Voitures autonomes : les Français intéressés mais pas convaincus

Le secteur automobile est en pleine effervescence : le gouvernement vient d’annoncer que les véhicules autonomes arriveront sur les routes françaises en 2020, tandis qu’Alibaba a récemment annoncé se lancer à la conquête du marché de la voiture autonome, dans la lignée de Telsa, Uber, Renault ou encore Baidu. Alors que de plus en plus d’acteurs se positionnent, Ipsos s’est penché sur le regard des consommateurs sur ces nouveaux véhicules, et dévoile les résultats de son étude internationale Global @dvisor.

Voitures autonomes : les Français intéressés mais pas convaincus

Auteur(s)

  • Pauline Laujac Global Automotive Manager, Ipsos Loyalty
  • Jean-Pierre Carnevale Directeur de département, Ipsos Marketing UU
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Menée auprès de 28 pays à travers le monde, l’étude met en avant une certaine frilosité des Français et des citoyens des pays occidentaux face à cette nouvelle technologie et son arrivée sur le marché. S’ils semblent s’accorder sur les avantages théoriques de la voiture autonome, ils expriment davantage de méfiance dans la pratique et tiennent à garder le contrôle.

Les Français pas encore convaincus par la voiture autonome

Si l’arrivée des voitures autonomes est perçue comme une révolution de la mobilité, les Français ont un avis très partagé sur ce type de véhicule. Ils sont ainsi 51% à trouver l’idée intéressante, sans être toutefois convaincus. Près d’un quart des Français y sont favorables, et ont hâte de pouvoir en conduire une, tandis que le quart restant s’y oppose, et affirme qu’il n’en utilisera jamais

L’étude met en lumière une scission plus globale entre pays développés et pays émergents. Les pays développés semblent en effet plus réticents à l’arrivée de ces nouvelles voitures sur le marché. L’Allemagne se montre la plus sceptique : 35% des Allemands sondés déclarent ainsi qu’ils ne souhaitent pas utiliser de voiture autonome, suivis du Royaume-Uni (30%) et du Canada (27%).

L’idée d’en posséder une ne semble pas plus convaincre. Le pays le moins intéressé reste l’Allemagne, où seuls 24% des sondés affirment vouloir devenir propriétaire d’un véhicule autonome, suivis du Royaume-Uni (27%) et de la France (28%), à égalité avec la Suède.

« Si de nombreuses réticences persistent, la France reste un marché stratégique, même si moins déterminant que la Chine » déclare Pauline Laujac, experte automobile chez Ipsos. « Cette prudence est un comportement rationnel en phase de transition. L’introduction d’une nouvelle technologie ne se suffit pas et nécessite une certaine pédagogie sur les nouveaux usages qu’elle induit. Un autre défi de taille sera de rendre identifiable le bénéfice client que peuvent apporter les véhicules autonomes : du temps, de l’argent, du confort, de la sécurité… »

Dans les pays émergents, l’automobile connectée séduit et fait davantage rêver : les personnes interrogées sont ainsi majoritaires à souhaiter devenir propriétaires d’une voiture autonome, comme en Malaisie et en Inde (64%), au Pérou (60%), en Colombie (58%), ou encore en Chili et Argentine (56%).

Le mode autonome, un assistant de conduite complémentaire

Certains pays semblent donc plus prudents face à cette innovation technologique, même s’ils en perçoivent les potentiels avantages. Les Français sont ainsi 55% à estimer que le mode autonome des voitures rendra la conduite plus facile, un résultat toutefois en deçà de la moyenne mondiale, qui atteint 69%.

Les Français associent également le mode autonome à une conduite plus détendue (52%), plus confortable (52%) et plus agréable (51%). Là encore, ils se montrent plus réservés que leurs voisins, en deçà de 10 points en moyenne par rapport au score mondial.

Optimisme face à la voiture autonome

Cette réticence peut s’expliquer par le fait que le mode autonome semble encore relégué au rang de simple assistant de conduite, souvent expérimental mais davantage familier, utilisé en complément de la conduite manuelle. En effet, près de la majorité des Français pensent que d’ici 10 ans, le mode autonome sera surtout utilisé lorsqu’il sera question de se garer (58%), de parcourir de courtes distances (49%) ou encore de conduire seul, sans passager dans le véhicule (48%). A l’inverse, ils se déclarent plus réfractaires à utiliser le mode autonome sur des routes pittoresques (50%), plaisantes à conduire.

« Cela démontre un réel attachement à la conduite, qui reste un plaisir pour de nombreux Français, pas encore tout à fait prêts à y renoncer. Mais qui aurait cru il y a 10 ans qu’un quart des voitures neuves vendues en France seraient des automatiques ? La frilosité exprimée par les Français aujourd’hui n’exclut pas qu’ils se prennent peu à peu d’affection pour les véhicules autonomes au fur et à mesure que la technologie progresse et devient plus performante, d’autant que les véhicules autonomes et partagés pourront aussi faciliter le déplacement urbain dans les grandes métropoles », complète Jean-Pierre Carnevale, expert automobile au sein du département quali France d’Ipsos.

Les Français veulent garder le contrôle 

Outre le plaisir de la conduite, la question de la sécurité semble également dissuasive. En effet, la prudence reste de mise pour de nombreux Français : ils sont ainsi 45% à affirmer qu’ils n’activeront jamais ou rarement le mode autonome de leur véhicule dans des endroits inconnus, nécessitant plus de vigilance. Il en va de même pour les situations de trafic dense ou intermittent (45%), ou encore de météo défavorable (40%).

Occasions d'utilisation de la voiture autonome

 

« Confier sa sécurité à une intelligence artificielle a toujours suscité des incertitudes fortes, plus encore à la lumière des accidents qui ont impliqué des voitures autonomes avec des pionniers tels que Tesla ou Uber. Ces accidents contribuent à affecter la confiance placée dans les voitures autonomes.  Un travail pédagogique devra être mené, à condition d’avoir des éléments de rassurance face à ces inquiétudes, notamment en matière de réglementation » ajoute Pauline Laujac.

Sur la question de la réglementation justement, les Français se montrent là encore particulièrement méfiants. Un peu plus d’un quart accorde plutôt sa confiance aux constructeurs pour réglementer leurs véhicules (43% pour la moyenne mondiale). Les pouvoirs publics n’inspirent pas beaucoup plus de confiance : seuls 23% des Français déclarent se fier à eux pour réglementer ces nouveaux véhicules, contre 28% pour le reste du panel sondé. Viennent ensuite les associations d’automobilistes (18%) et les compagnies d’assurances (13%).

« Il est certain que nous allons connaître dans les années à venir une véritable disruption technologique dans le monde automobile. Cela va tout changer, et nécessiter une adaptation rapide,y compris des réglementations et lois en vigueur. Il va également falloir apprendre à vendre et valoriser cette technologie auprès de clients qui commencent à peine à découvrir les aides à la conduites existantes, et les sous-utilisent », conclut Jean-Pierre Carnevale.

 

Fiche technique : 
Étude Ipsos Global @dvisor réalisée en ligne, du 27 novembre au 8 décembre 2017, auprès de 21 549 personnes âgées de 18 à 64 ans aux USA et au Canada et de 16 à 64 ans dans les autres pays. Les 28 pays interrogés sont : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Chine, Colombie, Corée du Sud, Espagne, France, Hongrie, Inde, Israël, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pérou, Pologne, Russie, Serbie, Suède, Turquie, UK et USA.

Auteur(s)

  • Pauline Laujac Global Automotive Manager, Ipsos Loyalty
  • Jean-Pierre Carnevale Directeur de département, Ipsos Marketing UU

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