Les nouveaux enjeux de la République - 27ème Journée du Prix du Livre Politique

Ce samedi 7 avril 2018 de 9h30 à 17h30 se tiendra à l’Assemblée nationale la 27ème journée du Livre Politique sur le thème « Les nouveaux enjeux de la République ». Brice Teinturier, Directeur Général Délégué d'Ipsos en France, présentera aux côtés de Gérard Courtois, éditorialiste au journal Le Monde, les principaux résultats de l'enquête exclusif Lire La Société / Ipsos.

Les nouveaux enjeux de la République - 27ème Journée du Prix du Livre Politique

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
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Les révolutions de mai : 1958, 1968... 2018 ?

Alors que l’on commémore cette année les 50 ans de Mai 68, cet évènement reste l’un des plus marquants des 100 dernières années en France aux yeux des personnes interrogées. Toutefois, les deux évènements les plus importants sont la Libération du pays par les Alliés en 1944 (37%), mais aussi les mesures sociales adoptées par le Front populaire en 1936 (35%). Les manifestations étudiantes et sociales de mai 1968 arrivent en troisième position, citées par 32% des Français.

On constate des différences sociodémographiques et politiques assez marquées : les seniors tendent à citer le Front populaire comme l’évènement « qui semble avoir changé le plus profondément le pays » (39% chez les 60 ans et plus), alors que les jeunes citent la Libération (39%). De même, les sympathisants de gauche considèrent que le Front populaire a plus changé la France (50% à la FI, 42% au PS), alors que les proches du centre (40% à LREM) et de la droite (38% chez LR) citent davantage la Libération. A noter que les sympathisants LR placent en tête l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle et l’instauration de la Vème République (39%), preuve que le gaullisme reste une référence majeure au sein de cette famille politique.

En revanche, les alternances politiques de 1981 et de 2017 sont nettement moins marquantes aux yeux des Français : seuls 11% citent l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, quand 8% mettent en avant l’élection d’Emmanuel Macron. Deux évènements qui, même au sein de leurs camps politiques respectifs, restent finalement assez mineurs pour l’opinion.

Si Mai 68 reste donc, cinquante ans après, une date incontournable du XXème siècle, de quelle facette de cet évènement les Français se souviennent-ils le plus ? Très largement de « la libération des mœurs », citée par 47% des personnes interrogées, loin devant « la critique de l’autorité » (23%), « les accords sociaux de Grenelle » (14%), « la montée de l’individualisme » (10%) ou encore « l’irruption de nouvelles figures dans la vie politique » (6%). C’est donc bel et bien la dimension festive et hédoniste de Mai 68 qui reste aujourd’hui la plus marquante, peut-être en partie grâce à la critique qui en a été faite par Nicolas Sarkozy et de nombreux intellectuels à sa suite.

Un clivage gauche-droite qui reste incontournable

Les Français sont très partagés sur l’importance de la recomposition politique à l’œuvre : 47% jugent qu’elle est « profonde », mais 53% sont d’un avis opposé. De même, si 44% estiment qu’elle sera « durable », 56% ne sont pas d’accord. Des dimensions sur lesquelles un profond clivage politique se manifeste : une très large majorité des sympathisants LREM estime que les changements en cours sont profonds (77%) et durables (82%), mais ces positions sont minoritaires chez les sympathisants de tous les autres grands partis, de même que chez les Français qui ne se sentent proches d’aucun parti. De même, près de quatre Français sur dix (38%) estiment que « la recomposition politique en cours va permettre de vraiment améliorer les choses en France », une opinion largement majoritaire chez les proches de LREM (80%), mais beaucoup plus marginale chez les sympathisants PS (36%), LR (35%), FI (27%) et FN (19%), de même que chez les personnes proches d’aucun parti (29%).

