Baromètre du Bien Etre et de la MotivationAccor Services / Ipsos

Depuis 2004, le baromètre Ipsos - Accor Services dresse un état des lieux du bien-être et de la motivation au  travail des salariés français. Les grandes tendances de l’enquête 2007: La rémunération et le salaire sont aujourd’hui en tête des préoccupations des salariés, Ces derniers font part d’attentes plus fortes à l’égard de leurs employeurs ouvrant de nouveaux territoires d’intervention pour les RH Une nouvelle relation au travail se dessine-t-elle ?

En octobre 1996, 41% des salariés français déclaraient que leur principale préoccupation professionnelle était le maintien de leur emploi. Deux années et un changement de majorité plus tard, le temps consacré au travail devient la première préoccupation des salariés avec 34% de citations fin 1998.

Huit ans après, seuls 18% mettent toujours ce thème en tête de leurs préoccupations professionnelles. Moins de 30% évoquent le maintien de leur emploi et ce score est le plus bas depuis 1996. Désormais, c’est le salaire qui occupe le haut du classement : plus de la moitié des salariés classent la rémunération en tête de leurs préoccupations.

Aujourd’hui, la donne a changé parmi les salariés : le chômage semble connaître une décrue, dont l’ampleur est difficile à cerner, mais la tendance à la baisse semble bien installée. De fait, seuls les ouvriers et les salariés les plus jeunes mettent l’emploi au cœur de leur préoccupation, presque au même niveau que le salaire. Le temps de travail, mise en place des 35 heures oblige, est passé en troisième position. Il reste toutefois une préoccupation très vivace chez les cadres supérieurs avec 38% de citations. Mais le salaire occupe la première place dans toutes les catégories, secteurs d’activité ou tranches d’âge.

Comment interpréter cette nouvelle donne ? Effet conjoncturel ? Indéniablement les répercussions du passage à l’euro et de l’application des 35 heures se sont conjuguées pour ‘tendre’ la question salariale. Toutefois, l’expérience montre aussi que la ‘revendication’ salariale est bien souvent le révélateur de problèmes plus profonds au cœur de la relation salarié – entreprise. Dans ces conditions, quelle lecture des données peut-on faire du baromètre Accor Services du Bien Etre et de la Motivation ?  

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit qu’un nouveau type de relation des salariés à l’entreprise émerge en France et plus largement dans les économies développées. Une relation que l’on peut qualifier de « transactionnelle », qui dans l’esprit des salariés les pose sur un pied d’égalité face à l’entreprise, qui est toujours renégociable, souvent instable, et donc difficile à comprendre et à prédire. Le défi que cela représente pour les entreprises est de taille. Il ne s’agit plus de gérer les salariés avec des politiques ‘globales’ sur la base de critères socio démographiques classiques, âge, sexe, niveau hiérarchique, mais de ‘négocier’ avec des individualités dont les attentes sont forcément plus complexes et donc pas toujours faciles à appréhender.

C’est ainsi que l’on voit émerger de nouveaux territoires à la frontière de la vie privée et de la vie professionnelle sur lesquels l’employeur est désormais légitime aux yeux des salariés : ainsi 63% des salariés (près de 70% pour ceux qui travaillent dans des grandes entreprises) estiment que leur entreprise ne prête pas suffisamment attention « aux difficultés pratiques qu’ils peuvent rencontrer dans l’organisation de leur vie en dehors du travail ». L’attente de développement personnel est aussi devenue une aspiration majeure chez beaucoup de salariés et pas seulement les jeunes. De ce point de vue, l’allongement du départ à la retraite modifie la donne. Du coup, les repères se brouillent tant pour les salariés que pour les entreprises, ces dernières ayant du mal à mettre en place des politiques RH innovantes. Deux chiffres révélateurs de cet état de fait : un salarié sur deux dans le secteur privé déclare qu’il songe ‘souvent’ à quitter son entreprise, tandis que 36% seulement jugent que leur entreprise ‘porte suffisamment d’attention au développement des compétences’.

Le paradoxe est que dans le même temps, la situation proprement française rend très difficile, mais ô combien cruciale, la prise en compte de ces aspirations. Diverses études Ipsos mettent en évidence le sentiment de dégradation de la situation des entreprises vues par leurs salariés. De même, à la question « pourriez vous facilement trouver un travail comparable dans votre région ? », la France arrive en dernière position des économies développées. De fait, au-delà de quelques métiers en tension, les niveaux de turn-over restent très bas dans la plupart des grandes entreprises.

