Présidentielle 2022 : plus d’un jeune sur deux estime que ses préoccupations ne sont pas prises en compte dans les débats de la campagne électorale

Les jeunes et l'élection présidentielle : Quel est leur état d'esprit ? Quel rapport entretiennent-ils avec la politique ? Quelles sont leurs attentes ?

Une jeunesse précaire, fragilisée par la crise sanitaire et économique

La crise sanitaire liée à la Covid-19, rapidement devenue économique et sociale, a profondément impacté les jeunes. Qu’ils et elles soient jeunes actifs, étudiants ou en recherche d’emploi, c’est près de trois quarts (72%) d’entre elles et eux qui déclaraient avoir rencontré des difficultés financières l’année passée. (Ipsos – FAGE 2021).

Les conséquences se font fortement ressentir puisque concernant l’alimentation, c’est plus d’1 jeune sur 2 qui rencontre des difficultés pour se procurer une alimentation saine et équilibrée, soit 11 points de plus en dix ans. Le logement n’est pas sans reste : premier vecteur d’accès à l’autonomie des jeunes, il constitue également leur premier poste de dépense et c’est aujourd’hui 1 jeune sur deux qui déclare avoir des difficultés concernant le paiement de son loyer ou les charges de son logement. La santé mentale des jeunes est également en sérieux déclin. En effet, 60% des jeunes se sentent épuisés, 58% sont nerveux et 20% d’entre elles et eux cumulent ces ressentis avec de l’anxiété, de l’irritabilité et de la tristesse. Trois quarts d’entre elles et eux se déclaraient avoir été affectés au niveau psychologique, affectif ou physique lors de la crise sanitaire. Plus du quart d’entre elles et eux (27%) déclaraient également avoir eu des pensées suicidaires.

En 2022, 46% des jeunes déclarent avoir des difficultés à payer pour certains actes médicaux, soit 8 points de plus que l’année passée. L’accès aux soins demeure une grande difficulté et ne cesse par ailleurs d’augmenter

Cependant, malgré ces difficultés, les jeunes gardent confiance en elles et eux, 76% se déclarent optimistes quant à leur propre avenir.

Leurs perception de la société

Si la jeunesse se montre plutôt optimiste envers son propre avenir, cela contraste fortement avec la vision qu‘elle a de la société française puisque seulement 44% des jeunes sont optimistes vis-à-vis de celle-ci. C’est alors plus d’un tiers des jeunes qui juge à ce jour que la société française est trop malhonnête (38%), trop inégalitaire (37%) et trop centrée sur l’argent (32%).

Concernant la confiance dans les corps intermédiaires et dans la société civile, les jeunes accordent globalement leur confiance dans les institutions publiques tels que les hôpitaux, l’école, mais restent à l’inverse méfiants envers les organismes privés comme les grandes entreprises ou encore les banques.

Le flot de sources d’informations diverses et variées peine à apporter aux jeunes une réponse claire et vérifiée : 71% d’entre eux ressentent une méfiance forte envers les médias et réseaux sociaux, et 78% envers les partis politiques.

Une jeunesse avec des préoccupations distinctes et clairement identifiées

Le pouvoir d’achat

Si les préoccupations liées au pouvoir d’achat sont largement partagées par l’ensemble des français, 33% des jeunes estiment qu’il s’agit d’une de leurs principales inquiétudes. Cette priorité s’explique par sa corrélation directe et concrète à la précarité souvent devenue pauvreté que connaissent un grand nombre de jeunes.

En second lieu, le logement est représenté comme principale préoccupation pour 12% d’entre eux.

1 jeune sur 5 estime que la crise économique et financière est sa principale préoccupation actuelle, celle-ci ayant considérablement développé leurs difficultés quotidiennes, qu’elles soient financières, professionnelles, sociales, mentales.

L’environnement

Malgré les difficultés que connaissent les jeunes sur des aspects sociaux et économiques, ces derniers accordent une grande importance au climat et à l’environnement et près d’un tiers d’entre eux (32%) estiment qu’il s’agit de leur principale préoccupation.

A ce jour, plus de 8 jeunes sur 10 pensent que si les choses continuent sur le même rythme, les catastrophes écologiques vont se multiplier et affirment ainsi que revoir complètement notre système économique et social est nécessaire afin de résoudre cette crise. Une large majorité des jeunes (73%) sont prêts à renoncer à une partie de leur confort matériel pour empêcher la disparition des espèces en danger.

