Présidentielle 2022 : une élection inédite

À une semaine du premier tour de l'élection présidentielle, Mathieu Gallard, directeur d'études au sein de notre département opinion, fait le point sur les spécificités de cette campagne, et les enjeux clés de l'élection.
Présidentielle 2022 - Les analyses des experts Ipsos

 

 

Le pouvoir d’achat au cœur des préoccupations des Français

Cette année, la campagne présidentielle a débuté particulièrement tard du fait de la crise sanitaire, et il a longtemps été difficile de déterminer ce sur quoi elle se jouerait alors qu’une partie importante des Français y est entrée lentement. On voit cependant dans toutes nos enquêtes que le pouvoir d’achat est le sujet qui préoccupe le plus les Français et qu’il s’avère beaucoup plus important que d’autres enjeux comme le système de santé, l’environnement, ou l’immigration. On retrouve cette situation dans d’autres pays d’Europe, parce que la poussée de l’inflation depuis un an et les conséquences économiques de la crise en Ukraine alimentent les craintes des opinions publiques sur la hausse du coût de la vie.

Dans ce contexte, les Français jugent qu’il y a une inadéquation entre la campagne telle qu’elle se déroule dans l’arène politico-médiatique et ce sujet central, d’où une dichotomie qui n’est évidemment pas pour rien dans le rejet croissant qu’on mesure vis-à-vis des dirigeants politiques aussi bien que des journalistes.

Cette dichotomie est un des facteurs qui explique pourquoi il n’y a à ce stade que 67% des Français qui se déclarent certains d’aller voter, un score en retrait par rapport aux précédentes Présidentielles, alors que c’est l’élection reine, celle qui en temps normal intéresse le plus les Français. Il est donc possible qu’il y ait un taux de participation qui soit historiquement faible, et de ce point de vue, si cette tendance se confirme dimanche 10 avril, la France irait à rebours de ce qu’on a pu voir lors des élections de ces dernières années aux Etats-Unis, en Allemagne ou au Japon, où la participation a plutôt progressé.

Un climat favorable au président sortant

L’enjeu de cette Présidentielle est aussi différent des précédentes, où le choix portait avant tout sur la reconduction ou non du Président sortant. Etant positionné au centre de l’échiquier politique, Emmanuel Macron échappe en partie à cet effet de balancier. Face à un candidat de droite, il bénéficiera du vote de son camp et aussi de celui d’une partie des électeurs de gauche, et inversement. Ainsi, la défaite du Président sortant n’est plus une probabilité aussi forte qu’auparavant.

Par ailleurs, et c’est une caractéristique intéressante de cette élection présidentielle, la volonté de « sortir le sortant » ne semble pas aussi forte que lors des scrutins précédents. Non seulement Emmanuel Macron est plus populaire que ses prédécesseurs (47% de jugements positifs), mais le rejet profond qu’il a suscité dans une partie de l’opinion, notamment au moment du mouvement des Gilets Jaunes, s’est essoufflé. D’autre part, la crise ukrainienne renforce sa fonction régalienne et la campagne se déroule donc dans un climat relativement favorable pour un Président sortant, une première depuis 1988.

Un électorat qui se droitise

Autre phénomène, que nous relevons depuis plusieurs années, mais qui se manifeste particulièrement cette année, la droitisation de l’électorat en France. Si l’on fait le total des candidats de droite, ils représentent environ quatre électeurs sur dix et si on ajoute Emmanuel Macron lui-même, qu’une majorité des Français perçoit comme de centre-droit, voire de droite, on passe à près de sept électeurs sur dix, un chiffre jamais vu sous la Vème République. Cette droitisation se confirme quand on observe l’opinion des Français à l’égard d’un certain nombre d’enjeux comme le racisme, la perception de l’Islam, le rétablissement de la peine de mort. Toutefois, ce processus ne concerne par tous les enjeux, et sur les dimensions économiques et sociales, la demande de protection, souvent associée à la gauche, reste forte. Il est intéressant de se demander pourquoi, alors que ces questions sociales et notamment le pouvoir d’achat sont aussi importantes, les candidats de gauche ne semblent pas avoir réussi à en profiter. 

Une offre politique plus fragmentée que jamais

Dernier point à noter, la fragmentation croissante de l’offre politique. On compte dans nos dernières enquêtes cinq candidats en mesure d’obtenir au moins 10% des suffrages au 1er tour. Ainsi, cinq candidats de gauche se partagent un espace politique très restreint (le total de leur voix n’a jamais atteint les 30% durant la campagne), et pour la première fois, l’extrême-droite aborde la campagne divisée, Eric Zemmour venant concurrencer Marine Le Pen. Une telle dispersion serait du jamais vu sous la Vème République, ce qui entre en résonnance avec l’éclatement de l’espace politique que l’on constate dans de nombreuses démocraties comme l’Espagne, Israël, l’Italie, ou les Pays-Bas. Une tendance qui s’ancre sans doute à la fois dans l’invididualisation croissante des comportements électoraux, mais aussi dans l’insatisfaction des citoyens vis-à-vis des grands partis traditionnels.

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