Saga Flair : les jeunes ne sont plus des juniors

Depuis 2006, Flair c’est le point de vue d’Ipsos sur la société, ses valeurs, ses attentes, ses mutations. Jusqu’à la rentrée, Ipsos vous propose 7 épisodes de Flair 2018 : marketing de la nostalgie, intelligences artificielles, millennials, nouvelles beautés, rôle social des marques… tous les sujets de l’actualité sous la loupe de nos experts. Cette semaine, on fait le point sur les jeunes !

Saga Flair : les jeunes ne sont plus des juniors

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center
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Saga Flair 1

 

L’âge du capitaine, voilà une belle histoire aussi, qui fait frémir : 

  • D’angoisse, ceux qui oublient pour se rassurer ces vers du Cid, pourtant appris à l’école :
    Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées
    La valeur n’attend point le nombre des années
  • D’impatience, ceux qui attendent de prendre la barre… 

Le 19 mai 1643, à Rocroi, le duc d’Enghien (22 ans) anéantit l’infanterie espagnole. Le 15 février 1723, Louis XV (14 ans) prend la direction du gouvernement ; à sa mort en 1774, son petit-fils, Louis XVI, lui succède : il a 19 ans. On ne parlera pas de l’âge médian (39 ans) des Maréchaux de Napoléon Ier (Empereur des Français à 35 ans)… 
On se souvient de cette phrase de Jacques Séguéla : « si à 50 on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a quand même raté sa vie ». C’est une vision de la vie comme le thermomètre rend compte de la température : à tel âge, on doit avoir fait telle chose. Ce déterminisme implique donc d’être marié à… ans, divorcé à… ans, remarié à… ans, presbyte à… ans, d’avoir réussi ou n’être rien à… ans, jusqu’à la fin.

 

Faire entrer à l’Élysée un candidat de 39 ans ou donner les clefs de la chancellerie autrichienne à un chef des conservateurs âgé de 31 ans déstabilisa ce système progressif, comme les verres correcteurs à X ans.
L’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République a changé quelque chose dans la représentation de l’autorité et de la compétence. Elle n’a rien du jeunisme, phénomène intemporel ou des kidultes, mais fait intervenir une nouvelle appréhension du monde avec un autre instrument, le baromètre anéroïde. C’est le plus familier, avec son cadran rond, son aiguille qui tourne en fonction de la pression atmosphérique et qui aide notamment à prévoir l’évolution du temps. Passer de l’âge au temps, d’un état donné à une atmosphère, de la norme au possible, est beaucoup plus intéressant et bien plus mobile : tempête, grande pluie, pluie ou vent, variable, beau temps, beau fixe, très sec, rien n’est déterminant ni limité. Photographier des vagues géantes ou rester chez soi à l’abri, tout est ouvert.

 

Avec le baromètre, il n’y a plus de norme ni de règles : âge, compétences, responsabilités sont déconnectés. Voilà qui n’a rien d’étonnant ailleurs ; pour ne citer que lui, Mark Elliot Zuckerberg a 25 quand il crée Facebook en 2004 avec ses camarades de Harvard Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz et Chris Hughes. En France, AccorHotels fait partie des premières entreprises à avoir créé un Shadow Comex des moins de 35 ans.

Le regard de Oana Dancan, chargée d’études sénior chez Ipsos 

C’est quoi, être une Millenials ex Machina (22-29 ans) Vs. une ex Cathedra (30-37 ans), comme les définit le département Trends & Prospective d’Ipsos (étude Millennials 2018) ?

On est des « jouisseurs adaptatifs » : toujours à la recherche de quelque chose de meilleur, d’une manière plus rapide d’avoir des résultats, adoptant toutes les technologies que nous considérons capables d’améliorer notre vie, tout ce qui est nouveau, en fait. Nous sommes assez impatients et enclins à sauter les « étapes », contrairement aux autres générations. Je me suis vraiment retrouvée dans leur analyse !

Le regard sur les « Jeunes » a changé ?

Oui, clairement. Je trouve qu’on apprécie davantage les jeunes. On les considère plus parce qu’ils apportent quelque chose ; contrairement aux générations qui précèdent, ils sont au minimum bilingues, voire biculturels, ils apprennent plus vite, sont plus curieux. Ils ont déjà beaucoup voyagé, ont une vision internationale des choses. De tous les points de vue, ils sont mobiles. Ça veut dire qu’ils raisonnent en options, en opportunités, en « now or never ».

On retrouve nos « Jumpers », comme définis dans Ipsos Flair 2014 !

Il est impossible d’arrêter de jumper : rester, c’est se sentir enfermé. Bien sûr, il y a toujours des jeunes qui cherchent à se poser, une stabilité, pour qui la famille passe avant la carrière. Je pense que c’est à cause de la pression sociale sur le statut et la stabilité. Mais le vrai Jumper est toujours en recherche ! 

Justement, de ton point de vue international, qu’est-ce que tu dirais de la France maintenant ?

C’est un pays toujours attractif, associé à la culture et à la mode, mais cher, et qui a beaucoup perdu depuis les attentats. La France rattrape son retard dans certains domaines, comme l’alimentation bio ou le végétarien, bien plus populaires et meilleur marché en Allemagne. On dirait que le bio est synonyme de mode et de prix élevé en France, alors qu’en Allemagne, on l’associe à une meilleure qualité sans avoir forcément à payer le double… L’autre perception, bien sûr, est que les Français se plaignent tout le temps et ne sont jamais contents, dans la grande consommation peut-être parce qu’ils ont l’impression qu’ils auraient payé moins cher s’ils avaient acheté ailleurs ou un autre jour … En politique, parce qu’ils n’auraient pas dû voter, ou voter pour quelqu’un d’autre. Les Français sont la parfaite incarnation de The Paradox of Choice - Why More Is Less du psychologue américain Barry Schwartz !

Les choses évoluent ?

Oui, le regard change sur le masculin et le féminin, les inégalités reculent peu à peu, avec des responsabilités pour les femmes qui ouvrent des perspectives. Il change aussi sur la question des genres. L’Allemagne a déjà adopté la notion de « 3ème sexe » et la vision sociale des genres évolue, ce qui crée des opportunités commerciales et marketing. Finalement, parce que les religions, entre autres, ne sont plus LE repère, on entre dans un monde du « why not ? ».

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Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center

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