1 Français sur 2 estime que ce n’est pas parce qu’un scientifique spécialisé sur un sujet lui démontre un fait scientifique que c’est vrai

Lancé pour sa première édition en octobre 2021, le baromètre « Science et Société » est réalisé par Ipsos, en partenariat avec l’Institut Sapiens. Ce baromètre vise à mesurer la perception et l’opinion qu’ont les Français vis-à-vis de la science et des scientifiques.

Auteur(s)
  • Alice Tétaz Directrice de clientèle, Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Pierre Latrille Directeur d'études, Public Affairs
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En cette rentrée 2022, Ipsos et l’Institut Sapiens dévoilent les résultats de la deuxième vague du Baromètre « Science et Société », deux ans après la première vague d’octobre 2020. Ces deux dernières années ont été marquées par la crise du Covid et le développement des vaccins contre le virus. Cette a crise a vu émerger de nombreux débats sur la capacité de la science et de la technologie à répondre aux enjeux de l’époque et au-delà, sur la croyance dans la parole scientifique.

Les résultats de la deuxième vague du Baromètre « Science et Société » affiche une évolution positive et témoigne d’une amélioration de la confiance en la science, malgré un niveau de méfiance qui reste globalement élevé et un niveau d’adhésion assez préoccupant à des fake-news scientifiques.

Face aux enjeux à venir, les Français placent de plus en plus d’espoirs dans la science

Pour près de ¾ des Français, la science et la technologie sont une source d’espoir face aux problèmes du futur

72% pensent qu’elles apportent des solutions aux problèmes rencontrés aujourd’hui et 70% pensent qu’elles constituent la principale réponse aux grands enjeux contemporains.

Principaux acteurs des découvertes scientifiques, les chercheurs ont d’ailleurs la confiance de la grande majorité des Français pour trouver des solutions aux problèmes de notre époque : 76% font confiance aux chercheurs du secteur public et 68% à ceux du secteur privé.

Mais si les Français considèrent que la science peut permettre de trouver des solutions aux grands enjeux de notre époque, en revanche, ils la perçoivent beaucoup moins comme un gage d’amélioration de leur vie dans le futur. Les espoirs que suscite la science sont aujourd’hui « limités » pour beaucoup de personnes interrogées : seulement 56% des Français estiment que grâce à la science et à la technologie, les générations du futur vivront mieux que celles d’aujourd’hui (un chiffre toutefois en progression de 6 points par rapport à 2020).

Et les Français considèrent en majorité qu’aucun domaine ne doit être interdit à la recherche scientifique : pas plus le nucléaire, que la génétique, les virus ou la génétique

Il n’y a aucun domaine de recherche pour lequel ils souhaitent et considèrent majoritairement qu’il est possible d’arrêter de faire des recherches. Environ ¾ des Français souhaitent qu’on continue à faire des recherches dans le domaine des énergies renouvelables (75%), des vaccins (75%), des virus (73%) ou encore la génétique pour la santé humaine (70%).

Ils considèrent aussi majoritairement qu’il faut continuer à réaliser des travaux de recherche dans les domaines des cellules souches (59%), du nucléaire (55%). Dans un contexte où le nucléaire est revenu au centre de l’attention, la part des Français souhaitant que la recherche sur le nucléaire continue connait une augmentation importante par rapport à 2020 (+7 points). Sur les produits phytosanitaires naturels ou de synthèse aussi, une majorité de Français souhaite que la recherche poursuive ses travaux. (51%). Certains domaines sont soutenus plus difficilement, c’est le cas de la génétique dans le domaine des plantes (49% souhaitent qu’on continue les recherches et 18% voudraient qu’on arrête les recherches mais considèrent que ce n’est pas possible).

Leur confiance dans la science semble même aller au-delà : les ¾ des personnes interrogées estiment que si certaines innovations peuvent par ailleurs comporter des risques pour les populations, il faut toutefois développer ces innovations en mettant en place des mesures pour limiter les risques (74%).

Bien qu’elle soit une source d’espoir, la science suscite toujours la méfiance de presque 1 Français sur 2 : un phénomène en baisse

Malgré cette amélioration de l’image de la science, près d’un Français sur deux déclare « se méfier de plus en plus de la science et des innovations technologiques, qu’elles ont de plus en plus d’effets négatifs sur notre environnement et sur notre santé ». Une proportion qui est néanmoins en baisse par rapport à 2020 (47%, -7 points).

Mais les Français expriment une très forte méfiance à l’égard de la parole des scientifiques

Une majorité de Français remet en question l’indépendance des scientifiques à des niveaux préoccupants

56% des Français considèrent que les scientifiques ne sont globalement pas indépendants et se laissent influencer par des groupes de pression. Si cette perception négative reste majoritaire, on observe une baisse importante (-9 points) et donc une meilleure perception de l’indépendance des scientifiques français.

Plus grave, seule une minorité de Français estime même qu’ils seraient capables d’indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques (seulement 37% estiment qu’ils le sont), au gouvernement (44%), aux hommes et aux femmes politiques (44%) ou encore aux entreprises privées en général (45%). Il n’y aurait que face aux ONG qu’ils seraient capables de se montrer libres, selon une majorité de Français (62%).

Et beaucoup doutent de leur capacité à être transparents, même si ce phénomène est en léger retrait en 2022

50% des Français considèrent qu’on ne peut pas faire confiance aux scientifiques pour dire la vérité si leurs recherches avaient des impacts négatifs sur la santé. 51% estiment que les désaccords entre scientifiques sont d’abord liés à la défense d’intérêts privés plutôt qu’à une difficulté de trancher (49%), une perception néanmoins en baisse (-7 points par rapport à 2020).

