Elections Départementales : « L'abstention sera très forte les 22 et 29 mars »

Trois semaines avant les élections départementales, Brice Teinturier analyse pour Le Télégramme l'état des forces politiques en présence et relativise les conséquences de la percée du Front national.

La poussée du Front national, particulièrement dans l'électorat rural, est-elle irrésistible ?

Il est très probable qu'on assiste à une nouvelle percée du Front national à l'occasion des départementales. Elle est continue depuis les cantonales de 2011. Elle s'est vérifiée aux municipales et amplifiée aux européennes. Et on la mesure également lors des élections législatives partielles. Demain, pour les élections départementales, on aura également une situation nouvelle puisque contrairement à 2011, le FN a des candidats dans pratiquement 98 % des cantons. Tout concourt donc pour que le Front national améliore son score de 2011. Il était de 15 % nationalement et de 19 % là où il était présent. Mais si le FN reproduit aux départementales le score qu'il a obtenu aux européennes (25 %), il faut bien avoir conscience que ce serait déjà une énorme progression, un très grand succès, même s'il n'est pas en tête au premier tour. Il faut prendre garde à la petite musique qui dit que sa progression générale va permettre au Front national d'être devant l'UMP au soir du premier tour. Je pense que ce ne sera pas le cas, que ce n'est en tout cas absolument pas avéré mais qu'un FN en deuxième position à 25 % ou 27 % serait déjà un énorme score pour lui.

Cela signifie-t-il que les responsables des partis traditionnels jouent à se faire peur ?

Il y a une interrogation et une incertitude due au fait que les sondages sont faits sur des étiquettes partisanes. On ne tient pas compte de l'offre réelle. Ces sondages mesurent donc le potentiel du FN mais imparfaitement ce qui va se produire aux élections départementales. Les candidatures réelles, les effets de notabilisation vont nuancer ce que la mesure sur étiquette produit. Du coup, les partis politiques sont dans le flou. Ils ne peuvent véritablement situer le point d'atterrissage du Front national. Je ne pense pas qu'on joue volontairement à se faire peur, mais il y a une interrogation sur le point d'atterrissage final du FN. Concernant les élections départementales de mars prochain, c'est plutôt l'UMP et l'UDI qui devraient être en tête et confirmer, au second tour, une victoire attendue.

Le FN prétend être le « premier parti de France ». Ne serait-ce pas plutôt l'abstention ?

On le dit souvent et l'abstention progresse. Mais je réfute malgré tout l'idée que l'abstention serait le premier parti de France. Derrière l'abstention, il y a des motivations et des profils très différents. Quand vous votez pour un parti politique, vous avez des choses en commun avec les électeurs qui votent comme vous. Le seul point commun entre les abstentionnistes c'est qu'ils réfutent l'utilité du vote. Mais c'est pour des raisons qui peuvent être extrêmement différentes. Les abstentionnistes ne constituent donc pas un parti au sens où les électeurs UMP, FN ou PS expriment, eux, un vote partisan. Parler d'un parti abstentionniste est un abus de langage. Il y a, en revanche, une réalité très forte : l'abstention sera très forte pour les élections départementales, et moins d'un électeur sur deux ira probablement voter à cette occasion.

Article de Philippe Reinhard pour Le Télégramme

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