FORUM ELLE ACTIVE : QUI A PEUR DE L’AMBITION DES FEMMES ?
L’ambition au féminin, mieux perçue que l’ambition au masculin ?
L’ambition féminine, que 38% des femmes elles-mêmes jugent moindre que celles des hommes, renvoie pourtant à des valeurs très positives : les femmes auraient-elles peu d’ambition, alors même qu’on prête aux femmes ambitieuses de nombreuses qualités ? En effet, elles sont avant tout jugées dynamiques par 94% des Français, efficaces et courageuses par 92%, tandis qu’une minorité seulement les juge égoïstes (47%). Ces valeurs sont d’autant plus positives pour les femmes qu’a contrario, les hommes ambitieux se voient attribuer de tous les défauts : prêts à tout pour 90%, autoritaires pour 86%, égoïstes pour 79% et arrivistes pour 77%.
Les Françaises comme les Français ont donc, a priori, une meilleure image de l’ambition féminine que de l’ambition masculine. Pourtant, le prix à payer de l’ambition féminine reste fort… C’est, en tout cas, ce qu’elles croient.
Les croyances limitantes persistent
Pour 37% des hommes et 44% des femmes, être une bonne mère sans remettre en cause sa carrière professionnelle n’est pas possible, il faut faire des sacrifices. Pour 1 Français sur 3, une femme ne peut pas à la fois réussir sa vie professionnelle, sa vie de mère et sa vie amoureuse. Enfin, pour un tiers des personnes interrogées, une femme s'épanouira toujours un peu plus dans son rôle de mère que dans sa carrière professionnelle (32%). Ambition professionnelle et vie de famille serait donc incompatibles pour bon nombre de Français.
Des préjugés qui restent pesants : le féminisme est un combat jugé dépassé par 39% des Français, et même 46% des hommes. 40% jugent qu’on en fait trop sur les inégalités hommes-femmes au travail (45% des hommes et 36% des femmes) et 30% que ces inégalités ne sont plus vraiment un problème (37% des hommes et 23% des femmes). Enfin, s’il faut noter que les hommes se prononcent davantage contre ces principes d’égalité, notons également que 85% des femmes approuvent au moins une des croyances limitantes évoquées ci-dessus et 52%, entre 2 et 3. Les femmes ne se distinguent donc pas particulièrement comme les « bons élèves » du combat féministe.
Les hommes n’ont pas besoin d’avoir peur, les femmes se freinent assez bien elles-mêmes.
Et si les femmes étaient leurs meilleures ennemies ?
Les femmes se posent plus de questions
La promotion professionnelle semble susciter davantage de questions et de doutes chez les femmes actives que chez les hommes. Si elles étaient promues, avec des responsabilités plus importantes, 52% des femmes se demanderaient si elles en auraient vraiment envie (contre 33% des hommes), 49% se demanderaient si elles en seraient capables (contre 35% des hommes), 32% se poseraient la question de leur légitimité pour un tel poste (contre 23% des hommes) et 30% se demanderaient si elles s’en sortiraient à la maison.
Elles demandent moins
Les femmes se disent moins que les hommes en mesure de demander plus de moyens techniques ou humains (62% contre 66%), une augmentation de salaire (57% contre 63%) ou une promotion hiérarchique (47% contre 55%). En revanche, plus que les hommes, elles se disent en mesure de demander des aménagements dans l’organisation de leur travail (60% contre 53%).
Elles angoissent plus que les hommes et vont même jusqu’à refuser une promotion
Moins sûres d’elles, les femmes sont aussi plus stressées : face à une telle proposition, l’angoisse gagnerait 21% d’entre elles (contre 8% des hommes), probablement une conséquence plus ou moins directe de leur moindre sensibilisation à des valeurs comme le goût pour la compétition ou l’envie de se dépasser.
