30 ans après la chute du mur de Berlin, où en est-on en Europe ?

Alors que l’Allemagne célèbre les 30 ans de la chute du mur, où en est-on en Europe ? Ipsos a sondé, via son dispositif d’étude international Global Advisor, la perception actuelle de cet événement historique, et de ses conséquences en Europe et dans d’autres pays du monde : l’Europe est-elle devenue plus sûre ? Quelle place pour l’Europe de l’Est ? L’Allemagne est-elle devenue trop puissante ? La vie est-elle devenue meilleure ?

L’Europe est-elle devenue plus sûre depuis la chute du mur ? 

Depuis la chute du mur le 9 novembre 1989 marquant la réunification des deux Allemagnes, le monde est-il devenu plus sûr ? La réponse est oui pour 27% des Français et non pour 33% d’entre eux. Des chiffres plus modérés que la moyenne mondiale des pays interrogés : 29% estiment que le continent européen est plus sûr aujourd’hui qu’il y a 30 ans, et 31% ne sont pas d’accord. On note des désaccords notables entre les pays : si 45% des Turcs, 41% des Polonais et 36% des Britanniques sont positifs, les Russes ne sont que 16%, avec les Italiens (21%) et les Australiens (23%) ou les Belges (24%).

« L’enthousiasme que la chute du Mur de Berlin avait généré semble bien loin trente ans plus tard. D’autres rapports de force, d’autres crises, d’autres craintes sont venues remplacer les perspectives favorables qu’ouvrait l’enterrement de la guerre froide » analyse Yves Bardon, directeur du Programme Flair d’Ipsos. 

Etonnamment, l’impact sur la vie des européens de l’est est lui aussi estimé comme assez modéré : 38% des personnes interrogées estiment que non, la vie dans leur pays ne s’est pas améliorée avec la chute du mur, contre 30% qui affirment le contraire. Les plus négatifs sont les Roumains (52%) et les Russes (48%), tandis que les Polonais (55%) sont les plus positifs.

Avec 37% de réponses négatives contre 31% de réponses positives, les Allemands sont plus que réservés sur les bénéfices concrets de la chute du mur dans leur pays. On note même un écart générationnel important : les moins de 35 ans sont 44% à estimer que le pays a changé pour le mieux depuis ce moment historique, alors que 43% des plus de 50 ans expriment une opinion négative.

« La perception d’une Europe désunie, à plusieurs vitesses, sans vrai équilibre s’est ancrée alors que la réunification des deux Allemagnes aurait pu présager de la mise en place d’un projet commun, d’un Erasmus étendu à la diplomatie, à l’économie, à la défense, à une vision du monde » ajoute Yves Bardon.

L’Allemagne est devenue trop puissante pour 33% des Français

A la suite de la réunification des deux blocs, que pensent les populations mondiales de la place de l’Allemagne dans l’Europe ? Pour 30% des personnes interrogées à travers le monde, L’Allemagne est devenue trop importante, contre 29% qui estiment le contraire. Les pays qui perçoivent une Allemagne trop dominante sont les Turcs, à égalité avec les Espagnols (60%) et les Italiens (54%). A l’opposé, les Australiens, les Canadiens et les Américains ne ressentent pas une « Super Allemagne ». C’est également le cas de 33% des Français interrogés.

La chute du mur a-t-elle permis à l’Europe de l’est & l’Europe de l’ouest de se réunir autour d’objectifs communs ? Rien n’est moins sûr : près d’un tiers des Français (27%) sont sceptiques à cette idée. A l’inverse, 23% estiment que l’Europe est unie par ses fondamentaux. Des chiffres en phase avec la moyenne mondiale : 28% des personnes interrogés estiment que l’Ouest et l’Est de l’Europe ne partagent pas les mêmes objectifs, contre 25% qui affirment le contraire.
« L’étude révèle une triste ironie : le mur de Berlin avait été construit pour empêcher de sortir, les soixante-dix murs édifiés depuis 1989 ou en projet le sont pour empêcher d’entrer. Comme le souligne le rapport Building walls*, 10 des 28 membres de l’Union européenne ont érigé des murs : si l’on connectait tous les murs existants aujourd’hui, ils représenteraient une muraille de 40 000 kilomètres, autrement dit la circonférence du globe terrestre, ce qui renvoie au devoir de physique inventé par Jean Tardieu dans Un mot pour un autre : "Etant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?" », conclut Yves Bardon. 


Fiche technique : étude Global Advisor menée en ligne du 20 septembre au 4 octobre auprès de 12 005 personnes dans 16 pays : Allemagne, Australie, Canada, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, USA, Belgique, Hongrie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Russie, Suède et Turquie.

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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