Plus d’un tiers des Français a déjà fait l’expérience de la pauvreté à un moment de sa vie

Chaque année, le baromètre Ipsos / Secours Populaire de la pauvreté permet de faire le point sur la question de la précarité en France : la manière dont elle est définie et crainte par les Français, mais aussi vécue par une partie de la population.

Plus d’un tiers des Français a déjà fait l’expérience de la pauvreté à un moment de sa vie

Auteur(s)

  • Etienne Mercier Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
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Le seuil de pauvreté aux yeux des Français est désormais de 1113€, un montant en hausse, mais toujours légèrement inférieur au SMIC mensuel net

Cette année, les Français considèrent qu’une personne seule est pauvre dans un pays comme la France quand elle dispose d’un revenu mensuel net de moins de 1113€ en moyenne. Ce montant, bien qu’en hausse significative par rapport à l’année dernière (+45€), reste légèrement inférieur au SMIC mensuel net qui fait figure de valeur de référence (1149€ depuis le 1er janvier 2017).

Ce montant reste par ailleurs supérieur au seuil de pauvreté officiel calculé sur la base de 60% du revenu médian national (1008 € en 2014 selon l’INSEE). En 2014, plus de 8,7 millions de Français se situaient en dessous de ce seuil de pauvreté officiel. Leur nombre est encore plus important si l’on retient le seuil de 1113 € avancé par les Français.

Chaque individu se prononçant en fonction de son environnement et de ses propres conditions de vie, le seuil de pauvreté moyen varie de manière relativement importante selon le profil des répondants. Le seuil moyen cité reste plus élevé pour les hommes (1139 € contre 1090 € pour les femmes), les personnes âgées de 60 ans et plus (1186 € contre 1028 € pour les moins de 35 ans) et les plus favorisés (1157 € pour ceux dont le revenu mensuel net du foyer est supérieur ou égal à 3000 € contre 968 € pour ceux qui perçoivent moins de 1200 €). Le seuil cité varie également de manière importante en fonction de la région de résidence, reflétant les différences de coût de la vie (1171 € pour les Franciliens contre 1100 € pour les Provinciaux), et les écarts ont tendance à s’accroître (hausse de 8€ seulement par rapport à 2016 en Province contre +79€ en Ile-de-France).

 

Plus d’un tiers des Français a déjà fait l’expérience de la pauvreté à un moment de sa vie

Parmi les Français, 57% se sont déjà dit à un moment de leur vie qu’ils étaient sur le point de basculer dans la précarité, un chiffre en hausse par rapport à l’année dernière (+2 points par rapport à 2016 et +12 points par rapport à 2007).

Parmi eux, une proportion relativement stable en a même déjà fait l’expérience : 37% (-1 point par rapport à l’année dernière). Les 35-44 ans sont les plus nombreux à en avoir fait l’amère expérience (43%), tout comme les personnes appartenant aux catégories socioprofessionnelles modestes (47% des employés et ouvriers). Les interviewés dont les revenus actuels sont les plus faibles sont par ailleurs une majorité à avoir été confrontés un jour à la pauvreté (61% de ceux dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200€). 

 

Le risque de pauvreté est perçu comme beaucoup plus fort pour la génération à venir.

Si les Français sont nombreux à craindre de basculer dans la précarité, ils sont encore plus inquiets pour leurs enfants : 84% considèrent que les risques que leurs enfants connaissent un jour la pauvreté sont plus élevés que pour leur génération (+1 point par rapport à 2016). Parmi eux, 47% considèrent même que ces risques sont « beaucoup plus élevés ». La génération des baby-boomers en est encore plus persuadée : 55% des sexagénaires considèrent que les risques pour leurs enfants sont beaucoup plus élevés.

Cette inquiétude est d’autant plus forte que seuls 44% d’entre eux se disent confiants dans leurs capacités financières pour aider leurs enfants s’ils en avaient besoin. Pour 42%, c’est au contraire un sujet de préoccupation, et même pour une majorité d’employés (55%) et d’ouvriers (52%).

