Chefs d’entreprises : beaucoup plus optimistes mais prudents quant aux perspectives de croissance

L’Observatoire Social de l’Entreprise, réalisé par Ipsos et le CESI en partenariat avec Le Figaro, permet de faire régulièrement le point sur le moral des chefs d’entreprise et des salariés du secteur privé mais aussi d’approfondir un thème en lien avec la vie de leur entreprise. La 10e vague de cet observatoire se concentre sur les évolutions barométriques de l'étude et la réforme du code du travail, mais aussi à la transition numérique et à son impact pour les entreprises, du point de vue des chefs d’entreprises comme des salariés. Découvrez ici le premier volet de l'enquête.

Auteur(s)

  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
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DES RECORDS D’OPTIMISME CHEZ LES CHEFS D’ENTREPRISE DANS DE NOMBREUX DOMAINES

Depuis la mise en place du baromètre en 2009, les chefs d’entreprises n’ont jamais été aussi optimistes, même si la prudence reste de mise

Ainsi, 21% d’entre eux anticipent désormais une hausse d’activité pour leur entreprise dans les 6 mois à venir. S’ils restent une minorité à anticiper une telle croissance, il s’agit tout de même d’une proportion en hausse de 6 points par rapport à la fin 2015, et de 10 points par rapport au point le plus bas observé (en 2013).
Le nombre de chefs d’entreprise anticipant une hausse d’activité devance désormais légèrement celui des dirigeants qui tablent plutôt sur une baisse (20%), ce qui n’était pas arrivé depuis 6 ans.
Les dirigeants de grandes entreprises (500 salariés et plus) se montrent particulièrement optimistes : 51% tablent sur la croissance de leur entreprise (contre 18% des chefs d’entreprises de moins de 10 salariés, beaucoup plus prudents). En termes de secteurs, les dirigeants dans le domaine des services et du BTP sont les plus optimistes (respectivement 28% et 24% d’entre eux anticipent une croissance).

Il faut néanmoins noter qu’une majorité de chefs d’entreprise tablent sur la stabilité de leur activité (56%). Ils sont par ailleurs seulement 30% à considérer que la France va sortir de la crise (dont seulement 4% qui pensent qu’elle en sortira dans les mois qui viennent). Cette proportion est en forte baisse depuis début 2015 : en mars 2015, ils étaient encore 39% à l’espérer, contre 34% en novembre 2015 et désormais 30%. Les chefs d’entreprise se montrent de plus en plus convaincus que la France ne sortira pas de cette situation, qu’il ne s’agit pas d’une crise passagère mais d’une transformation durable. L’enthousiasme est donc loin d’être de mise.

Malgré tout, l’optimisme des chefs d’entreprise est en hausse par rapport à l’année dernière sur l’ensemble des dimensions testées. Pour plusieurs d’entre elles, il s’agit même de records absolus : ainsi, les chefs d’entreprise n’ont jamais été aussi nombreux depuis 2009 à se dire optimistes quant au niveau de stress de leurs salariés dans les 6 mois à venir (73% sont confiants à ce sujet ; +10 points par rapport à l’année dernière), quant à leur possibilité de proposer des formations à leurs salariés (59% ; +9), mais aussi en ce qui concerne le développement économique de leur secteur d’activité (52% ; +1), particulièrement dans le secteur des services (64% ; +4) et de la construction (57% ; +4) en forte hausse l’année dernière déjà.
Même si l’optimisme reste minoritaire en ce qui concerne l’augmentation des salaires ou du pouvoir d’achat de leurs salariés (42%) et la capacité à embaucher de leur entreprise (29%), il s’agit néanmoins de niveaux records depuis 2009, et ces indicateurs sont en forte hausse par rapport à la fin 2015 (de respectivement +14 et +11 points). Enfin, si l’optimisme quant au maintien de l’emploi n’est pas à son plus haut niveau (71% contre 72% en 2011), il s’en approche à la faveur d’une hausse de 4 points par rapport à l’année dernière.

