins une légère nuance quant à l’utilité concrète de la recherche : s’ils considèrent que la recherche est essentielle pour l’économie française (86%) et qu’elle permet d’améliorer leur quotidien (82%), ils sont plus modérés pour dire que la recherche apporte des solutions concrètes aux problèmes d’aujourd’hui (65%) et que la France fait partie des leaders mondiaux en matière de recherche (66%). 

En termes de proximité politique, on remarque un enthousiasme moins franc de la part des sympathisants d’Europe Ecologie les Verts qui sont moins enclins à déclarer que la recherche tient compte des enjeux éthiques (64% contre 70% sur l’ensemble) et qu’elle apporte des solutions concrètes aux problèmes d’aujourd’hui (56% contre 65% sur l’ensemble). On note par ailleurs un grand écart entre la perception des sympathisants du Rassemblement National et ceux de la République En Marche (en moyenne environ 20 points d’écart sur tous les items d’image liés à la recherche, les sympathisants du parti présidentiel se montrant beaucoup plus pro-recherche). 

Néanmoins, une difficulté ressentie pour se procurer des informations fiables 

Malgré la bonne image de la recherche en France, environ une personne interrogée sur deux (de 43% à 53%) a déclaré qu’il était difficile pour elle d’obtenir des informations fiables et vérifiées scientifiquement, quels que soient les sujets – le sujet le moins « difficile » étant l’actualité internationale (difficile pour 43%) et le plus « difficile » étant l’environnement (53%). Si la difficulté éprouvée pour se procurer des informations fiables est relativement homogène selon les sujets, l’écart se creuse en revanche selon les catégories de personnes interrogées. En effet, les personnes âgées et les inactifs jugent plus difficile de s’informer que la moyenne des Français (selon les sujets, environ +5 points )

par rapport à l’ensemble des personnes interrogées) tandis que les personnes interrogées ayant un diplôme supérieur au bac ont légèrement plus de facilités que la moyenne des personnes interrogées. 

A noter par ailleurs que, selon les sujets, les femmes jugent moins facile que les hommes de se procurer des informations fiables : c’est le cas s’agissant de l’actualité internationale (facile pour 50% d’entre elles Vs. 65% des hommes) et de la politique, l’actualité nationale (facile pour 46% d’entre elles Vs. 63% des hommes). 

Une volonté de plus d’investissements de l’Etat français dans la recherche 

Dernier grand enseignement de cette étude : la quasi-totalité des Français s’accordent à dire que l’Etat doit investir dans ce domaine, et plus d’un sur deux (57%) en font même une priorité. 

Néanmoins, l’Etat ne doit, selon la majorité des personnes interrogées, pas avoir le monopole de l’investissement en matière de recherche : 57% d’entre eux estiment que la recherche devrait être conjointement financée par le secteur public et par le secteur privé. 28% estiment qu’elle devrait l’être avant tout par les pouvoirs publics, et 15% avant tout par les entreprises. 

Les sympathisants de gauche, notamment ceux qui se déclarent proches d’Europe Ecologie les Verts se démarquent de nouveau ici : 70% d’entre eux déclarent que la recherche devrait être une priorité pour l’Etat (Vs. 57% pour l’ensemble) et 46% souhaitent que son financement soit avant tout public (Vs. 28% pour l’ensemble des personnes interrogées). Seuls 4% d’entre eux voudraient qu’elle soit financée avant tout par les entreprises (Vs. 15% pour l’ensemble des personnes interrogées). 

Enfin, le salaire des chercheurs, sujet de fait lié à la question de l’investissement dans la recherche, est jugé plutôt bon : une courte majorité des personnes interrogées considère que ces derniers sont bien payés (54%). A noter que, parmi les propositions « très bien payés ; plutôt bien payés ; plutôt mal payés ; très mal payés », les deux items « plutôt » représentent à eux seuls 81% des réponses. Cela témoigne d’une certaine modération dans les réponses données, sans doute liée à la méconnaissance de ce salaire, et aux écarts qui peuvent exister selon les domaines et l’expérience : les personnes interrogées l’évaluent en moyenne à 3 375€ net mensuel, mais avec une grande dispersion par tranches : 38% pensent qu’il est inférieur à 2500€ en moyenne, 21% qu’il est compris entre 2500€ et 3000€, et 37% qu’il est supérieur à 3000€.


Fiche technique : enquête Ipsos pour le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation menée du 23 au 26 août auprès de 960 personnes constituant un échantillon représentatif de la population.

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Auteur(s)

  • Stéphane Zumsteeg Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Ipsos Public Affairs

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