Saga de l'été 2025 - Épisode 1 : Un irrésistible désir de vacances.

Cette année, 82% des Français avaient l’intention de partir cet été, soit le taux le plus élevé enregistré depuis 2015 par le Baromètre des vacances Europ Assistance[1] qui analyse les tendances dans vingt-trois pays (Europe, Amérique du Nord, Moyen Orient, Asie, et Océanie). C’est la première fois qu’ils sont aussi nombreux (35%) à considérer que les vacances d’été idéales seraient à l’étranger (+8 pts Vs. 2024), l’Italie et le Portugal restant les destinations privilégiées hors de l’Hexagone. Pourquoi cet appétit ? Les participants de ConnectLive[2], la communauté on line d’Ipsos, nous aident à répondre.

Échapper à la pression

Le désir de vacances est proportionnel aux pressions psychologiques, financières, professionnelles, etc., qui pèsent sur les Français depuis des années. Elles n’avaient peut-être jamais été aussi lourdes dans un contexte où 86% d’entre eux jugent aujourd’hui que la France va dans la mauvaise direction et où ils sont dominés par de multiples inquiétudes : criminalité et violence, inflation, système de santé, contrôle des flux migratoires, hausses d’impôts et inégalités sociales[3].

saga de l'été

Ces vacances d’été 2025 ont donc une double fonction, soupape et antidote, qui s’exprime comme jamais dans les témoignages et que résume un verbatim à lui seul : « c’est LE moment de tout oublier et de juste se recentrer sur le plaisir… On a tellement une vie sans pause le reste de l’année que ces vacances nous permettent de dire stop aux réunions, rendez-vous, etc. Et de juste profiter ! ». Elles incarnent à peu près tout ce que le reste de l’année n’est pas, notamment à Paris et dans les grandes villes au nord de la Loire : « soleil, chaleur, repos, visites touristiques, océan, marée, fruit de mer, apéro, pétanque, barbecue, rire, joie, piscine, jeux ». C’est dire la pénibilité des réalités quotidiennes et du climat ambiant tout le reste de l’année alors que la santé mentale a été désignée Grande cause nationale pour l’année 2025 en France et que le Baromètre Qualisocial – Ipsos 2025 montre que 25% des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale, en particulier les femmes (29% contre 21% des hommes).

Le rapport à l’information est un autre indice révélateur de ce désir de s’évader des contraintes et des pressions (« Je coupe avec tout ça, pas envie de plomber cette parenthèse »), même si les incertitudes sur l’actualité économique font planer leur ombre sur la rentrée : « Je suis toujours attentive aux infos, surtout depuis le discours de Bayrou et les restrictions que l'on va avoir ».

Les vacances n’échappent pas non plus aux problématiques budgétaires et trois attitudes en découlent : ne pas partir du tout, partir mais en restant prudent sur ses dépenses, partir avec en tête de se faire plaisir le plus possible.

Trois approches de l'été

Renoncer ou décaler. 

Les premiers ont fait une croix sur les vacances d’été depuis plusieurs années ou partent hors saison, « faute de moyens financiers, pas de vacances hors de la maison » ou « à cause des prix stratosphériques ». Le sentiment d’un décalage complet entre le budget à consacrer à l’hôtellerie et à la restauration traditionnelles et les ressources réelles de la plupart des Français n’est pas étranger à la recherche d’alternatives et à une certaine rancœur : « On a l’impression qu’ils vivent sur une autre planète tellement ils augmentent les prix chaque année ».

Dépenser.

 Les deuxièmes pratiquent un hédonisme actif, fidèles à Georges Bataille pour qui « la dépense est la seule façon de lutter contre l’angoisse de la mort[4] » en se connectant à l’énergie vitale de l’univers, l’Eros. Pour y arriver, certains économisent pendant des mois avant leur départ avec la ferme intention de « profiter de chaque instant, saisir l'occasion de sortir, partager et ne pas compter ».

Gérer. 

