Une crise de la représentation politique plus forte que jamais

Progression des partis dits « populistes », mouvement des Gilets Jaunes, rejet croissant des médias, défiance généralisée aboutissant à une montée du complotisme... Les symptômes d’une rupture de plus en plus forte entre le peuple et les élites sont nombreux dans les démocraties occidentales, et notamment en France.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
  • Benjamin Fishman Chargé d'études, département Public Affairs
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« Les élites » : une notion pas forcément claire, mais un rejet massif

Les Français ne semblent pas avoir une opinion très claire de ce que sont les « élites », ou même de leur existence concrète : ainsi, 77% affirment que cette notion ne « renvoie pas à une réalité concrète » à leurs yeux, un chiffre qui monte même à 81% parmi les employés et les ouvriers, à 87% chez ceux qui ont un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat ou encore à 84% chez les sympathisants RN ou encore, autant de catégories supposément les plus anti-élites. De même, seule une minorité juge que les élites (politiques, économiques, médiatiques...) « forment un groupe qui a des opinions et des intérêts convergents sur un grand nombre d’enjeux importants » (38%), plus de six Français sur dix estimant au contraire qu’elles « ne forment pas spécialement un groupe avec des opinions et des intérêts convergents ».

Pour autant, la fracture entre le peuple et les élites est très nette : plus de huit Français sur dix (85%) estiment que les élites politiques, économiques ou encore médiatiques « ont des intérêts fondamentalement différents de ceux de la grande majorité de la population », une opinion qui est largement majoritaire dans toutes les catégories sociales, générationnelles ou politiques.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les élites traditionnelles soient rejetées. Les Français jugent que ce sont avant tout « les dirigeants politiques » (49%), « les lobbyistes et les membres de groupes de pression » (42%), « les banquiers et les représentants de la finance » (36%) et « les dirigeants des grandes entreprises » (31%) qui ont le plus d’influence sur les décisions importantes qui sont prises en France et dans le monde, loin devant les élites médiatiques, scientifiques ou intellectuelles. Or, ces représentants des élites économiques et politiques sont globalement très mal jugés : 91% des Français ont une mauvaise opinion des lobbyistes, 81% des dirigeants politiques, 73% des banquiers et des représentants de la finance et 56% des dirigeants de grandes entreprises. Et si l’opinion envers « les universitaires » ou « les dirigeants associatifs » est très favorable avec respectivement 77% et 72% de jugements favorables, les Français estiment aussi qu’ils ont peu de pouvoir.

Des élus dont le mode de vie et les préoccupations sont jugés trop éloignés de ceux de la population

Dans ce contexte, le rejet des élites politiques est massif. Parmi les différents élus, seuls 25% des Français se sentent bien représentés par le président de la République, 28% par leurs députés ou encore 34% par leurs conseilleurs départementaux – seuls les maires font exception (60%) grâce à l’imbrication d’un fort ancrage local et d’une réelle proximité.

Ce rejet s’explique avant tout par le sentiment largement partagé que les élus « ont trop de privilèges par rapport aux citoyens ordinaires » (49%) et qu’ils « ne comprennent pas votre vie et vos difficultés » (38%, dont 45% chez les Français qui disent soutenir le mouvement des Gilets Jaunes). C’est donc le sentiment d’un éloignement croissant entre les dirigeants politiques et la population qui explique avant tout le rejet dont les élus font l’objet.

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Fiche technique : enquête Ipsos/Sopra Steria pour Lire La Société menée du 10 au 12 mars 2020 auprès 1000 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française.

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  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
  • Benjamin Fishman Chargé d'études, département Public Affairs

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