Municipales 2026 | Edito | Brice Teinturier
Municipales 2026 | Edito | Brice Teinturier

Municipales 2026 : entre abstention record au 1er tour et recomposition politique, l’analyse de Brice Teinturier

Chaque semaine, un expert de l'opinion Ipsos bva décrypte la campagne et analyse les dynamiques à l’œuvre. Cette semaine, Brice Teinturier, Directeur général délégué d'Ipsos bva et Président du Pôle Société revient sur les faits marquants du premier tour de ces élections municipales 2026 et les perspectives à 48h du second tour.

Participation : que retenir du premier tour des Municipales 2026 ?

Malgré l’emballement compréhensible de commentateurs désireux d’extrapoler à l’issue du 1er tour des élections municipales 2026 le résultat final et de dresser le tableau des gagnants et des perdants, rappelons que le tour décisif est bien le second tour ! C’est lui et uniquement lui qui permettra de dire objectivement, en fonction du solde pour chaque formation des villes conquises et perdues, quelle est ou quelles sont les formations gagnantes là où le Maire n’a pas été élu dès le 1er tour (ce qui est le cas dans 7% des communes). 

L’analyse devra se porter tout particulièrement sur les villes de plus de 10 000 habitants et plus, avec un focus particulier sur les 30 000 et plus et les 100 000 et plus, dont nous avons déjà dit qu’elles obéissaient à un modèle différent des autres villes : hyper personnalisées, beaucoup plus politisées, et dans lesquelles le bilan perçu du Maire sortant se partage à 50/50 entre jugements positifs et négatifs, aboutissant à un souhait de renouvellement bien plus important que dans les autres communes. Le scrutin du 15 mars ayant confirmé ces éléments, ainsi qu’une participation annoncée historiquement faible (57,2%), quels sont les principaux enseignements du 1er tour, les faits marquants de l’entre-deux-tours et les enjeux du second ?

Une abstention record lors du scrutin du 15 mars

Les causes de la très faible participation au 1er tour (57,2%, record historique hormis le cas particulier de 2020) sont au nombre de 4 principales :

  • De nombreux évènements qui ont saturé l’espace médiatique au détriment de la couverture de la campagne électorale : la mort de Quentin Deranque et les violentes polémiques sur la responsabilité de LFI ; les nouvelles polémiques suite aux propos de Jean-Luc Mélenchon sur les noms de certaines personnalités aux consonances juives, venant s’ajouter à une longue liste d’allusions de ce type ; et enfin, la guerre en Iran.
  • Une crise du politique de plus en plus forte : effondrement de l’image des représentants politiques, augmentation de leur supposée corruption, instabilité et incapacité à se mettre d’accord à l’Assemblée nationale... Dans l’enquête Ipsos bva et son partenaire CESI école d’Ingénieurs, les émotions négatives suscitées par la politique - déception, dégoût, colère – se situent à 81%, en augmentation de 16 points par rapport à 2014…
  • Le sentiment chez les abstentionnistes interrogés que ces élections ne changent rien à leur vie quotidienne (31%), ou que les résultats sont dans leur commune connus d’avance et que leur vote n’y changera rien (31%) ou encore, qu’aucune liste ou candidat ne leur plait (29%).  
  • Enfin, la difficulté à se mobiliser pour sanctionner le pouvoir en place puisque Emmanuel Macron ne pourra se représenter en 2027 et qu’il y a très peu d’exécutifs locaux émanant de cette famille politique.

Dans de nombreuses grandes villes toutefois, et c’est l’autre phénomène marquant, la participation a en réalité été supérieure à celle de 2014, confirmant que lorsqu’il y a de l’enjeu, les électeurs se mobilisent de façon parfois spectaculaire. Ainsi, dans les villes de plus de 100 000 habitants, elle a progressé par rapport à 2014 : 55,1% contre 53,9%, soit +1,2 points. Et dans les villes de 30 000 à 99 999 habitants, elle baisse par rapport à 2014 de 3,8 points seulement (51,5% contre 55,3%, soit bien moins que la baisse sur l’ensemble de la population (-6 points).