Cet optimisme fait écho à leur perception encore plus positive de la situation interne de leur entreprise que lors de la vague d’enquête précédente, qu’il s’agisse des relations entre les salariés et leurs supérieurs hiérarchiques directs (96% les jugent positivement ; +3 ; record de 2013 égalé), de l’adhésion des salariés aux grandes orientations de l’entreprise (84% ; +11 ; record absolu), de la charge de travail (78% ; +4), des rémunérations (76% ; +8) ou encore de l’emploi (66% ; +9).

L’unique dimension en recul est la situation concernant le climat social en général : 78% des chefs d’entreprise la jugent bonne (-5 points par rapport à fin 2015). Ce léger recul est sans doute le reflet des tensions observées au niveau national autour de la réforme du code du travail. En revanche, il n’y a pas de dégradation notable observée chez les salariés.

CHEZ LES SALARIÉS, LA TENDANCE EST DAVANTAGE À LA STABILITÉ

Aux yeux des salariés, les indicateurs liés à l’activité de leur entreprise sont plutôt stables

Comme à la fin de l’année 2015, ils sont environ un tiers à anticiper une croissance de leur entreprise (32% ; stable). C’est davantage que les chefs d’entreprise, ce qui s’explique en partie par le poids des grandes entreprises au sein de l’échantillon représentatif de salariés (il y a plus de salariés travaillant dans de grandes entreprises que de patrons de grandes entreprises, en proportion). L’optimisme est en effet, comme chez les chefs d’entreprises, plus mesuré chez les salariés de structures de 1 à 9 salariés.
La part de salariés anticipant une baisse d’activité est elle aussi très stable (16% ; -1), tout comme celle des salariés qui pensent que les choses vont rester identiques (52% ; +1).

Les salariés se montrent un peu plus optimistes que les chefs d’entreprise quant au maintien de l’emploi dans leur entreprise (74% contre 71% chez les chefs d’entreprise, l’écart se resserrant par rapport à la dernière vague) et au développement économique du secteur d’activité de leur entreprise (59% contre 52% chez les chefs d’entreprise).

Mais sur les autres dimensions testées, c’est le pessimisme qui l’emporte chez les salariés. Ils se montrent certes un peu plus confiants que leurs dirigeants en ce qui concerne la capacité à embaucher de leur entreprise (38% contre 29% chez les chefs d’entreprise), mais même chez eux l’optimisme sur ce point reste très limité. Les salariés se montrent en revanche beaucoup moins confiants que leurs dirigeants quant à l’évolution du niveau de stress (seuls 38% d’entre eux sont optimistes sur ce sujet contre 73% pour les chefs d’entreprise), sur l’augmentation des salaires ou du pouvoir d’achat (23% contre 42%) et dans une moindre mesure sur les possibilités de bénéficier de formations (47% contre 59%). Alors que chez les chefs d’entreprise, l’ensemble de ces dimensions s’améliorent, la tendance est plutôt à la stabilité chez les salariés, voire à une légère baisse en ce qui concerne la confiance à l’égard du maintien de son emploi (-2) ou encore l’augmentation de son salaire ou de son pouvoir d’achat (-3).

Interrogés sur la situation interne de leur entreprise, les salariés jugent par ailleurs la situation moins favorablement que les chefs d’entreprise sur l’ensemble des dimensions testées, y compris en matière d’emploi, ce qui est une première depuis la mise en place du baromètre (63% des salariés jugent que la situation est bonne en la matière dans leur entreprise, contre 66% pour les chefs d’entreprise).
Dans les autres domaines, les salariés se montrent comme à l’accoutumée plus circonspects que les chefs d’entreprise, même si les résultats sont dans l’ensemble en légère hausse, qu’il s’agisse de juger des relations entre salariés et supérieurs hiérarchiques directs (74% ; +5), du climat social en général (56% ; +3) ou de la charge de travail (56% ; +4).
Ils restent contrairement aux chefs d’entreprise une minorité à juger que l’adhésion des salariés aux grandes orientations de l’entreprise est au rendez-vous (48% ; +2) et à considérer favorablement la situation en matière de rémunérations (42% ; -4).