Les troisièmes – les plus nombreux – ont mis au point une culture de l’arbitrage. Ils raisonnent en termes de dépenses inévitables (carburant, transports, péages, etc.), d’équilibre entre dépenses contraintes mais compressibles (nuitées, nourriture et boissons, achats de souvenirs…) et réelles dépenses-plaisir liées à la promesse d’expériences et d’émotions particulières (visites de monuments ou d’expositions, spectacles, concerts, sorties dans un restaurant gastronomique, découverte d’un sport, sortie en mer, etc.).

Ils cherchent des bons plans (promotions, offres spéciales, cashback pour les hôtels) et voient dans Internet un comparateur de prix parfait pour libérer de la trésorerie : « J’ai préparé mes vacances depuis un moment afin de pouvoir profiter au maximum. J’ai ainsi organisé mon emploi du temps et comment occuper les enfants. Je finance mes vacances avec un budget que j’ai préparé durant toute l’année et j’essaye de m’y tenir sans déborder. J’essaye également de repérer les bons plans afin de ne pas trop dépenser et d’optimiser avant de partir sur certaines promotions et même sur les activités en prenant des bons Groupons afin d’optimiser mon budget ». Chèques-vacances ou CNAS[5] constituent ici des aides précieuses.

C’est aussi la nouvelle clientèle des campings et des mobil homes qui entend bien user au maximum des activités gratuites, s’immerger dans la nature, partager des moments en famille « loin de la foule », « découvrir de nouvelles régions », « aller à la montagne pour trouver la fraîcheur », « profiter de la plage et des marchés », « faire un ou deux restos maxi et une glace de temps en temps ».

On notera que dans le pays qui compte le plus de résidences secondaires au monde (3,7 millions et près d’un ménage sur cinq), trouver un hébergement gratuit ou savamment négocié n’est pas impensable : « L'échange de maison fait qu'on ne paye pas de logement et la nourriture, on l’a aussi à la maison. Restent tous les petits plaisirs ». Pour d’autres, « les vacances vont se dérouler comme d'habitude en alternant ma maison à la campagne et ma résidence secondaire au bord de la mer » ; trouver un logement sans payer est même la condition pour partir avec un effet d’aubaine irrésistible : « Cette année j'ai la chance de pouvoir partir en Bretagne parce qu'un membre de ma famille a acheté une petite maison qu'il met à disposition. Sans ça, en ayant de gros frais imprévus, je n'aurais pas pu partir ! » ; et c’est en effet la Bretagne qui compte le plus de résidences secondaires.

La tentation des vacances est telle cette année que même ceux qui y avaient renoncé à cause de la crise sanitaire ou des hausses des prix depuis mars 2022 ne peuvent pas l’ignorer : « Cela fait cinq ans que nous ne sommes pas partis et le besoin commence à se faire sentir pour se ressourcer et ne pas avoir l'impression de ne travailler que pour payer les factures ; on va regarder les opportunités et profiter d’une offre au dernier moment ».  

L’été est sans doute cette saison idéale pour vivre pleinement, en expansion, dans la lumière, avec comme dit Paul Claudel dans La Cantate à trois voix « Ce soleil qui est entre l’âme et le corps », autrement dit, « le bonheur dans le moment[6]».


Retrouvez tous les épisodes de
notre saga de l'été

Episode 1 - Un irrésistible désir de vacances

Episode 2 - « J’y fus » : le top de l'expérience

Pour en savoir plus sur les communautés Ipsos, contactez Charbel Farhat via le formulaire en bas de page


A propos de cette étude 

[1] Vacances d'été : les projets des Français entre contraintes et désirs
[2] Une communauté engagée de 1 500 membres, disponible 24h/24 et représentative de la population française.
[3] Ipsos I What Worries the World 
[4] La notion de dépense in La Part maudite, Editions de Minuit
[5] Comité National d'Action Sociale
[6] Œuvre poétique, éd. Gallimard, coll. Pléiade.

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