Au final, ambitieuses mais pas téméraires, soucieuses de leur carrière mais conscientes de leurs contraintes, 64% des femmes souhaiteraient se voir proposer de nouvelles responsabilités professionnelles, contre 73% des hommes.
Mais qu’est-ce qui les bloque vraiment ?
L’éducation : un frein majeur à l’ambition professionnelle des femmes
Ces freins à l’égalité trouvent leur origine très tôt, dès l’enfance, dans l’éducation des filles et des garçons. Ils sont déjà connus mais là où les résultats de l’enquête sont stupéfiants, c’est que l’on découvre non seulement à quel point ces freins perdurent mais aussi qu’ils sont aujourd’hui fortement incrémentés chez les femmes les plus jeunes.
Interrogés sur les valeurs transmises par leurs parents, les Françaises et les Français donnent une image très sexuée de l’éducation qu’ils ont reçue. Un certain nombre de valeurs font l’objet d’une différenciation très forte dans la transmission en fonction du sexe : la confiance en soi (61% des femmes pensent l’avoir reçue, contre 73% des hommes), l’envie de se dépasser (49% contre 62%) ou encore le goût pour la compétition (32% contre 48%). Le goût pour les études, en revanche, semble être une valeur partagée (59% contre 60%), tout comme la nécessité d’être financièrement indépendant (82% contre 87%). Ainsi donc, moins d’une femme sur deux déclarent avoir reçu les valeurs essentielles de l’ambition professionnelle que sont l’envie de se surpasser et de gagner.
Encore plus grave, alors qu’on aurait pu penser d’instinct que ces différences s’estompent chez les générations les plus jeunes, elles sont au contraire encore plus marquées : 27% des femmes de 18-29 ans se sont vues inculquer le goût pour la compétition (59% des hommes de 18-29 ans), 47% l’envie de se dépasser (contre 78%) et 64% la confiance en soi (contre 80%).
Une différence entretenue plus tard, dans la stimulation de l’ambition professionnelle par l’entourage : le père, la mère… mais aussi conjoint
Cette éducation différentielle des petites filles par rapport aux petits garçons se poursuit à l’âge adulte par une attitude différente des parents quand il s’agit de pousser leur fille ou leur fils à avoir de l’ambition professionnelle : 35% des hommes déclarent que leur père les pousse à avoir de l’ambition professionnelle, contre 30% des femmes. Les mères ne poussent pas davantage leurs filles à avoir de l’ambition : 37% des femmes seulement déclarent que c’est le cas, contre 42% des hommes.
Qu’est-ce qui pourrait aider les femmes ?
Qu’est-ce qui pourrait améliorer et faciliter le quotidien des femmes afin qu’elles puissent s’épanouir pleinement et avoir de la place pour leur ambition professionnelle ?
Le système : Pouvoirs Publics, entreprises…
35% des femmes souhaiteraient avoir des services aux horaires plus flexibles (crèche, école…), 32% une aide pour la garde de leurs enfants ou pour les tâches ménagères et 29% pouvoir faire du télétravail partiellement.
Source : Etude Ipsos pour Elle Active – Edition 2013
Leur conjoint
En cas de promotion du conjoint modifiant sa charge de travail, les hommes se disent moins prêts que les femmes à assurer la gestion du quotidien (intendance, tâches ménagères, enfants) et les femmes en sont conscientes : seules 36% d’entre elles pensent que dans une telle situation leur conjoint assurerait facilement l’essentiel des tâches ménagères du foyer. Inversement, 72% des hommes pensent que leur compagne le ferait sans problème.
75% des hommes pensent que leur conjointe serait prête à être celle qui va chercher le plus souvent les enfants à l’école contre 44% des femmes seulement.
Les hommes n’ont pas peur de l’ambition des femmes, ils n’en ont pas besoin…
L’ambition des femmes a, certes, une image très positive, cependant, il reste encore trop de blocages et d’inertie dans les esprits et les comportements.
Retrouvez ici les autres résultats de l’étude.