La France au défi de la mobilité sociale : pessimisme, notamment pour les retraites.

Lors de la réunion annuelle de Davos, Ipsos et le World Economic Forum dévoilaient le rapport Global Perceptions of Social Mobility. Cette étude se concentrant sur le regard porté par les populations de 33 pays sur l'avenir révèle un contraste frappant entre l'optimisme des marchés émergeants et le pessimisme plus marqué des économies matures. En France, la population dresse un portrait globalement sombre de l'avenir.

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre
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Selon l'OCDE, il faudrait en France cent-quatre-vingts années, six générations, pour qu'une famille pauvre atteigne le revenu moyen. Gabriela Ramos, conseillère spéciale auprès du secrétaire général de l’OCDE, l’affirmait dès 2018 : « Il n'y a plus de mobilité sociale dans les pays de l'OCDE : les revenus, la profession, le niveau d'éducation se transmettent d'une génération à l'autre. »

Deux ans plus tard, l’étude internationale réalisée par Ipsos pour le World Economic Forum confirme le pessimisme plus marqué des économies matures par rapport à l’optimisme des pays émergents.

Un emploi stable et des perspectives de carrière, assez d’argent pour vivre confortablement, en activité ou à la retraite, se sentir en sécurité, être propriétaire, accéder à l’éducation, à l’information et aux loisirs, voyager et découvrir le monde, voilà quelques critères qui permettent d’affirmer un progrès de la qualité de vie par rapport à la génération précédente.

Sur presque tous ces éléments, les Français expriment le point de vue le plus négatif, que ce soit en comparant leur vie actuelle avec cette de leurs parents ou celles des jeunes générations avec la leur. Autrement dit, ils révèlent la perception d’une situation de plus en plus dégradée, sauf sur des sujets comme l’information, les loisirs ou les voyages, mais avec des scores très en-dessous des autres pays, notamment émergents.

64% des Français estiment que leur vie professionnelle sera moins bonne que celle de leurs parents, 58% que leur pouvoir d’achat sera moins fort, 51% qu’ils vivront avec moins de sécurité. Certes, on note un léger mieux depuis 2016 (date de la première vague de l’étude Ipsos) sur l’emploi (+5%), les perspectives de carrière (+6%), mais les chiffres ne progressent pas sur le pouvoir d’achat et régressent sur l’accès à la propriété ou les possibilités de voyager (-9%).

On notera que si les Français sont moins nombreux qu’en 2016 à penser que leurs enfants vivront dans un climat d’insécurité générale, que ce soit sur le plan de la criminalité ou de la stabilité de l’emploi, les préoccupations restent majeures quand il est question d’envisager l’avenir des jeunes générations, et continuent de montrer une France particulièrement pessimiste par rapport aux autres pays.

En ce qui concerne les retraites, 66 % des Français pensent qu’il sera plus difficile pour eux que pour leurs parents de la vivre confortablement, et pire encore 72 % pensent que cela sera plus difficile pour les jeunes d’aujourd’hui…plaçant ainsi la France parmi les plus pessimistes pour les jeunes parmi les 33 pays mesurés, aux côtés de l’Italie (71 %) et de la Hongrie (74%).

A l’inverse, parmi les pays dans le vert, la Chine, l’Inde, le Pérou ou les Philippines se projettent dans un mieux-vivre dans tous les domaines.

Ces résultats, notamment à l’égard de la perception du pouvoir d’achat et des retraites, sont cohérents avec les inquiétudes profondes suscitées par la réforme des régimes de retraite, sur fond de crainte d’un futur fait de déclassement et de vulnérabilité.  


Fiche technique : enquête menée du 22 novembre au 31 décembre 2019 auprès de 22 285 adultes âgés entre 18 et 74 ans aux Etats-Unis, Canada, Malaisie, Afrique du Sud, Singapour, Israël, Hong-Kong et Turquie et âgés entre 16 et 74 ans dans 25 autres pays via la plateforme en ligne d’Ipsos Global Advisor.

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  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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