Les Français renforcent leur épargne de précaution et s’inquiètent de l’avenir des retraites
L'épargne et l'investissement
L'impact du contexte politique et économique sur les stratégies d'épargne des Français
Un climat d'instabilité politique inédit s'est installé en France : la succession de quatre gouvernements en un peu plus d’un an, les difficultés parlementaires autour du vote des lois de finances, et la dégradation de la notation souveraine du pays ont profondément marqué les esprits. Une large majorité de Français se déclare ainsi fortement préoccupée par la situation de la dette et du budget de l'État, tant pour la stabilité économique du pays (84%) et la pérennité du système de santé et de protection sociale (84%), que pour la sécurité et la performance de leur propre épargne personnelle (66%).
Cette incertitude généralisée trouve un écho direct dans les comportements des Français, qui réorientent leurs stratégies d'épargne. En effet, plus de la moitié d’entre eux (56%) déclarent que l'actualité économique et politique des deux dernières années a influencé leurs choix en la matière. Cette proportion atteint même 65% parmi les personnes disposant d'un patrimoine de 50 000€ ou plus.
Ceux qui ont adapté leur stratégie déclarent surtout avoir épargné davantage par crainte de l’avenir (44%), et s’être tournés vers des produits plus sûrs (40%). Si cette prudence accrue apparaît comme une réponse légitime à l'incertitude ambiante, elle n'en constitue pas moins un frein potentiel pour la dynamique économique, en bridant la consommation et en compromettant les perspectives de croissance du pays.
Finalement, l'intention d'épargner se maintient à un niveau historiquement élevé, après avoir atteint un record l'an dernier : 39% des Français comptent mettre de l'argent de côté en 2026 (stable sur un an, +16 points en neuf ans). À l'inverse, seuls 20% prévoient de puiser dans leur épargne, un chiffre en baisse de trois points par rapport à 2025, qui atteint cette année son niveau le plus bas depuis la première mesure de cet indicateur en 2017.
La volonté de se protéger contre les aléas économiques domine largement les motivations d'épargne. Parmi les détenteurs de produits d'épargne, 60% indiquent qu’ils mettent de côté avant tout pour constituer une épargne de précaution.
Les produits d'épargnes détenus par les Français
Après un premier renversement de tendance observé l'an dernier – mettant fin à une appétence croissante pour le risque depuis 2019, la prudence s'installe dans les stratégies d'épargne des Français. En 2026, 51% privilégient désormais les produits sûrs et peu rémunérateurs (+3 points en un an, +6 points en deux ans), contre 30% qui conservent un attrait pour les produits plus risqués mais plus rémunérateurs, et 19% qui ne se positionnent pas.
Aussi, malgré la baisse progressive de son taux d'intérêt, le Livret A reste, de loin, le produit d'épargne le plus largement détenu par les Français. 86% des Français possèdent un Livret A ou équivalent, loin devant l'assurance-vie (37%), les PEL/CEL (28%) et l'épargne salariale (19%).
A moyen terme, les PEL et CEL apparaissent nettement en déclin (28% en détiennent, -12 points en sept ans), à l’inverse des PER. 15% des Français en détiennent désormais un (+5 points en 6 ans), et 11% envisagent d'y souscrire, ce qui le place parmi les produits d'épargne avec le plus fort potentiel de développement.
Quid des cryptomonnaies ?
Les cryptomonnaies restent mal connues et ont globalement mauvaise presse auprès du grand public : seuls 18% (-3 points en un an) se disent bien informés à leur sujet et 16% en ont une bonne image (stable).
Les jeunes de moins de 25 ans les connaissent davantage (38%) et en ont plus souvent une bonne image (34%), trois sur dix l’associant à une opportunité de rendement élevé (29% contre 13% des Français, tous âges confondus).
Focus sur l'investissement socialement responsable
À rendement égal, seulement un quart des Français (25%) privilégierait un fonds ISR (Investissement Socialement Responsable) à un fonds classique, tandis que 21% opteraient pour un fonds classique et 54% déclarent ne pas en savoir assez sur les fonds ISR pour décider.
Pour autant, une marge de progression existe. Près d’un Français sur deux juge la communication sur l’ISR faite par les institutions financières insuffisante (49% contre 6% la jugeant excessive) et deux sur trois aimeraient en savoir davantage sur ces produits (66%), signe d'un potentiel de développement important sur ce sujet.
Focus sur l'intelligence artificielle : quelle place dans les futures stratégies d'épargne ?
L'intelligence artificielle s'invite progressivement dans le quotidien des Français. En 2026, 40% d'entre eux utilisent régulièrement ou occasionnellement les IA conversationnelles comme ChatGPT ou Gemini, une proportion qui grimpe à 56% chez les moins de 35 ans.