Ce phénomène de relative bonne mobilisation dans les grandes villes est par exemple observable à Besançon (57,1% contre 54,1 en 2014, + 3 points), Lille (52% contre 47,4%, +4,5), Rennes (58,3% contre 52,8%, +5,5), Toulon (55,2 contre 52,2, +3), Bordeaux (58%, + 2,7), Lyon (64,5%, + 8,4), Nantes (60,3%, + 5,8), Paris (58,9%, +2,6), Strasbourg (57,6%, + 8) ou Toulouse (55,7, + 3,5). En revanche, là où les électeurs ont le sentiment que les choses sont jouées d’avance, la participation baisse : Calais, (50,6%, -5,5) ou Perpignan (47,7%, -9,3), deux villes où de fait les maires ont été reconduits dès le 1er tour.

Dans de nombreuses grandes villes toutefois, et c’est l’autre phénomène marquant, la participation a en réalité été supérieure à celle de 2014, confirmant que lorsqu’il y a de l’enjeu, les électeurs se mobilisent de façon parfois spectaculaire.

Dans des villes conquises par la France Insoumise (Saint-Denis) ou en voie de l’être (Roubaix), la participation reste très faible, respectivement 42,8% et 37,6% mais elle progresse légèrement malgré tout, signe peut-être que le travail de mobilisation de LFI a, mais très partiellement, opéré : respectivement + 1 point à Saint-Denis et + 0,8 points à Roubaix.

Enfin, il existe comme toujours quelques contre-exemples parfois surprenants, comme à Nice (53,6%, -0,6 points), Marseille (52,2, -1,4 point), ou encore Montpellier (50,4%, - 2,3 points).

Ce phénomène de mobilisation dans les grandes villes est d’autant plus important que traditionnellement, les villes de plus de 30 000 habitants se situent plutôt 8 points en dessous de la moyenne nationale et celles de plus de 100 000 habitants 10 à 12 points en dessous. Cette fois-ci, il y a resserrement de l’écart grandes villes / petites villes.

Le nouveau mode de scrutin, interdisant notamment les panachages, a donc incontestablement contribué à l’augmentation de l’abstention sans qu’il faille en faire, compte tenu des volumes des populations concernées, une explication majeure. Toutefois, sans possibilité de panachage et face à une seule liste, des électeurs ont pu légitiment considérer que l’utilité de leur vote était nulle.

Cette réduction de l’écart est également dû à la sous-mobilisation des petites villes et notamment, celles de moins de 1000 habitants (soit 15% de la population), la participation passant ici de 75% en 2014 à 64% en 2026 (-11 points). Le nouveau mode de scrutin, interdisant notamment les panachages (rayer et remplacer un nom par un autre figurant sur une autre liste), a donc incontestablement contribué à l’augmentation de l’abstention sans qu’il faille en faire, compte tenu des volumes des populations concernées, une explication majeure. Toutefois, sans possibilité de panachage et face à une seule liste, des électeurs ont pu légitiment considérer que l’utilité de leur vote était nulle. Le nouveau mode de scrutin dans les plus petites villes pose également un problème démocratique puisque dans les conseils municipaux élus sur la base d’une seule liste, soit 23 677 communes, il n’y aura donc aucun élu d’une autre sensibilité, ce que les panachages permettaient, et donc absolument aucune représentation de voix discordantes ou issues d’une autre liste au sein des nouveaux conseils municipaux.

