2020 : une année folle ? - L'interview de Thibaut Nguyen par Market Research News

Et si 2020 était une année folle ? Ou bien si elle inaugurait une nouvelle série en mode remake des fameuses Worrrying Twenties de l’entre-deux-guerres ? C’est l’hypothèse formulée par l’équipe Futures, nouveau nom de Trends, pour synthétiser les tendances clés du moment, en s’appuyant sur la dernière vague de l'observatoire international Trend Obs. En quoi cette année pourrait-elle bien ouvrir un nouveau cycle ? Quelles forces et quelles énergies s’affrontent ? Et quels sont les impératifs qui en résultent pour les marques ? Ce sont les questions qui ont été posées au directeur de Futures, Thibaut Nguyen
 
Propos recueillis par Thierry Semblat pour Market Research News

 

MRNews : Vous avez présenté il y a quelques semaines la dernière édition de Trend Obs [...]. Avant d’en venir aux lignes de force de cette édition 2020, pourriez-vous préciser en quelques mots la méthodologie sur laquelle vous vous appuyez ?

Thibaut Nguyen : Trend Obs repose sur un double dispositif. Chaque année et pour chacun des six pays retenus, nous interrogeons une douzaine de trendsetters, des gens qui ont entre 20 et 40 ans, minutieusement choisis en fonction de leur capacité à être « éponge », à sentir ce qui se passe autour d’eux et à le formuler. Ces individus ne sont pas nécessairement des artistes, mais ont des connexions avec le monde de la création, qui constitue une forme d’avant-garde socioculturelle. Ce ne sont surtout pas des jet-setters « hors-sol », mais plutôt des représentants de la classe moyenne, rien n’interdisant à ce qu’ils soient pro-Trump par exemple ou affichent une sensibilité « populiste » . Dans ces 6 pays figurent systématiquement les États-Unis et la France, deux autres pays européens — l’Angleterre et l’Italie pour cette édition —, un pays asiatique ainsi qu’un pays d’Amérique Latine, le Brésil ayant été retenu cette année. Nous complétons ces matériaux par ce que nous apprenons par ailleurs au travers de nos différents observatoires, dans de multiples secteurs, et de tout ce qui apparaît comme particulièrement significatif dans les analyses des prospectivistes. L’idée est de pouvoir s’appuyer sur des données aussi robustes et cohérentes que possible.

 

2020 : Année folle ? est l’intitulé que vous avez retenu pour présenter les résultats de cette dernière édition. En y ajoutant « Bienvenue dans les Worrrying Twenties ». En quoi 2020 pourrait-elle être une année folle, ou inaugurer une sorte de remake de ces années folles ? 

C’est notre hypothèse en effet, celle d’une année potentiellement surprenante à bien des égards, et pas nécessairement en bien… La rumeur d’un krach boursier est forte, le réchauffement climatique semble s’accélérer. Le Coronavirus était une donnée parfaitement imprévisible, mais, de fait, il s’inscrit dans le paysage. Beaucoup d’indices augurent d’une année folle parce que riche en événements susceptibles de redistribuer les cartes. C’est dans la tête des gens en tout cas. Et il est très possible en effet que nous entrions dans un nouveau cycle. Il y a deux ans, nous pouvions avoir le sentiment de vivre ce que nous avons appelé une « parenthèse enchantée », avec le retour de la croissance notamment. Ce qui se redessine aujourd’hui comme un scénario vraisemblable, c’est une sorte de remake de cette période que le monde a connu dans l’après 1918, en particulier aux USA, avec des choses positives, beaucoup de créativité et d’innovation dans un climat assez euphorique, mais qui bascule vers des évènements très noirs, avec le Krach de 1929, la montée du fascisme et du nazisme en Europe et la Seconde Guerre mondiale.

 

Une année folle, n’est-ce pas l’image que cristallise cet affrontement symbolique entre un Trump et une Greta Thunberg : l’adulte qui joue à l’enfant capricieux d’un côté, et l’enfant qui incarne la raison de l’autre ? 

Cela me semble très juste. C’est comme si les adultes du vieux monde étaient opposés aux enfants du nouveau monde, en tout cas de ceux d’entre eux qui prennent la mesure de la gravité de certaines évolutions. La raison basculerait du côté de certaines jeunes générations, alors que les plus anciennes s’obstineraient elles dans une sorte de folie… C’est assez étonnant en effet. Et le personnage de Trump est toujours aussi fort. Son élection a massivement été perçue comme un accident de l’histoire. Et pourtant, aujourd’hui, si sa réélection n’est pas certaine, elle semble parfaitement plausible. 

 

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