Prédictions 2021 : un monde de plus en plus clivé entre des pays en développement qui restent confiants et des pays développés inquiets de ce qu’ils risquent de perdre

Fin décembre 2019, la précédente édition de notre Ipsos Global Advisor Predictions montrait que 75% des habitants de la planète pensaient que 2020 serait une meilleure année que la précédente, contre 50% des Français. Notre propension au pessimisme s’était-il transformé en vraie intuition alors que 2020 a été particulièrement éprouvante ?

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre
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Covid-19 oblige, pour 72% des Français (70% à l’échelle mondiale), 2020 aura en effet été une mauvaise année pour eux-mêmes et leur famille. Les trois populations les plus négatives sont les Turcs (89%), les Indiens (81%) et les Italiens (80%), ex-aequo avec les Sud-Africains. A l’inverse, les Suédois (54%), les Néerlandais (55%) et les Israéliens (56%) restent plus positifs.

Pour 95% des Français, des Argentins et des Sud-Africains, 2020 aura aussi été une mauvaise année pour leur pays (contre 90% en moyenne). Les Britanniques, les Américains et les Turcs, avec 94% sont parmi les plus négatifs. A 79%, les Chinois et les Saoudiens (74%) veulent croire que, finalement, l’année n’aura pas été si mauvaise.

Autre enseignement de notre nouvelle édition de Global Advisor Predictions, les Français qui croient que 2021 sera meilleur que 2020 ne sont que 53% (en avant-dernière position, devant le Japon à 44%), contre 77% à l’échelle mondiale. Les plus confiants sont les Chinois (94%), les Péruviens (92%) et les Mexicains (91%). Il est intéressant de noter que, sur les huit pays en queue de peloton, six sont Européens : l’Espagne (où 67% pensent que 2021 sera meilleur que 2020), la Belgique (66%), l’Italie (64%), l’Allemagne (63%) et la France (53%).

Les pronostics 2021 marquent un clivage entre les zones qui croient en une reprise (l’Asie, tirée par la Chine, et les Etats-Unis) et celles qui restent plombées par l’inquiétude (l’Europe, avec la France parmi les plus négatifs). On peut faire l’hypothèse que ce clivage reflète aussi l’état d’esprit des pays où la pandémie est plus ou moins sous contrôle et où les campagnes de vaccination ont commencé et ceux qui sont encore empêtrés dans la gestion de la crise sanitaire et où se profile le risque d’une crise économique et sociale.

  • En dernière position sur les 31 pays de notre enquête, seuls 9% des Français pensent que le monde va devenir meilleur suite à la crise de la Covid-19 dans un contexte où la moyenne mondiale est 30%. Les Européens sont définis par le pessimisme, 81% des Français ne croyant donc pas à une influence favorable de la crise, comme les Polonais (79%), les Allemands (76%), les Hongrois (73%), les Belges et les Italiens (72%) ou les Espagnols (71%).

Au sein de l’Europe, les Suédois se distinguent avec 32% qui pensent que le monde peut devenir meilleur. Les plus optimistes sont les Indiens (62%), les Saoudiens (58%) et les Péruviens (51%).

En dernière position aussi :

  • 16% des Français croient que la vie redeviendra normale quand les effets de la pandémie seront dissipés vs 41% des habitants de la planète, comme 11% des Britanniques ou des Belges, les trois derniers pays de la liste, avec d’autres pays en Europe. Les plus optimistes étant les Chinois (90%), les Saoudiens (75%) et les Indiens (63%).
  • 31% des Français pensent que la situation économique sera meilleure en 2021 vs 54% des citoyens du monde. Les Chinois sont les plus positifs avec 86%, les Indiens et les Saoudiens (76%), suivis par les Péruviens (72%), les Malaisiens (70%) et les Américains (69%). Comme pour d’autres questions, le clivage entre l’Europe et le reste du monde, notamment asiatique et latino-américain, est manifeste : les huit derniers pays (sur 31) sont européens (Italie et Suède à 44%, Grande-Bretagne à 43%, Allemagne, Pologne et Espagne à 40%, Belgique à 37% et la France, donc, à 31%). %). Le crash des principales places financières n’est pas non plus à exclure pour 41% des Français, un score dans la moyenne mondiale (40%).
    On notera que si moins d’1/3 (32%) des citoyens du monde croient que l’économie de leur pays se sera complètement remise des effets de la pandémie du Covid-19 en 2021, les plus négatifs sont encore souvent des pays européens : 20% des Espagnols, 17% des Italiens, 14% des Français, 11% des Belges et des Britanniques croient à une relance, contre 92% des Chinois, 76% des Saoudiens et 61% des Malaisiens.
  • Sur le plan social, les inégalités vont-elles s’aggraver ? Très probablement pour 55% des Français, curieusement moins négatifs que le score de 66% à l’échelle mondiale (il est vrai que c’est le seul pays de la liste dans lequel il y ait autant d’amortisseurs sociaux avec le principe de la redistribution). Les plus convaincus d’une aggravation sont les Turcs (85%), les Israéliens (84%) et les Italiens (80%) ; les moins pessimistes sont les Australiens (51%), les Nouveaux-Zélandais (50%) et les Américains (48%).
    L’égalité salariale n’est pas pour demain non plus : seuls 24% des Français (avant-derniers) estiment que la rémunération des femmes sera équivalente à celle des hommes en 2021, contre 40% dans le monde. 73% des Malaisiens et 70% des Chinois pensent au contraire que la rémunération des femmes et des hommes sera équivalente pour la même activité professionnelle. En dernier, plus pessimistes encore que les Français, les Allemands, les Hongrois et les Israéliens à 21%.
  • Sur le plan moral, les gens ne seront pas plus tolérants les uns envers les autres pour 81% des Français (en dernière position aussi), comme 80% des Belges, 77% des Néerlandais et 76% des Hongrois. A l’inverse, 80% des Chinois croient que la tolérance sera au rendez-vous.