Enfin, comme le montre le tableau ci-dessous et indépendamment des phénomènes décrits ci-dessus sur la taille de la commune, c’est bien la question de l’enjeu qui reste déterminante. Dans les petites villes comme dans les grandes, la participation au 1er tour est systématiquement plus élevée dans celles où il y a un second tour (données INSEE retravaillées par Elodie Rivoalan, Ipsos bva)

Municipales 2026 : la participation selon la taille de la commune
Données INSEE retravaillées par Ipsos bva

 

Les autres faits marquant du 1er tour des Municipales 2026

Incontestablement, la percée de la France Insoumise. Mais il s’agit moins de ses résultats au 1er tour, dont on verra s’ils se transforment au second et à quel niveau, que dans la pression exercée sur le PS et l’infléchissement, dans les paroles et les faits, de sa ligne officielle.

Dans de nombreuses villes et pas des moindres, les listes de gauche, PS ou écologistes mais majoritairement PS ont fini par passer un accord avec La France Insoumise et ont fusionné. C’est le cas à Toulouse, Nantes, Clermont-Ferrand, Grenoble, Besançon, Lyon (écologistes et FI), Limoges, Brest, Avignon, La Courneuve (PC et LFI) et Strasbourg (écologistes et LFI). Soulignons qu’il ne s’agit là aucunement de faire barrage au RN mais uniquement de préserver des sortants dans des villes de gauche face à une liste de droite ou d’espérer en (re)conquérir, comme à Limoges. 

Quelques paradoxes : à Nice, la liste PS/les écologistes, arrivée en troisième position, refuse de se retirer, renforçant ainsi la possible victoire de la liste Ciotti, allié du RN. À Strasbourg, Catherine Trautman, PS, en passe de reconquérir la ville, est exclue du PS en raison de son alliance avec la liste Horizon tandis que la maire sortante écologiste s’allie avec la France Insoumise. Enfin, à Marseille, c’est finalement la liste LFI conduite par Sébastien Delogu qui se retire face au risque d’une bascule de la ville vers le RN, permettant à la France Insoumise de donner des leçons de responsabilité au PS. Et ce alors même que la France insoumise se maintient à Paris, ouvrant davantage de possibilités à Rachida Dati !

Dans l’enquête « Comprendre le vote des Français » réalisée par Ipsos bva et son partenaire CESI École d'ingénieurs, 36% seulement des sympathisants PS se déclaraient favorables à une alliance avec LFI. Il s’agira donc de savoir, après ces fusions, si l’on mesure une déperdition des électeurs PS dans les villes où elles ont eu lieu ou si, finalement, ils ont validé dans les urnes ces accords. De même, l’enjeu sera de déterminer si la contradiction entre la ligne nationale officielle refusant tout accord et les réalités locales, justifiées par le premier secrétaire Olivier Faure, laisse des traces pour l’avenir ou si les électeurs acceptent de distinguer à ce point le local et le national.

Dans un rapide résumé des faits marquants de l’entre-deux-tours, on notera encore que Bruno Retailleau a redit son opposition à des accords et des fusions avec LFI et le RN, ce qui est globalement le cas à l’issue du 1er tour, tout en désignant la France Insoumise comme son adversaire prioritaire. Une position claire…et encore un peu ambigüe. De même, avant de corriger sa déclaration, il a refusé de soutenir Christian Estrosi à Nice en dépit d’un accord national avec Horizon.  

Rappelons que toujours dans notre enquête « Comprendre le vote des Français », 64% des sympathisants LR sont favorables à un accord avec le RN (et 69% avec le bloc central). Il s’agira donc de suivre dans le temps l’évolution ou pas de ces souhaits à l’issue des résultats du second tour.

Enfin, l’enjeu du RN, qui a progressé au 1er tour et aura, comme la France Insoumise, des conseillers municipaux en nombre accru (ainsi que davantage de villes déjà conquises dès le 1er tour), est de conquérir une grande ville (Marseille, Toulon, Nimes…) afin de prouver que son plafond de verre s’abaisse. Ce qui, au vu des résultats du 1er tour, est loin d’être acquis.

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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)

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