De fait, la recomposition politique ne fait pas, aux yeux des Français, table rase des clivages antérieurs. Certes, une nette majorité des Français (70%) juge que « le clivage gauche-droite ne veut plus dire grand-chose » (une opinion majoritaire quelle que soit la sympathie partisane), mais cette opinion est désormais majoritaire depuis plusieurs décennies en France. Pour autant, une proportion identique de nos concitoyens (71%) estime que « être de gauche et de droite, ce n’est pas pareil » : même les sympathisants LREM sont largement d’accord avec cette proposition (75%). Et plus de six Français sur dix (62%) adhèrent à une opinion plus engageante, à savoir qu’« il existe de vraies différences entre la gauche et la droite », les sympathisants de l’ensemble des partis politiques étant là encore largement d’accord avec cette idée (dont 65% chez LREM), seules les personnes sans proximité partisane se distinguant (42%).

De fait, le clivage gauche-droite est loin d’avoir disparu. Les Français se positionnent très largement sur une échelle gauche droite : seuls 22% d’entre eux refusent de s’y placer. Les 78% restant se répartissent assez également entre la gauche (32% entre « très à gauche » et « au centre-gauche ») et la droite (37% entre « très à droite » et « au centre-droit »). De même, 29% des Français adoptent une position centriste en se positionnant « au centre-gauche », « au centre » ou « au centre-droit ». Cette échelle gauche-droite n’est pas seulement utilisée pour se placer, mais aussi pour positionner les partis. Les Français y parviennent sans mal, et placent les principales formations politique de manière cohérente avec leur idéologie : 84% placent la FI à gauche, dont 58% « très à gauche » ; 89% situent le FN à droite, dont 82% « très à droite ». Le PS et LR occupent des positions sensiblement plus centrales, respectivement 58% et 63% des Français les plaçant « à gauche » et « à droite ». Quant à LREM, son positionnement s’est nettement décalé à droite par rapport à ce qu’on enregistrait pendant la campagne électorale de 2017 : si 21% des Français la positionnent « au centre », 25% la situent « au centre-droit » et 20% « à droite ».

L’opposition gauche-droite reste le facteur qui explique le mieux le vote des Français en 2012. Néanmoins, plusieurs autres types de clivage entrent en jeu, parfois de manière très nette. C’est le cas du positionnement vis-à-vis du libéralisme économique ou du rapport à l’autorité : les Français qui souhaitent moins d’intervention de l’Etat dans la vie économique ou qui jugent que l’« on ne respecte pas suffisamment l’autorité » ont très largement voté pour François Fillon et Marine Le Pen, alors que ceux favorables à l’intervention de l’Etat ou qui jugent que l’autorité est suffisamment respectée ont choisi Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Reste que ces deux dimensions appartiennent déjà au clivage gauche-droite tel qu’il s’est cristallisé en France depuis de nombreuses décennies.

En revanche, deux nouveaux axes de clivage, qui recoupent davantage une opposition peuple-élites, expliquent aussi en partie le vote en 2017. C’est notamment le cas de la confiance en l’avenir : les Français qui se disent confiants ont davantage choisi Emmanuel Macron, quand ceux qui sont les plus pessimistes ont voté pour Marine Le Pen, mais aussi pour Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. On retrouve la même coupure selon l’auto-positionnement social, avec un vote Macron ou Fillon chez ceux qui se situent en haut de l’échelle sociale et un vote Mélenchon et Le Pen parmi les Français qui s’identifient plutôt aux catégories populaires. Enfin, le rapport au changement semble aussi très lié au clivage entre les partis protestataires et les partis plus modérés : les Français qui estiment que « la société actuelle ne change pas assez vite » ont désigné Emmanuel Macron comme leur favori, quand ceux qui estiment que « la société actuelle change trop vite » ont favorisé les candidatures de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. A l’incontournable clivage gauche-droite, d’autres dimensions faisant écho à une opposition peuple-élites semblent donc désormais s’ajouter pour expliquer le comportement électoral des Français.

Fiche technique :
Enquête online réalisée du 19 au 22 mars auprès de 1505 personnes, échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas : sexe, âge, profession de la personne de référence du ménage, région et catégorie d'agglomération. 

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs

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