Le niveau de salaire retrouve de loin la première place parmi leurs préoccupations (29% la citent en premier ; +3 par rapport au mois dernier), après une baisse constante depuis 2013, au profit notamment des conditions de travail qui suscitaient une inquiétude croissante. La préoccupation sur ce point recule par rapport à la dernière vague (18% ; -3). Le maintien de leur emploi reste la deuxième préoccupation la plus citée par les salariés (26% ; +1 la citent en premier). Elle est plus souvent mise en avant par les salariés appartenant aux CSP modestes (27% des employés et 30% des ouvriers contre seulement 16% des cadres).

La peur de perdre son emploi reste donc très présente, d’autant que les salariés sont une majorité à considérer que la France ne sortira pas de la crise (59% contre 41% qui croient toujours à une sortie de crise, une proportion en baisse constante depuis un an).

En dépit des inquiétudes des salariés et du contexte lié à la loi travail, la situation sociale est loin d’être explosive : le potentiel de mobilisation des salariés est très stable : 50% auraient envie de participer à un mouvement social au sein de leur entreprise s’il y en avait un (+1 point par rapport à fin 2015 ; -2 points par rapport à début 2015). Le potentiel de mobilisation des ouvriers est néanmoins en hausse (62% ; +6 points par rapport à la vague précédente).

SALARIÉS : TOUJOURS FAVORABLES À UNE RÉFORME DU CODE DU TRAVAIL, MAIS PEU CONVAINCUS PAR LE DÉTAIL DES MESURES

Malgré une mobilisation qui dure autour de la loi El Khomri, les salariés restent très majoritairement favorables à une réforme du code du travail (84% ; -5 points par rapport à novembre 2015). Parmi eux, 41% (-2) sont toujours favorables à une réforme « en profondeur, permettant de mettre à place tous les sujets, y compris les plus délicats », et 43% (-3) à ce qu’on l’aménage « en partie, afin de contribuer à résoudre les problèmes les plus importants mais sans risquer le blocage social ». Enfin, seulement 16% souhaitent qu’on ne change rien ou presque rien (+6 points par rapport à novembre 2015). Ce souhait est certes plus présent chez les ouvriers (21% ; +11) et les employés (17% ; +5). En revanche, peu de différences en fonction de l’âge des salariés ou de la taille de l’entreprise dans laquelle ils travaillent.

Interrogés sur le détail de la réforme, les salariés se montrent néanmoins dubitatifs quant à son efficacité pour lutter contre le chômage.
Seules 2 des 9 mesures testées parviennent à convaincre une majorité de salariés 
: la création d’un compte personnel d’activité rassemblant les comptes de formation et de pénibilité (62%) et le fait de permettre l’organisation d’un référendum auprès de salariés sur un accord d’entreprise si un syndicat représentant au moins 30% des salariés le demande (50%).

Pour les 7 autres mesures, les avis négatifs l’emportent assez largement sur les avis positifs. La mesure la plus violemment rejetée est celle constituant à permettre que les heures supplémentaires soient majorées de 10% (au lieu des 25% généralement pratiquées) s’il y a un accord d’entreprise sur le sujet : seuls 19% des salariés (29% des cadres) pensent que cette mesure aura un impact positif sur l’emploi, contre 71% qui ne le pensent pas et 10% qui déclarent ne pas en savoir assez pour se prononcer. Les salariés peinent à faire le lien entre les mesures annoncées et les bénéfices en matière d’emploi.


Volet "TRANSFORMATION NUMÉRIQUE"

FICHE TECHNIQUE :
Chefs d’entreprise : Étude réalisée par téléphone sur 404 chefs d’entreprise, du 7 au 19 avril 2016. L’échantillon a été raisonné pour disposer de dirigeants de petites structures et de structures plus importantes, ainsi que de chefs d’entreprise travaillant dans tous les secteurs d’activité. Lors du traitement des résultats, chaque catégorie a été remise à son poids réel afin d’assurer la représentativité des résultats.
Salariés : étude réalisée online sur 1 000 salariés du secteur privé, du 12 au 19 avril  2016. Échantillon représentatif de la population des salariés du secteur privé en termes de sexe, d’âge, de catégorie professionnelle, de catégorie d’agglomération et de région.

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  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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