Présidentielle US - L’opinion américaine un an avant l’élection présidentielle

A un an de l'élection présidentielle américaine, Ipsos ouvre un dossier spécial où nos experts décryptent mensuellement les dynamiques de l'opinion US.

Pessimisme collectif, bonheur individuel ?

A un peu moins d’un an de l’élection présidentielle, les Américains sont majoritairement pessimistes sur l’avenir de leur pays : 57% pensent que les Etats-Unis vont dans « la mauvaise direction », contre seulement 30% qui estiment au contraire que les choses vont dans « la bonne direction ». Ces niveaux sont stables depuis le début du mandat de Donald Trump et indiquent que le président n’a pu inverser les inquiétudes profondes des Américains. Cet état d’esprit s’explique avant tout par le sentiment que la société américaine est bloquée et qu’elle ne peut donc plus répondre aux défis auxquels le pays devra faire face à l’avenir : 60% des sondés estiment que « la société est brisée », un chiffre certes légèrement moins élevé que juste avant l’élection de 2016, mais néanmoins largement majoritaire. La confiance dans les élites politiques et économiques est aussi en berne : 67% jugent que « les partis et les dirigeants politiques ne se préoccupent pas des gens comme moi », et 66% affirment que « le système économique est truqué en faveur des riches et des puissants ».

Ce climat d’opinion ne tranche pas fondamentalement avec celui qui a cours actuellement en France où le pessimisme quant à l’avenir du pays et la défiance envers les élites sont aussi de mise. En revanche, les Américains se montrent majoritairement satisfaits de la situation économique (60%) et plus encore des perspectives d’avenir à ce sujet (64%). Une situation qui explique pourquoi les préoccupations des Américains ne se concentrent plus sur l’économie ou le chômage, à l’inverse des années ayant suivies la crise de 2008 : seuls 11% et 5% des sondés citent respectivement ces deux aspects parmi leurs préoccupations principales. C’est la santé qui arrive en revanche en tête de leurs motifs d’inquiétude (21%), ce sujet sur lequel les démocrates sont traditionnellement jugés plus crédibles les ayant déjà portés à un succès électoral lors des élections de mi-mandat de 2018. En deuxième place, l’immigration est citée par 14% des sondés, en recul depuis le début de l’année, sans doute du fait de l’incapacité pour Donald Trump de mettre en avant cet enjeu du fait de la procédure d’impeachment à son encontre. Enfin, comme en Europe, la question environnementale a progressé au cours des derniers mois et est désormais jugée prioritaire par 10% des Américains.

Une situation politique très incertaine qui reflète la polarisation électorale du pays

Dans ce contexte, et malgré toutes les péripéties de son mandat, la popularité de Donald Trump reste très stable. Depuis début 2018, près de 40% des Américains approuvent l’action du président en exercice, contre environ 55% qui la désapprouvent. Cette stabilité masque une forte polarisation politique : une très large majorité des électeurs républicains (81%) soutient Donald Trump quand seuls 10% des démocrates partagent cette opinion, les rares électeurs indépendants étant relativement partagés, même si le rejet est majoritaire parmi eux.

Cette polarisation se reflète aussi dans l’opinion que les Américains ont à propos de la procédure d’impeachment visant Donald Trump : 45% souhaitent la destitution du président (un chiffre en légère hausse depuis les révélations sur l’ingérence ukrainienne de la Maison Blanche) quand 42% la refusent. Les électeurs républicains restent à ce stade massivement opposés à un impeachment, ce qui rend les perspectives d’un aboutissement de la procédure très faibles : il est en effet peu probable qu’un nombre significatif de sénateurs républicains aille à l’encontre de leur base électorale en votant pour la destitution de Donald Trump.

Dans ce contexte, l’élection présidentielle de l’an prochain reste totalement incertaine, et si les chances de réélection de Donald Trump sont réelles, beaucoup dépendra du nom de son futur opposant. Les sondages indiquent une grande fluidité de l’électorat démocrate, et si l’ancien vice-président Joe Biden reste favori, sa position s’est érodée tout au long de la campagne. Derrière lui, les candidats de l’aile gauche du parti Elizabeth Warren et Bernie Sanders se disputent la seconde place. A plus de deux mois du lancement de la saison des primaires, la situation dans le camp démocrate reste très incertaine et les premiers scrutins (Iowa le 3 février, New Hampshire le 11 février, Nevada le 22 février et Caroline du sud le 29 février) seront déterminants s’ils permettent à l’un des candidats d’impulser une dynamique à sa campagne. De ce point de vue, le frémissement en faveur du jeune candidat Pete Buttigieg dans les sondages nationaux et surtout dans ceux réalisés dans l’Iowa pourraient lui permettre d’accéder au rang des candidats sérieux s’il tient la longueur.

Une telle place ne semble, en revanche, pas promise à Michael Bloomberg, la forte couverture médiatique de son entrée en campagne reflétant mal sa position dans les sondages : la dernière enquête pour les primaires démocrates le crédite de 2% des voix. Malgré une très forte notoriété, l’ancien maire de New York souffre en effet d’un positionnement perçu comme à la fois trop centriste et trop opportuniste, et les sommes colossales que sa campagne pourrait déverser sur les écrans et les réseaux sociaux ne sont pas une garantie de succès...

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