Municipales 2026 : l’insécurité, moteur du prochain scrutin ?
Il est des élections où un thème de campagne parvient à s’imposer et vient éclipser tous les autres. C’est généralement l’apanage des élections présidentielles, plus rarement des scrutins municipaux, censés se faire l’écho de préoccupations locales propres à chaque commune. Qu’en est-il des élections municipales de mars prochain ? À trois semaines du premier tour, y a-t-il un thème de campagne qui s’impose ?
La lutte contre l'insécurité : une attente forte à l'échelle locale
Notre dernière enquête montre que la lutte contre l’insécurité (« contribuer à plus de sécurité et de tranquillité publique ») constitue de loin la principale attente des Français à l’égard de leur futur maire (45%). Le maintien des services de proximité (34%), la préservation de l’environnement sur le territoire de la commune (32%) et la baisse des impôts (32%) demeurent des préoccupations fortes, mais elles arrivent plus de 10 points derrière. Mais ce qui frappe surtout dans ces résultats, c’est la forte progression enregistrée par la thématique de la sécurité par rapport au précédent scrutin (+11 points) : en 2019, l’environnement arrivait en première position, loin devant les autres sujets, ce qui a sans doute nourri la victoire des écologistes dans un certain nombre de grandes villes. Aujourd’hui, l’environnement n’a pas disparu des préoccupations, mais la focale s’est clairement déplacée sur des enjeux sécuritaires.
Cette attention portée à l’insécurité n’est pas nouvelle : cela fait longtemps que le sujet figure dans le top 3 des préoccupations des Français à l’échelle nationale, derrière le pouvoir d’achat et l’avenir du système social. Mais sa place de premier plan à l’échelon local interpelle. Et si c’est surtout visible dans les grandes villes (58%), le thème de l’insécurité domine nettement aussi dans les villes moyennes (54%) et n’est pas absent des préoccupations dans les communes de plus petite taille (38%), voire même en zone rurale (23%). Derrière ce terme générique, se nichent bien sûr des problématiques variées, des petites nuisances et incivilités du quotidien jusqu’aux problèmes de violence et de narcotrafic. Qu’il s’agisse de données concrètes ou d’un sentiment plus diffus, de faits isolés ou de problématiques plus structurelles, la prédominance de cette attente nous renseigne quoi qu’il en soit sur l’état d’esprit des Français à l’aube du scrutin municipal et leur besoin de réassurance dans un contexte anxiogène. Dès lors, aucun candidat ne peut vraiment se permettre de faire l’impasse sur cette thématique, même si les attentes des citoyens sont souvent démesurées au regard des compétences et des moyens dont disposent les maires, notamment sur le narcotrafic.
C’est sans doute dans les communes dirigées par la gauche, souvent accusée d’angélisme sur le sujet, que cette attente sera la plus scrutée. A cet égard, notre enquête réalisée en janvier dernier pour le groupe Ebra dans certaines villes gagnées par les écologistes en 2020 fait état d’un taux de satisfaction minoritaire des habitants (sauf à Strasbourg) sur le sujet de la sécurité, et plus encore à Grenoble (seulement 28% de satisfaction).
Cette focalisation sur les enjeux sécuritaires aura-t-elle un impact sur les résultats des élections municipales ?
Au-delà des éléments de réponse à l’échelon local que les résultats nous apporteront au soir du 22 mars, les regards se porteront rapidement sur 2027, ces élections municipales constituant en effet (a priori !) le dernier scrutin avant l’élection présidentielle. Cela fait 25 ans que cela n’est pas arrivé. La dernière fois, c’était en 2001 et l’insécurité s’était déjà invitée dans la campagne dans un certain nombre de communes, avant de s’imposer comme une thématique phare de l’élection présidentielle de 2002. Bien sûr, comparaison n’est pas raison, mais le parallèle est intéressant !
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