Même l’arrivée de vaccins ne rend pas les Français très enthousiastes :

  • 48% pensent qu’un vaccin efficace sera développé (en dernière position) en 2021 et 46% qu’il sera accessible à tous (vs 68% et 60% dans le monde). Les Chinois sont les plus positifs (92%), suivis des Israéliens et des Malaisiens (84%) et des Saoudiens (80%). Les quatre derniers sont encore des pays européens, France comprise, avec les Espagnols (58%), les Allemands (55%) et les Polonais (53%).
  • Et, même avec un vaccin, les choses ne devraient pas vraiment changer : la plupart des gens continueront à porter un masque pour 69% des Français, contre 61% à l’échelle mondiale.  Les Français ne sont pas les seuls à le penser, avec 86% des Malaisiens, 83% des Japonais et 81% des Chinois. A l’opposé, les Australiens (37%), les Nouveaux-Zélandais (30%) et surtout les Suédois (18%).

D’autres craintes sont associées à 2021 :

  • 43% des Français redoutent une nouvelle pandémie liée à un nouveau virus, un sentiment partagé dans le monde avec 47%. Les plus inquiets sont les Malaisiens (70%), les Sud-Coréens (69%) et les Russes (65%), contre 50% des Chinois ; les moins inquiets à ce sujet sont les Britanniques et les Italiens (33%) avec les Australiens (32%).
  • Le réchauffement climatique reste un autre sujet d’angoisse, avec 78% des Français qui croient que les températures vont augmenter à l’échelle du globe (75% mondialement). Les plus inquiets sont les Turcs (89%), les Néerlandais et les Singapouriens (87%), les Chiliens (86%), les Chinois et les Sud-Coréens (84%). Les Américains (63%) et les Saoudiens (59%) ferment le ban.
  • Sur le plan psychique, on a vu que le confinement, dans les pays qui l’ont pratiqué, était souvent synonyme d’isolement et de dépression. 31% des répondants dans le monde se projettent en 2021 dans une impression de solitude (26% en France, un score comparable à celui des Américains ou des Australiens). Les plus préoccupés par ce sujet sont les Turcs (53%), les Malaisiens (50%) et les Chinois (45%).

Peu de choses semblent pouvoir égayer les Français en 2021 :

  • La visite d’extraterrestres ne sera pas un antidote, seuls 5% des Français s’attendant à leur visite (12% mondialement), alors que les Saoudiens (27%), les Indiens (23%) et les Chiliens (22%) ont tendance à croire possible une rencontre du troisième type.
  • Quant aux esprits et fantômes, 11% des Français pensent que l’on prouvera l’année prochaine qu’ils existent réellement, moins que la moyenne mondiale (16%). L’Asie se distingue à ce sujet, surtout la Malaisie avec 43% (n°1), suivie par Hong-Kong (29%), Singapour (28%) et l’Inde (27%).

Tout cela n’empêche pas de prendre les fameuses « bonne résolutions » de début d’année sur le plan personnel, 65% en France, 75% dans le monde ; les Néerlandais (49%), les Japonais (45%) et surtout les Suédois (24%) sont les derniers à se faire des illusions à ce sujet.
A l’inverse, les Chinois (97%), les Mexicains (95%) et les Sud-Africains (89%), sont représentatifs de tous ceux pour qui prendre de nouvelles résolutions est la meilleure manière de conjurer le sort et d’espérer que les vœux aient encore un sens.


Fiche technique : enquête Ipsos Global Advisor menée dans 31 pays du 23 octobre au 6 novembre 2020 auprès de 23 007 adultes âgés de 21 à 74 ans à Singapour et de 18 à 74 ans aux USA, au Canada, à Hong-Kong, en Israël, en Nouvelles Zélande, en Malaysie, en Afrrique du Sud et en Turquie, et de 16 à 74 ans dans 22 autres pays.

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  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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