Nouvelle dégradation de l’activité des artisans du bâtiment en 2014

L’année 2014 aura été difficile pour les artisans du bâtiment. Certes, comme lors de la vague précédente, près d’une entreprise sur deux déclare une activité stable par rapport à l’an passé (47%, -1). Mais les entreprises qui voient leur chiffre d’affaire reculer sont de plus en plus nombreuses (36% +5 points). En termes de tendance, le sentiment que l’activité est en diminution gagne 11 points entre 2011 et 2015 dans les entreprises du bâtiment. Cette progression touche tous les secteurs (gros œuvre et second œuvre).

Auteur(s)

  • Vincent Dusseaux Directeur d'études, Ipsos Loyalty
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CEUX-CI RESTENT PRUDENTS SUR LES PERSPECTIVES A DOUZE MOIS

Ce sont les entreprises du gros œuvre qui souffrent le plus. 43% d’entre elles déclarent une activité en baisse par rapport à l’année dernière, contre 30% dans le second œuvre technique et 33% dans l’autre second œuvre.

Pour beaucoup d’artisans, le relèvement du taux de TVA explique en partie le recul de leur activité. Alors qu’en 2012 les conséquences de la hausse avaient été peu visibles (pas d’impact pour 72% des sondés), cette année la majorité des artisans (55%) estime que le passage de 7% à 10% a eu un impact négatif sur l’activité de leur entreprise. Cette seconde hausse de la TVA en l’espace de deux ans passe mal auprès des professionnels du secteur.

Le sentiment que la hausse du taux de TVA a nui à l’activité est majoritaire dans tous les secteurs du bâtiment, mais il est plus particulièrement mis en avant par les professionnels du gros œuvre (59%).

Par ailleurs, sans doute en raison des difficultés rencontrées cette année, les artisans du bâtiment sont très prudents en évoquant l’évolution de leur activité pour les douze prochains mois. Plus d’un sur deux estime que leur activité restera stable (52%, inchangé par rapport à 2013) et près d’un sur dix ne se prononce pas sur cette question (9%, +4). En outre, si le sentiment que l’activité diminuera dans les mois qui viennent est en baisse (-7 points à 25%), ce recul ne s’accompagne pas vraiment d’un regain d’optimisme dans la profession. Seulement 14% des entreprises pronostiquent une hausse de leur activité (+3). Les plus inquiets sont là encore les professionnels du gros œuvre, 29% d’entre eux envisageant un recul de leur activité.

Dans ce contexte, les perspectives d’embauches restent moroses. Pour une très large majorité d’artisans (80%, -1), le nombre de salariés au sein de leur structure devrait rester stable pour les douze prochains mois.

Seule bonne nouvelle dans ce tableau : le secteur ne devrait pas supprimer d’emplois cette année. 9% des artisans envisagent une diminution de leurs effectifs (contre 7% une augmentation). Même dans les structures qui ont vu leur activité baisser en 2014, l’intention de diminuer les effectifs demeure faible (18%). D’après la projection effectuée par Ipsos à partir du nombre actuel de salariés des entreprises et des perspectives individuelles d’évolution des effectifs, l’emploi devrait rester globalement stable dans le secteur du bâtiment cette année (évolution globale des effectifs de 0%).

A noter que les relations entre les artisans du bâtiment et les autoentrepreneurs se détendent un peu en 2015. Si beaucoup d’artisans continuent de voir dans les autoentrepreneurs une menace pour leur activité (49%), ils sont moins nombreux à être de cet avis cette année (-16 points). Désormais, 46% (+12 points) des artisans ne perçoivent pas les autoentrepreneurs comme une menace. De même, un nombre de plus en plus important d’entre eux fait appel aux autoentrepreneurs en tant que sous-traitants sur certains chantiers (20%, +5). Cela étant, le phénomène reste minoritaire dans la profession : 77% des artisans disent ne pas avoir recours à leurs services.

LES ARTISANS DU BATIMENT SONT DAVANTAGE CRITIQUES SUR LE PRINCIPE D’ECO-CONDITIONNALITE

Une fronde serait-elle en train de voir le jour contre le principe de l’éco-conditionnalité dans le bâtiment ? La question se pose au regard de l’importante évolution des opinions mesurées dans le baromètre à ce sujet.

Pour la majorité des artisans interrogés cette année, le principe de l’éco-conditionnalité et du RGE constitue une contrainte (43%), plus qu’une opportunité (26%). Cette opinion progresse de façon spectaculaire entre octobre 2013 et janvier 2015 (+25 points), alors que le sentiment qu’il ne s’agissait ni d’une contrainte, ni d’une opportunité prévalait encore en 2013 (49%). La contrainte est particulièrement mise en avant par les entreprises du secteur second œuvre technique (57%), les structures de trois à cinq salariés (50%) ainsi que celles qui ont vu leur activité diminuer en 2014 (49%).

