« Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs »

Ces paroles du sixième couplet de la Marseillaise sont-elles toujours d’actualité ? À en croire le sondage Global@advisor réalisé par Ipsos dans 28 pays, les Français, avec les Hongrois, sont les Européens les moins attachés aux idéaux socialistes.

« Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs »

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center
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200 ans après la naissance de Karl Marx, seul un tiers des Français (31%) pense que les idéaux socialistes sont d’un grand intérêt pour le progrès de la société, soit 19 points de moins que la moyenne mondiale, juste devant la Hongrie (28%) et le Japon (21%). Cela peut paraître surprenant dans un pays où la gauche socialiste de sensibilité marxiste a eu un poids électoral si important au siècle dernier et a gouverné la France à de nombreuses reprises jusque dans un passé très récent.

L’effondrement électoral du parti socialiste en 2017 a été brutal et signait la fin d’un cycle très long durant lequel les partis se revendiquant des idéaux socialistes ont constitué l’un des deux pôles structurant de la vie politique.

Une autre tendance mesurée depuis longtemps se confirme : la France est également le pays qui se déclare le moins convaincu des avantages de la libre concurrence ; ils sont les derniers à considérer que l’économie de marché révèle les meilleurs talents, à 43% vs. la moyenne mondiale (66%) ou à rebours de 86% des Indiens, 84% des Malaisiens, 83% des Péruviens et des Sud-Africains, 81% des Chinois et des Mexicains.

Ni socialistes ni libéraux, les Français sont de plus en plus étrangers à cette ligne de clivage, d’où le succès d’une troisième voie à la française, incarnée par l'actuelle majorité présidentielle.

Les Français sont les plus réticents à juger la liberté individuelle plus importante que la justice sociale ; on trouve là une passion française pour l’égalité que Tocqueville avait déjà associée à la Révolution française.

Dans cette veine égalitariste, un sur deux (51%) se déclare d’accord avec l’idée qu’il « est bon que les plus compétents gagnent plus que ceux qui sont moins doués », devant les Allemands (47%)… mais largement derrière les Roumains et les Russes (82%), les Chinois et les Sud-Coréens (81%).

On notera en revanche le consensus global qui s’exprime à l’égard de la redistribution, notamment dans les pays dans lesquels il est question du retour de la prospérité. Faire payer les riches, à savoir « taxer davantage les riches pour aider les pauvres » est ainsi partagé par 77% des Français. La France étant l’un des rares pays où il existe déjà des revenus comme le RSA, on peut aussi s’étonner qu’ils soient partagés sur le fait de distribuer un revenu minimum sans condition, avec 61%.

Alors que tout porte à croire que les réponses des Français sont largement inspirées par notre modèle fondé sur la solidarité – autrement dit la traduction économique de l’égalité, nous soulignerons que seulement 31% des Français considèrent que les idéaux socialistes sont fondamentaux pour le progrès social, dix points devant les Japonais mais cinquante-trois points derrière les Chinois ! Un paradoxe de plus au pays qui accueillit Karl Marx de 1843 à 1845 et où, comme il le confiera plus tard, il « devint communiste ».

 

Fiche technique
Étude internationale réalisée en ligne via panel Ipsos Global @dvisor, du 23 mars au 6 avril 2018, auprès de 20 793 personnes âgées de 18 à 65 dans 28 pays (Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Chine, Colombie, Corée du Sud, Espagne, France, Hongrie, Inde, Israël, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pérou, Pologne, Russie, Serbie, Suède, Turquie, UK et USA)

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center

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