Génération précaire - 4 jeunes Européens sur 10 ont peur de tomber dans la pauvreté

Les moins de 30 ans sont nombreux à appréhender le chômage, les emplois précaires, à dépendre de leurs parents et à se priver d'une bonne alimentation. Amandine Lama, de notre département Politique et Opinion Public Affairs, décrypte cette tendance pour le Huffington Post.

Propos recueillis par le Huffington Post

Il y a un mois, Emmanuel Macron présentait son plan pauvreté. Avec un objectif : enrayer la mécanique implacable de reproduction des inégalités, en permettant à ceux qui se trouvent « piégés » dans un état de pauvreté du fait de leur milieu social d’origine ; de sortir de la précarité et d’ainsi s’émanciper des déterminismes sociaux. Mais pour de nombreux jeunes aujourd’hui, bien plus que le souhait d’échapper à leur condition sociale, c’est la confrontation à un risque important de basculer dans la pauvreté qui domine.

Alors que le rapport de l’Observatoire des Inégalités paru la semaine dernière vient rappeler que les jeunes de moins de 30 ans figurent parmi les plus touchés par la pauvreté, une enquête réalisée par Ipsos pour le Secours Populaire auprès des jeunes Européens[1] et qui paraît aujourd’hui montre en effet que 4 jeunes sur 10 estiment qu’il y a un risque important qu’ils basculent dans une situation de précarité ou de pauvreté dans les mois qui viennent. Ils sont même 44% à le penser en France, 56% en Italie où l’inquiétude est la plus élevée, bien plus qu’en Grande-Bretagne (32%) ou en Pologne (28%).

La corrélation avec le taux de chômage des jeunes dans ces pays est évidente : le taux de chômage des moins de 25 ans est de 31% en Italie, de 20% en France, 11% au Royaume-Uni et de 9% seulement en Pologne. D’ailleurs, les jeunes demandeurs d’emploi sont (sans surprise mais le chiffre n’en reste pas moins frappant) les plus convaincus (61% d’entre eux) d’avoir un risque important de basculer dans la pauvreté dans les prochains mois.

Si le chômage reste le principal obstacle à la confiance des jeunes dans leur avenir, obtenir un emploi ne signe pas toujours la fin des ennuis. L’Observatoire des Inégalités comme notre enquête rappellent à quel point les jeunes sont concernés par les contrats précaires, qui ne suffisent pas à stabiliser leur situation financière, et peuvent parfois mettre en péril les études qu’ils sont destinés à financer. 82% des jeunes Européens interrogés par Ipsos disent en effet travailler pour subvenir à leurs besoins (72% des étudiants). Parmi eux, une majorité connaît les petits boulots (53%).

La conséquence de cette précarité de l’emploi est claire : elle ne permet plus de quitter sa propre famille, sans même parler de s’émanciper de sa condition sociale d’origine. Plus de deux jeunes Européens sur trois déclarent devoir aujourd’hui demander de l’aide à leurs parents pour subvenir à leurs besoins. Ils sont une large majorité d’étudiants et de jeunes demandeurs d’emploi à le faire, mais aussi de jeunes actifs (56%), particulièrement lorsqu’ils travaillent à temps partiel (66%), mais aussi à temps plein (51%).

Ces solidarités familiales sur lesquelles les jeunes sont obligés de compter peuvent prendre aussi la forme d’un hébergement (50% des jeunes Européens interrogés par Ipsos sont logés à titre gratuit par leur famille, jusqu’à 60% en Italie et 55% en Pologne). Le fameux syndrome italien des jeunes obligés de rester chez eux jusqu’à un âge avancé s’est répandu en Europe. Certains pays européens n’ont d’ailleurs pas hésité à promouvoir des politiques encourageant les jeunes à rester chez leurs parents (Royaume-Uni, Allemagne, Danemark ou Pays-Bas), au risque de freiner leur autonomisation sociale.

Au-delà de la question de l’émancipation familiale, les difficultés au quotidien sont sans appel. Quand dans certains pays européens les jeunes consacrent jusqu’à 40% de leurs revenus à leur logement, la variable d’ajustement est trop souvent l’alimentation, au risque de mettre en péril sa santé. 42% des jeunes Européens interrogés par Ipsos indiquent ainsi avoir rencontré au cours de l’année des difficultés importantes pour se procurer une alimentation saine et équilibrée (46% en France et même 50% en Grande-Bretagne).

Face à la précarité et à la pauvreté, le diplôme reste le bouclier le plus efficace (si 20% des jeunes sont au chômage 3 ans après la sortie de formation, c’est le cas de 50% des jeunes sans diplôme – et de 10% des Bac+5 - Consultez ici). Il n’est malheureusement pas toujours suffisant aux yeux des jeunes issus des catégories socioprofessionnelles les plus fragiles[2] : seuls 47% des jeunes issus de milieu modeste considèrent que l’ascenseur social fonctionne en France, contre 60% de ceux issus d’un milieu favorisé. Une résignation telle qu’un jeune sur deux diplômé du supérieur long et issu de milieu modeste, déclare que s’il trouve ou a un emploi stable, il est prêt à le conserver même s’il ne s’y épanouit pas, contre seulement 33% des Bac+3 et plus issu de milieu favorisé.

Pour permettre de briser la spirale de reproduction des inégalités sociales, encore faut-il permettre aux jeunes de croire à nouveau en leur avenir. C’est justement l’objet du Festival des solidarités qui se tiendra à Bruxelles du 19 au 21 octobre prochains et au cours duquel le Secours Populaire organisera une mobilisation de la jeunesse européenne à travers des rencontres et des échanges visant à construire ensemble une action solidaire et efficace contre la précarité en Europe.

Consultez l'enquête complète du Secours Populaire


[1] Enquête réalisée par Ipsos pour le Secours Populaire à l’occasion du Festival des Solidarités, auprès de 2500 jeunes âgés de 15 à 25 ans, interrogés par internet du 20 septembre au 8 octobre 2018. Dans chacun des pays sondés, un échantillon représentatif de la population des 15-25 ans a été interrogé (méthode des quotas) : 1000 personnes en France, 500 en Grande-Bretagne, 500 en Italie et 500 en Pologne.
[2] Selon une enquête Ipsos réalisée pour l’Association Nos Quartiers ont des Talents en Octobre 2017 auprès d’une échantillon représentatif de 1000 jeunes âgés de 18 à 30 ans. 

Auteur(s)

  • Amandine Lama - Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
    Amandine Lama
    Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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