Les médecins généralistes français n’étaient pas armés pour affronter la Covid-19

A travers 2 webinars exclusifs, Yves Morvan, directeur Healthcare, revient sur les spécificités des médecins français face à leurs homologues européens. Médecine connectée, téléconsultation et innovation médicale, comment se situaient nos médecins avant l'effet booster de la crise Covid-19 ?

Auteur(s)

  • Yves Morvan Directeur Healthcare
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Lancée en 2015, l’enquête Digital Doctor d'Ipsos est l'une des plus grandes études du genre sur la santé numérique et connectée dans le monde. Réalisé dans vingt-et-un pays, Digital Doctor explore les points de vue, les comportements et les attitudes de 1745 médecins généralistes à l'égard des canaux de communication numériques, de l'utilisation des dispositifs mobiles, des applications pour obtenir des données de santé générées par les patients, de la télésanté et du rôle des soins virtuels, de la thérapeutique numérique et bien plus encore.

On le sait, la covid-19 a accéléré et diffusé la télémédecine. Les consultations à distance, par exemple, représentaient 0,1% en février 2020 contre 10% fin novembre. Mais quelle était la perception des médecins généralistes français avant la crise sanitaire et qu’a-t-elle changé ?

Pour y répondre, le département Healthcare d’Ipsos organise deux webinars dédiés aux positions des médecins français à l’égard de la digitalisation de la médecine en regard de celles de leurs confrères européens, en particulier allemands, britanniques, espagnols et italiens.

Le premier webinar analyse l’état des lieux avant la Covid-19 et a eu lieu le 4 février 2021. Il s’appuie sur les résultats de l’enquête réalisée de décembre 2019 à janvier 2020, donc juste avant la pandémie de la covid-19.

Nous vous inviterons au second quand les résultats de l’enquête 2021, actuellement en cours, auront été traités et analysés. La comparaison avec la période pré-covid promet d’être passionnante !

En attendant, je voudrais revenir sur les enseignements majeurs de l’enquête réalisée quelques semaines avant que la crise sanitaire se développe dans le monde : les paradoxes français, le problème de perception de la santé connectée, le statut singulier des généralistes français.

Les paradoxes français

D’un côté, Digital Doctor met en évidence la très forte notoriété des services digitaux auprès des médecins français : ils connaissent l’existence de la télémédecine, du suivi du patient à distance, de l’Intelligence Artificielle, des assistants robotiques, etc. ; Digital Doctor montre aussi que 69% des médecins sont d’accord avec l’idée que les réseaux sociaux sont utiles pour s’informer et 64% avec l’idée que les services digitaux sont très utiles. Et de l’autre, l’enquête révèle que seul un sur trois utilise réellement ces solutions dans sa pratique, contre un médecin généraliste sur deux en Europe, que 21% utilisent réellement les réseaux sociaux, et que seulement 14% des généralistes français recourent régulièrement à des services digitaux.

Trois raisons peuvent l’expliquer :

  • Les médecins français se déclarent très peu formés : la moitié de ceux qui se servent des assistants digitaux a commencé sans aucun accompagnement Vs. leurs confrères dont les ¾ ont été formés en Europe.
  • Ils expriment une certaine défiance à l’égard des applications lancées par les autorités publiques, 44% déclarant qu’ils n’ont pas confiance en elles. L’échec de stop-covid ne sera pas étranger à ce manque de conviction et de relais dans leur patientèle…
  • Ils s’inquiètent aussi de la sécurisation des données de leurs patients.

Le problème de perception de la santé connectée

Un autre frein à l’usage des solutions digitales dans leur pratique est lié au fait que les médecins généralistes ont tendance à considérer que leurs patients ne sont pas en mesure de bien comprendre comment s’en servir, comment régler les différents paramètres, transmettre les informations, etc., notamment les plus âgés. C’est un préjugé d’autant plus faux que de plus en plus de séniors gèrent leur compte en banque à distance, achètent on line, sont tout à fait familiers des services numériques… La différence avec leurs confrères européens est nette sur ce point : 68% d’entre eux sont d’accord avec l’idée que la télémédecine va aider à l’accompagnement des personnes âgées, contre 47% des médecins généralistes français.

Ensuite, les problèmes d’adhésion, autrement dit la certitude que la digitalisation est l’avenir de la santé : 44% des généralistes français le croient vs. 66% des médecins européens.

Et pourtant encore, ils admettent que les services numériques sont utiles à la prévention des pathologies, à la réduction du nombre d’hospitalisation, à l’observance des traitements. Et ils admettent aussi que la santé connectée est utile à des aires thérapeutiques comme le diabète (N°1 avec 75%), suivi des maladies chroniques et cardiovasculaires, de la nutrition, des maladies respiratoires et des vaccins en cinquième position (29%). Enfin, ils voient dans les solutions de santé à distance des aides pour leur propre prise de décision clinique, un accès à des données de santé sur leurs patients et une assistance en termes d’organisation et de planning.

Le statut singulier des généralistes français

L’enquête montre que, contrairement à leurs confrères allemands, britanniques, espagnols ou italiens, les généralistes français sont très isolés :

  • Les médecins français font partie de ceux qui utilisent le moins Internet ou les sites web des laboratoires, alors que 69% souhaitent, encore un paradoxe, que les laboratoires soient proactifs dans le développement des services connectés.
  • Ils ont beaucoup moins d’interactions avec leurs confrères que les autres généralistes en Europe, ils fréquentent moins les structures de formation ou autres événements en mesure de favoriser les échanges professionnels, malgré l’obligation de Développement Professionnel Continu (DPC).
  • Ils suivent très peu les Key Opinion Leaders pour s’informer (16%).

Le chiffre que je citais au début, 0.1% de téléconsultations début février 2020, résume à lui seul la situation pré-covid : des médecins généralistes français très en retard en matière de santé connectée par rapport à des pays comparables en Europe, livrés à eux-mêmes quand ils décident d’utiliser des solutions numériques, assez peu convaincus de leur rôle dans l’avenir et donc peu prosélytes à l’égard de leurs patients (notamment les plus âgés et qui se révéleront les cibles privilégiées du virus). L’irruption de la Covid-19 en février 2020 a fait éclater ce cercle vicieux et créé une situation inédite dont nous verrons les conséquences lors de notre second webinaire.

A suivre…

Auteur(s)

  • Yves Morvan Directeur Healthcare

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