 

Aujourd’hui, près d’un Français sur cinq ne parvient pas à équilibrer son budget à la fin du mois

Si 43% des Français parviennent à mettre de l’argent de côté, 36% aujourd’hui déclarent que leurs revenus leur permettent juste de boucler leur budget et 19% vivent à découvert.

Parmi ces 19% de Français en difficulté à la fin du mois, 11% déclarent qu’ils ne peuvent pas boucler leur budget sans être à découvert, et 8% qu’ils s’en sortent de plus en plus difficilement, en craignant de basculer dans la précarité.

Ces Français en grande difficulté sont surreprésentés parmi les femmes (22% terminent le mois à découvert ou ont des difficultés telles qu’elles craignent de basculer dans la pauvreté), les catégories socioprofessionnelles modestes (28% des employés / ouvriers), les personnes peu diplômées (26% des niveaux d’études inférieurs au bac) et dans le Nord-Est de la France (22%). Ils représentent près d’une personne sur deux dans les foyers dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200€ (45%).

 

Des difficultés financières qui touchent tous les aspects du quotidien

Dans le détail, ces difficultés financières ont de nombreuses conséquences sur le quotidien, et un certain nombre d’entre elles ont tendance à s’aggraver.

L’accès aux loisirs et à la culture reste le plus problématique, et le plus souvent sacrifié : 45% des Français déclarent ainsi avoir des difficultés financières pour partir en vacances au moins une fois par an (65% pour les foyers dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200 €), 43% pour accéder à des biens ou des activités culturelles et de loisirs pour eux et leur famille (66% pour les plus modestes), et ces difficultés sont plus souvent expérimentées que l’année dernière (+2 points).

Les difficultés pour payer certains actes médicaux mal remboursés par la sécurité sociale viennent immédiatement ensuite : 39% éprouvent des difficultés en la matière (+3 points par rapport à 2016). C’est même le cas d’une majorité de foyers modestes (50% de ceux dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200€).

Les Français sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à déclarer avoir déjà dû retarder ou même renoncer à l’achat de prothèses dentaires pour des raisons financières : 37% l’ont fait (+2 points par rapport à 2016 ; +6 points par rapport à 2008). C’est également le cas des consultations chez les médecins spécialistes : 28% ont dû retarder ou renoncer à cette dépense (+3 points par rapport à 2016 ; +4 points par rapport à 2008). L’optique reste également problématique pour près d’un Français sur trois : 29% ont déjà dû retarder ou renoncer à l’achat de lunettes ou de lentilles de contact (-1 point par rapport à l’année dernière ; stable par rapport à 2008).

Disposer d’une mutuelle santé est d’ailleurs source de difficultés financières pour une proportion importante de foyers modestes (45% de ceux dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200€), tout comme se procurer une alimentation saine permettant de faire 3 repas par jour (44%).

Enfin, les dépenses de logement et d’énergie ou de transport sont également source de difficultés pour une majorité de foyers modestes : 61% éprouvent des difficultés financières pour payer leurs dépenses d’énergie (électricité, chauffage…) et 51% pour payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges de leur logement.

Dans ce contexte, les grosses dépenses imprévues sont sans surprise source d’inquiétude : 57% des Français sont inquiets en ce qui concerne leurs capacités à faire face financièrement à une dépense importante imprévue (chaudière en panne, véhicule accidenté etc.) et parmi eux 20% sont même « très inquiets » à ce sujet (34% des foyers dont le revenu mensuel net est inférieur à 2000€).

Les Français sont également 58% à s’inquiéter de leur capacité financière à faire face à la dépendance éventuelle de proches (dont 17% qui sont « très inquiets » à ce sujet ; 28% des foyers dont le revenu est inférieur à 1200€).

 

Fiche technique :
Pour réaliser l'Observatoire de la pauvreté 2017, Ipsos a interrogé par téléphone un échantillon représentatif de 1 005 Français, complété par un sur-échantillon de seniors permettant d’obtenir au total les réponses de 565 Français âgés de 60 ans et plus.  

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  • Etienne Mercier Directeur du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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