Logiquement donc, de nombreuses personnes interrogées émettent des doutes sur la capacité des scientifiques à être transparents dans un certain nombre de domaines : c’est le cas pour le nucléaire (seulement 50% ont confiance en eux pour dire la vérité, une progression de 6 points), les biotechnologies (50%), le climat (48%) ou encore la génétique dans le domaine des plantes (48%). Il n’y a que peu de domaines pour lesquels ils se montrent confiants dans les scientifiques, c’est le cas des vaccins (63%, en progression de 6 points par rapport à 2021) ou encore des énergies renouvelables (65%) et de la génétique dans le domaine de la santé humaine (66%).

Un phénomène préoccupant : pour une majorité de Français, une démonstration scientifique ne vaut pas plus que leur avis personnel

Pour se renseigner sur la science, les Français ont plus confiance dans leurs proches que dans les autorités scientifiques

Pour se renseigner sur les enjeux scientifiques complexes, les Français font avant tout confiance (67% d’entre eux) à leurs proches. Moins de 2 Français sur 3 déclarent faire confiance aux autorités scientifiques (62%), La méfiance est même majoritaire lorsqu’il s’agit des médias (56% n’ont pas confiance en eux), les laboratoires pharmaceutiques (60%) ou le gouvernement (62%).

La force de la parole scientifique, défiée par l’expérience personnelle

La perte de légitimité de la parole scientifique s’exprime surtout dans le fait qu’elle ne vaille pas plus que l’opinion personnelle. Un Français sur deux (51%) estime que son jugement personnel a autant de valeur que l’opinion d’un scientifique. Deux Français sur cinq font davantage confiance à leur expérience personnelle qu’aux explications des scientifiques pour savoir su un fait est vrai ou faux scientifiquement (40%).

L’incapacité de nombreux Français à repérer les fake-news scientifiques est aussi assez inquiétante

Des méconnaissances fortes face à certaines idées reçues : la toxicité démontrée des OGM, l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre la Covid-19 ou encore sur la réalité du réchauffement climatique

Confrontés à un quizz sur 9 fake-news scientifiques, une majorité de Français exprime, soit des connaissances erronées, soit une méconnaissance de la bonne réponse.

Ainsi en est-il de la toxicité des OGM dans l’alimentation, la grande majorité estime qu’elle a été démontrée (57%, ce qui est faux) et 1 Français sur 4 est incapable de se prononcer (26%). Seuls 17% des Français ont la bonne réponse.

De même pour l’efficacité de l’homéopathie, plus d’1 Français sur 3 pense qu’elle a été scientifiquement démontrée (39%, ce qui est faux) ou ne connaît pas la bonne réponse. Seuls 37% savent qu’elle n’a jamais été démontrée.

Seulement 51% des Français savent que le professeur Raoult n’avait pas raison lorsqu’il que l’hydroxychloroquine était efficace contre la covid-19 (20% pensent que c’est vrai, 29% ne savent pas).

Idem en ce qui concerne le fake news diffusé par Ségolène Royale selon lequel plus d’1 femme sur 10 serait touchée par le cancer du sein à cause des pesticides. 37% des Français pensent que c’est vrai et 48% ne savent pas, seuls 15% savent que c’est faux.

Deniers exemples, 30% des Français estiment qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur l’origine humaine du réchauffement scientifique (28% ne savent pas). De même, 1 Français sur 5 continue de penser à tort que l’on ne se sait toujours pas vraiment si les activités humaines ont un impact sur le réchauffement climatique (13% ne savent pas) : seuls les 2/3 des Français ont la bonne réponse (66%).

La perception de la recherche privée, une illustration du rapport paradoxal des Français à la science

Le secteur privé, un acteur indispensable de la recherche…

Quatre Français sur cinq (83%) estiment que le secteur public et le secteur privé peuvent travailler en bonne coordination pour aider efficacement la recherche et les trois quarts. 76% estiment même qu’on ne pourra pas aider efficacement la recherche scientifique si le secteur privé ne participe pas beaucoup plus qu’aujourd’hui à son financement.

…mais qui suscite une véritable méfiance

Ce caractère indispensable de la contribution du secteur privé ne signifie pas pour autant que les Français ne voient pas d’un œil suspicieux cette participation du secteur privé. 83% des Français considèrent que si le secteur privé participe beaucoup plus qu’aujourd’hui au financement de la recherche scientifique, certains domaines risquent d’être privilégiés au détriment d’autres moins rentables et 75% considèrent que les scientifiques risques d’être soumis à des pressions allant à l’encontre de l’intérêt général.

D’une manière générale, les Français se méfient du secteur privé. Si 66% ont confiance dans la transparence des chercheurs travaillant pour des ONG et 65% pour ceux travaillant pour des organismes publics, seuls 47% ont confiance dans la transparence des scientifiques effectuant des recherches pour des organismes privés.

Institut Sapiens

 

A propos de l'Institut Sapiens

L’Institut Sapiens est un laboratoire d’idées (think tank) indépendant et non partisan, il réfléchit aux nouvelles conditions d’une prospérité partagée à l’ère numérique. L’humanisme est sa valeur fondamentale.
Son objectif est d’éclairer le débat économique et social français et européen par la diffusion de ses idées.


A propos de cette enquête

Sondage mené par Ipsos pour l'Institut Sapiens du 30 septembre au 6 octobre 2022 auprès de 1000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus

Auteur(s)
  • Alice Tétaz Directrice de clientèle, Public Affairs
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Pierre Latrille Directeur d'études, Public Affairs

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