Les inégalités sociales

Définies comme des différences dans l’accès à des ressources sociales rares et valorisées, les inégalités sociales sont reconnues par la jeunesse française comme vectrices de précarité et d’instabilité en France. Ainsi, 28% des jeunes estiment que ces inégalités sociales font partie de leurs principales préoccupations actuelles. Ces inégalités revêtent différentes formes et touchent plusieurs aspects de la vie quotidienne comme l’accès à l'enseignement supérieur, au logement, à la santé ou encore à l’emploi. Ainsi, 82% des jeunes interrogés pensent que l’Etat devrait faire plus pour lutter contre les inégalités.

Une jeunesse prête à se faire entendre en 2022

Une jeunesse qui ne se sent pas assez écoutée

A l’approche des élections présidentielle et législatives, cette période charnière est marquée par un décalage entre les priorités mises en avant dans le débat public et les priorités de la jeunesse pour ces élections : c’est en effet plus d’1 jeune sur 2 qui pense que ses préoccupations ne sont pas prises en compte dans les débats de la campagne électorale actuelle.

Pourtant présentée comme la grande cause du quinquennat, 68% des jeunes pensent que le sujet de la lutte contre les violences faites aux femmes n’est pas assez pris en compte dans le débat public.

Aujourd'hui, ce sont 66% des jeunes qui estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas assez de notre génération. Aux dernières élections régionales, les électeurs de plus de 65 ans ont pesé 1,5 fois leur poids démographique dans les urnes quand la moitié des moins de 35 ans, en âge de voter, ne se sont pas exprimés.

Mais qui se dit prête à se déplacer aux urnes

Aujourd’hui, seul 1 jeune sur 2 déclare savoir que se tiennent les élections législatives en juin 2022. Malgré cette rupture entre les jeunes et les politiques, la jeunesse se dit prête à se déplacer aux urnes : 8 jeunes sur 10 ont l'intention d’aller voter, un chiffre qui reste cependant à nuancer puisque seulement 49% des jeunes se disent certains d’aller voter. Une grande majorité (63%) pense que voter est le meilleur moyen de changer les choses. Globalement, l’intérêt pour la campagne électorale actuelle est mitigé chez les moins de 30 ans, mais particulièrement marqué chez les étudiants

Même si leur intention de vote demeure moins élevée que pour les étudiants, les jeunes à la recherche d’un emploi se disent pour 71% d’entre elles et eux prêts à aller voter. Les jeunes sont donc un public qui se sent peu écouté, mais qui reste convaincu qu’il est important d’exprimer son avis à travers le vote lors de la prochaine élection présidentielle.

37% des jeunes considèrent que le pouvoir d’achat est l’un des thèmes qui pourra les inciter à choisir un candidat plutôt qu’un autre. Viennent à la suite les sujets du climat et de l’environnement qui seront décisifs dans le vote des jeunes : pour 32% d’entre eux, le climat et l’environnement sont l’un des thèmes qui pourra les inciter à choisir un candidat plutôt qu’un autre. Ce ressenti est d’autant plus fort quand on regarde de plus près cette question pour les étudiants qui sont près de 39% à voir ce sujet comme déterminant.

Si la santé n'apparaît pas dans les précédentes préoccupations, elle représente cependant la 3ème thématique la plus importante aux yeux des jeunes qui pourraient les inciter à choisir un candidat plutôt qu’un autre.

Enfin, le troisième sujet prioritaire chez les jeunes pour cette campagne est la santé puisqu’ils sont 30% à considérer la santé comme l’un des thèmes qui pourra les inciter à choisir.


Fiche technique : Echantillon national représentatif des 18-30 ans, 2 007 répondants. Sondage en ligne réalisé du 11 au 20 janvier 2022 via l’Access Panel Online d’Ipsos.

Auteur(s)

  • Amélie Marmuse
    Chargée d'études Senior, Public Affairs
  • Adeline Merceron
    Responsable d'activité santé - Département Public Affairs
  • Etienne Mercier
    Etienne Mercier
    Directeur Opinion et Santé - Public Affairs

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