Européennes 2019 : les intentions de vote se concentrent sur les listes LREM et RN

La dernière vague de l’Enquête Electorale Française, réalisée par Ipsos Sopra Steria auprès de 9610 personnes, pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde confirme la concentration des intentions de vote sur les deux premières listes, RN et LREM, au coude à coude dans un match incertain. La mobilisation reste faible à l'approche du scrutin, au niveau de ce qui était mesuré pour les Européennes de 2014 et 2009.

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  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
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A une semaine du scrutin, les listes du Rassemblement National (23,5% d'intentions de vote) et de La République En Marche (23%) font toujours la course en tête. Troisième, la liste Les Républicains accuse un retard de 10 points (13%). Viennent ensuite sous la barre des 10% les listes EELV (8,5%) et de la France Insoumise (7,5%). En retrait, les listes PS/Place Publique/Nouvelle Donne (5,5%) et Debout La France (4%) se situent autour des 5% nécessaires pour obtenir des sièges au Parlement européen. Les listes PCF et Génération.s sont à 3%, la liste UDI est à 1,5%, et toutes les autres à 1% ou moins.

Au-delà de la stabilité apparente du rapport de force, on relève une dynamique de campagne favorable à la liste RN, qui a progressé de 19,5% mi-février à 21% un mois plus tard, 22% sur les mesures du 18/22 avril et du 2/3 mai, et donc 23,5% aujourd'hui. Grâce au dispositif inédit mis en place avec le Cevipof, consistant à suivre une cohorte d'électeurs qu'on interroge régulièrement sur leur intention de vote, on a pu tracer les mouvements électoraux expliquant cette progression. Le gain d'1,5 points enregistré entre la mesure du 18/22 avril et celle du 14/16 mai est ainsi la résultante d'une arrivée d'électeurs en provenance des listes LR pour 0,75 points, DLF pour 0,5 points et Patriotes pour 0,25 points. Sur la même période, la liste LREM est restée stable à 23%, avec des gains et des pertes pour 2% d'intentions de vote, qui se sont compensés.

Au coude à coude, les listes RN et LREM captent aujourd'hui près de la moitié des intentions de vote (46,5%). Notre enquête dévoile en outre un réflexe de vote utile qui pourrait encore renforcer la concentration sur ces deux premières listes. "Si la veille des européennes, différentes enquêtes montrent que la liste du RN et celle de LREM sont au coude à coude, chacune étant en mesure d'arriver en tête, quelle serait votre attitude ?" A cette question, près de la moitié de ceux qui expriment aujourd'hui une intention de vote en faveur de la liste DLF répondent qu'ils seraient incités à changer leur vote en faveur du RN. Pour l'autre camp, le tiers de l'électorat EELV ou PS/Place publique serait tenté de voter LREM. Le phénomène concerne aussi la liste des Républicains, avec un tiers de ses électeurs potentiels qui se déclarent tentés de voter RN (19%) ou LREM (15%), et celle de la France Insoumise, avec 12% de son électorat potentiel tenté de voter LREM et 13% RN. Au total, près de 20% des électeurs certains d’aller voter s’interrogent sur un éventuel "vote utile", 11 points pour la liste LREM et 8 pour la liste RN.

 

Des Français faiblement mobilisés

Avec près de 30% d'électeurs "plutôt pas" (21%), voire "pas du tout" (7%) intéressés par les élections européennes, on s'attend à une faible mobilisation dimanche prochain. Le taux de "certains d'aller voter" relevé dans notre échantillon projette une participation qui pourrait se situer dans une fourchette de 41% à 45%. On est dans un niveau comparable à ceux mesurés lors des précédents scrutins européens. Il y a cinq ans toutefois, les Européennes se déroulaient trois mois après des élections municipales. On aurait pu s'attendre cette année à ce que le premier scrutin après la Présidentielle mobilise davantage.

Cette faible mobilisation renvoie aussi à une campagne électorale qui ne répond pas aux attentes des électeurs. On parlerait trop des gilets jaunes (selon 56% des personnes interrogées, 23% pensant qu'on n'en parle "pas assez" et 21% "comme il faut"), et peut-être pas assez d'Europe. Les Français auraient souhaité être mieux informés sur "le fonctionnement des institutions européennes" (73% des Français estiment qu'on n'en parle "pas assez"), les "questions européennes" (65%), mais aussi qu'on débatte davantage des questions "liées aux problèmes sociaux" (72% pensent qu'on n'a pas assez évoqué ce sujet), "à l'économie" (68%), "à l'environnement" (63%), "aux migrants" (54%), "à l'identité française" (54%).

 

Les motivations du vote

A l'instar de ce que l'on mesurait en 2014, on constate une légère progression du poids des enjeux européens par rapport aux enjeux nationaux à l'approche du scrutin. Une courte majorité d'électeurs (51%, +3 points par rapport à la mesure du 18/22 avril), notamment centristes et écologistes, déclare qu'elle tiendra avant tout compte "des propositions des partis sur les questions européennes" pour déterminer son choix de vote. A l'inverse, 49% des interviewés, en particulier les proches de la FI, de DLF ou du RN, se prononceront d'abord en fonction "des propositions sur les questions nationales".

Les déterminants du vote restent principalement "le pouvoir d'achat" et "la protection de l'environnement" (38% de citations chacun), devant "la place de la France dans le monde" et "l'immigration" (32% chacun). Un peu plus d'un électeur sur quatre cite aussi "le niveau des inégalités sociales" (27%). La hiérarchie des enjeux rappelle là encore celle de 2014, sauf pour l'écologie, nettement plus présente cette année - mais qui n'est plus l'apanage d'EELV - alors qu'à l'inverse les Français semblent moins préoccupés qu'il y a cinq ans par les questions relatives au chômage.

Le classement des problématiques essentielles aux yeux des Français "quand ils pensent à l'avenir de l'Europe et de la France" fait enfin ressortir un besoin de protectionnisme. Près de six Français sur dix (57%), et notamment à gauche, jugent ainsi important "que l'UE renforce la protection des économies nationales à l'encontre de la mondialisation". Et un Français sur deux, essentiellement à droite et à l'extrême droite, juge aussi souhaitable "que les accords de Schengen soient revus afin de mieux contrôler les flux migratoires". La tentation d'un certain repli sur soi se lit aussi dans l'attractivité assez faible du fédéralisme - même si 29% des Français jugent important "que l'UE aille vers un modèle fédéral où l'on élirait un gouvernement européen" - ou dans le rejet par 80% des sondés de l'idée "que l'UE soit plus ouverte aux échanges commerciaux avec l'ensemble du monde". En revanche, le "Frexit" n'apparaît pas comme une alternative crédible : seuls 13% des sondés jugent primordial "que la France sorte à terme de l'UE". Et si l'on annonçait demain que l'UE était abandonnée, 54% des Français éprouveraient "de grands regrets" (pour 31% "de l'indifférence" et 15% "un vif soulagement").

Découvrez notre dossier spécial Européennes

Fiche technique : enquête Ipsos/Sopra Steria pour le CEVIPOF, La Fondation Jean Jaurès et Le Monde menée du 14 au 17 mai 2019 auprès de 9 610 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs

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