Dès lors, le salarié français est-il ‘prisonnier’ de son entreprise, ‘coincé’ entre ses aspirations et un environnement extérieur qui allie situation économique morose, marché du travail rigide, faible mobilité des salariés… ? Une issue par l’extérieur, c'est-à-dire où les aspirations des salariés sont portées par un marché du travail dynamique à l’instar de ce qui se passe en Grande Bretagne par exemple, semble peu envisageable. Du coup, la prise en compte des attentes des salariés par les entreprises en France devient de plus en plus sensible.

Ces dernières années, la confrontation des aspirations à cet environnement contraint s’est avant tout traduite par un niveau de frustration élevé et un sentiment de non reconnaissance : encore aujourd’hui, 57% des salariés interrogés estiment que leur implication dans le travail n’est pas reconnue.

Mais l’élément nouveau est que depuis 2005, tous les indicateurs liés à l’environnement professionnel se dégradent. Listons dans le désordre, les conditions de travail, la qualité de vie au travail, l’ambiance de travail, l’accomplissement, la fierté ou la satisfaction professionnelle. Tous ces fondamentaux de la relation à l’entreprise perdent entre 5 et 10 points en à peine deux ans.

Exemples ? En 2005, 40% des salariés se disaient ‘souvent’ heureux dans leur travail ; ils ne sont plus que 33% à partager ce point de vue deux ans plus tard, et l’une des baisses les plus marquées se retrouve parmi les salariés du secteur privé.

Autre indicateur, l’indice de la qualité de vie au travail : sur une échelle de 1 à 10, les salariés attribuent cette année une note de 6,2 en légère baisse par rapport à 2005. Cependant, le plus significatif est qu’un quart seulement des salariés interrogés, au lieu de 34% en 2005, donne une note supérieure à 8, tandis que le pourcentage de salariés qui donne une note autour de 5 passe de 12% à 20%. Par ailleurs, ce phénomène de dégradation touche l’ensemble des catégories.

Le degré de satisfaction à l’égard de l’ambiance de travail ou des conditions de travail baisse lui aussi. Désormais plus de 30% des salariés se déclarent insatisfaits sur ces points.

Seuls les cadres supérieurs paraissent ‘épargnés’. Conséquence, le fossé entre ces derniers et les autres cadres s’accentue sur toutes ces questions. Il y a fort à parier dans ces conditions que le ‘malaise’ des cadres a de beaux jours devant lui.

Au final, le ‘cocktail’ constitué d’un contexte extérieur ‘contraignant’, d’aspirations individuelles fortes et d’un environnement de travail qui s’érode aboutit à une situation particulièrement mouvante sur le front de la motivation : aujourd’hui, un peu plus d’un tiers (36%) des salariés français se déclarent à la fois impliqués dans leur travail et motivés vis-à-vis de leur entreprise (67% chez les cadres supérieurs). A l’opposé, on trouve deux groupes : un quart paraissent en voie de ‘distanciation’, c'est-à-dire toujours présents dans leur entreprise, plutôt ‘heureux’, mais avec une implication qu’ils qualifient eux-mêmes de ‘suffisante’ ; les 37% restant admettent en revanche que pour des raisons diverses, leur motivation baisse.

Face à ce constat, il paraît évident que les entreprises ne peuvent plus faire l’économie d’une réflexion sur la nature de la relation qu’elles entretiennent avec leurs salariés. Celle-ci se transforme inéluctablement et le double risque de la distanciation et de la démotivation s’accroît. La volonté affichée par un nombre grandissant d’entreprises d’avoir désormais des salariés ‘engagés’ ressemble fort à une fuite en avant. Ne doit-on pas plutôt dans l’immédiat chercher à reconstruire les fondamentaux de la relation salarié-entreprise ?

*Toutefois, à peine plus de 10% ne sont ‘jamais’ heureux tandis que la majorité se déclare heureux ‘de temps en temps’.


Fiche technique :

Enquête réalisée par Ipsos Loyalty auprès d’un échantillon représentatif de 4 000 salariés français âgés de 18 ans et plus (hors artisans, commerçants, professions libérales, agriculteurs / exploitants

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