À première vue, les Français demeurent assez sceptiques quant à son impact sur leurs stratégies d'épargne. Seuls 28% reconnaissent à l'IA un potentiel élevé pour les aider à prendre de meilleures décisions financières – un chiffre qui atteint toutefois 41% parmi les moins de 35 ans. Les principaux obstacles nourrissant les craintes restent la sécurité des données personnelles (54%) et le risque d'erreur (40%).
Pourtant, au-delà de ces réserves, l'intérêt pour l'IA financière se confirme. Une majorité de Français (57%) se dit prête à recourir à ces outils pour s'informer sur les produits financiers, réaliser des simulations, recevoir des suggestions de placements personnalisées ou automatiser des opérations d’investissement.
D'ailleurs, 7% des Français utilisent déjà l'IA pour s'informer sur l'épargne, l'investissement et les produits financiers, un chiffre en progression de trois points en seulement un an. Chez les jeunes de moins de 35 ans, 15% l’utilisent déjà dans cette optique.
La retraite
L'inquiétude concernant l'avenir du système de retraite s'intensifie à nouveau après la période d'accalmie ayant succédé à la réforme de 2023. Ainsi, 81% des Français se disent inquiets pour son avenir, un chiffre en hausse de quatre points par rapport à 2025 et de 15 points par rapport à 2024.
Cette inquiétude s'inscrit dans un contexte plus large de préoccupation pour les finances publiques. 86% des Français s'inquiètent de l'impact de la situation de la dette et du budget de l'État sur l'avenir du système de financement des retraites.
Pour assurer la viabilité du système de retraites, le développement des fonds de pension est l'option qui recueille le plus d'adhésion parmi celles testées (60% y sont favorables), devant l'augmentation des cotisations (42%) et le recul de l'âge de départ à la retraite (42%). La diminution des pensions de retraite reste massivement rejetée (82% y sont opposés)
Pour autant, moins d’un futur retraité sur deux se dit désormais prêt à souscrire à un fonds de pension. L’ensemble des options suscite moins de réticences qu’il y a 10 ans mais toutes restent assez impopulaires chez les principaux concernés : 47% des non-retraités seraient prêts à souscrire à un fonds de pension, 45% à augmenter leurs cotisations, et seulement 33% accepteraient de reculer leur âge de départ à la retraite.
Les non-retraités : générations sacrifiées ?
L'écart entre la réalité vécue par les retraités actuels et la manière dont se projettent les futurs retraités dans l’avenir reste très marqué. Ainsi, 61% des retraités estiment disposer de ressources suffisantes pour vivre correctement, tandis que seulement 40% des non-retraités pensent qu'ils disposeront d’assez de ressources lorsqu’ils seront retraités.
Ces craintes nourrissent un certain ressentiment, et l’impression de vivre dans une société avec des générations sacrifiées. S’il est aujourd’hui perçu comme plus facile pour les jeunes de s’informer sur les produits financiers et de souscrire à des produits, se projeter dans l’avenir est perçu comme plus difficile. Une majorité de Français estime ainsi qu’il est plus difficile pour les jeunes qu’il y a 20 ans de penser à sa future retraite (66% contre 13% plus facile), de devenir propriétaire (68% contre 11%) ou encore de constituer une épargne (59% contre 15%).
Alors que le gouvernement est partiellement revenu sur la réforme des retraites, les jeunes expriment une défiance croissante vis-à-vis de la capacité du système à leur assurer une retraite : 72% des moins de 35 ans n'ont pas confiance dans le système français pour leur permettre d'avoir une retraite correcte, en forte hausse de 12 points en un an.
Dans ce contexte, les non-retraités montrent une volonté d'anticiper : 67% d’entre eux déclarent épargner pour financer leur retraite, que ce soit régulièrement (19%), par versements annuels (11%) ou quand c'est possible (37%).
Rapport complet
À propos du Cercle des épargnants

Le Cercle des Épargnants est une association souscriptrice de contrats d'assurance qui compte plusieurs centaines de milliers d'adhérents ayant notamment souscrit des produits de retraite auprès de Generali. Il est administré par un Conseil comprenant 11 administrateurs et présidé par Valérie Plagnol.
Le Cercle des Épargnants est un centre de réflexion qui étudie les évolutions en matière d'épargne et de retraite et analyse les besoins et les attentes des Français sur ces sujets désormais au cœur de nos sociétés. Il partage ses travaux en vue d'une meilleure information de ses adhérents et développe des relations institutionnelles avec ses partenaires.
À propos de l'étude
Enquête Ipsos bva-CESI école d'ingénieurs pour le Cercle des Epargnants menée du 2 au 8 janvier 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1000 Français âgés de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.