La mise en place du RGE en 2014 explique sans doute cette évolution. Certains professionnels du bâtiment semblent avoir le sentiment que l’écoconstruction leur est imposée « par le haut », sans correspondre à une réelle attente du marché, bien au contraire. Les artisans considèrent que les demandes de leurs clients dans ce domaine sont stables ces deux dernières années (55%, -1) voire même en baisse pour une minorité croissante d’entre eux (20%, +10 par rapport à 2013). A l’opposé, seulement 18% des professionnels interrogés ont le sentiment que la demande a augmenté. Pour la profession, la faible demande de la part des acheteurs constitue encore aujourd’hui le premier obstacle au développement de l’écoconstruction (53%, en hausse de 3 points).

A ce jour, 35% des artisans du bâtiment (stable) réalisent déjà des chantiers « écoconstruction » et RGE et 23% d’entre eux pensent s’y mettre d’ici un ou deux ans (+2). Les entreprises de trois à cinq salariés sont les plus nombreuses à avoir franchi le cap : 55% ont déjà réalisé ce type de chantier. La « procrastination » est une attitude toujours présente, mais moins fréquence chez les professionnels. 32% (-5) continuent d’attendre le plus longtemps possible avant d’effectuer ce type de chantier.

Deuxième élément qui explique le changement d’attitude des artisans : la prise de conscience du fait que le respect des règles de l’éco-conditionnalité nécessite de leur part d’importants investissements. De plus en plus d’artisans (43%, +10) estiment que l’entrée en vigueur du dispositif implique des coûts élevés en matière de formation, de qualification et d’équipements. C’est tout particulièrement le cas pour les entreprises du second œuvre technique (57%) et les structures de trois à cinq salariés (48%). Cette progression s’accompagne d’un renforcement de l’idée selon laquelle il est difficile d’obtenir des aides financières suffisantes pour développer l’écoconstruction (32% de citations +7 points, au deuxième rang des principaux freins au développement de l’écoconstruction).

Enfin, l’impact de l’éco-conditionnalité sur l’emploi dans le secteur est peu souligné par les artisans du bâtiment. Pour une très large majorité d’entre eux (75%), la mise en place du dispositif ne se traduira pas par de nouvelles embauches.

LES ARTISANS SENSIBLES AUX ACTIONS DE DEVELOPPEMENT DURABLE, MAIS ENCORE RAREMENT DOTES D’UNE CERTIFICATION DE QUALITE ENVIRONNEMENTALE

Si la critique du principe d’éco-conditionnalité progresse, il n’en demeure pas moins que les artisans du bâtiment sont sensibilisés au développement durable et aux questions environnementales comme le montrent les actions qu’ils ont d’ores-et-déjà mises en place dans leur entreprise.

Ainsi, 81% (-7) des sondés pratiquent le tri sélectif des déchets au sein de leur entreprise, 61% (-2) ont mis en place des mesures visant à améliorer les conditions de travail des salariés, 53% (+2) utilisent des produits de construction bénéficiant d’un label écologique, 48% (-7) prennent des mesures pour économiser l’électricité, 41% (-2) pour faire des économies d’eau. Enfin, 40% (-10) utilisent des fournitures de bureau issues du recyclage. Certaines spécificités apparaissent en fonction des secteurs d’activité. Le tri des déchets est plus fréquent dans les entreprises du second œuvre (84%), de même que l’utilisation de produits bénéficiant d’un label écologique dans le second œuvre autre que technique (59%). A noter également que les entreprises de trois à cinq salariés sont plus en pointe que la moyenne sur les questions environnementales : 85% pratiquent le tri sélectif, 52% ont pris des mesures pour limiter la consommation d’électricité et 47% utilisent des fournitures de bureau issues du recyclage.

En comparaison, l’utilisation de moyens de transport éco responsables (véhicules propres, transports en commun, etc.) dans les déplacements professionnels est une pratique moins répandue. Elle concerne 23% des artisans.

Le nombre d’entreprises bénéficiant en 2015 d’une labellisation ou d’une certification qualité environnementale continue de progresser, mais assez lentement. Il était passé de 4% à 10% entre 2012 et 2013. Il atteint 12% en 2015. Les labels sont plus fréquents dans les entreprises de trois à cinq salariés (29%). Il s’agit dans la plupart des cas de la norme RGE (60% de citations) mise en place au cours de l’année 2014. Les organismes certificateurs les plus cités cette année sont comme en 2013 QUALIBAT et ECO ARTISAN.

Si les artisans engagés dans une démarche de labélisation sont pour l’heure minoritaires, leur nombre devrait fortement progresser dans les mois qui viennent. 31% des artisans interrogés disent ne pas être labélisés, mais envisagent d’obtenir un label d’ici deux ans. Toutefois, 54% des entreprises n’envisagent pas de sauter le pas, preuve qu’il existe une certaine résistance à l’égard du dispositif RGE au sein de la profession.

Fiche technique : Ipsos a réalisé pour le compte de CERFRANCE la cinquième vague du baromètre « Les artisans du bâtiment et l’éco-construction ». L’enquête a été réalisée par téléphone du 12 au 14 janvier 2015 auprès de 501 entreprises, constituant un échantillon représentatif des entreprises du bâtiment (gros œuvre, second œuvre technique, autre second œuvre) de 0 à 5 salariés.

Auteur(s)

  • Vincent Dusseaux Directeur d'études, Ipsos Loyalty

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