Journée internationale de la Femme 2018, stop ou encore ?

À l’occasion de la Journée internationale de la Femme 2018, Ipsos a voulu en savoir plus sur la perception des femmes par les opinions publiques mondiales grâce à son outil exclusif Global @dvisor qui permet aussi de confronter le point de vue des femmes et des hommes.

Journée internationale de la Femme 2018, stop ou encore ?

Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center
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Principaux problèmes auxquels les femmes sont confrontées : harcèlement et violences sexuelles

En tête, le harcèlement et les violences sexuelles sont considérés comme les deux principales agressions auxquelles les femmes et les jeunes filles sont confrontées, suivies par les coups et les violences domestiques. Les femmes sont donc d’abord victimes d’atteintes physiques et morales, comme si elles étaient nées pour subir les caprices masculins.

On notera que les opinions publiques ont tendance à sous-estimer les harcèlements dont elles sont victimes, notamment en France (avec un écart de 24% par rapport à la réalité des affaires criminelles, sachant que la plupart des victimes n’osent pas porter plainte).

Discriminations sociales, économiques et professionnelles

Elles sont ensuite victimes de leur genre, qui implique encore des discriminations sociales, économiques et professionnelles. Elles se traduisent par l’absence d’égalité – notamment salariale, les difficultés pour accéder aux responsabilités ou simplement au travail et à l’éducation, comme si les femmes étaient d’éternelles mineures.

Paradoxalement, les femmes peuvent réussir ! 19% seraient ainsi dirigeantes d’entreprises mondiales, contre 3% en réalité. La médiatisation de certaines femmes milliardaires, notamment en Asie peut expliquer cette différence, où l’on surévalue aussi le nombre de femmes avec un rôle politique de premier plan, comme en Malaisie, Inde ou Chine. A l’inverse, on a tendance à le sous-estimer en Europe, avec un écart de 9% par exemple en France.

Enfin, c’est l’image des femmes donnée par les médias, la publicité ou le cinéma qui assujettit le corps et l’être-féminin à des stéréotypes machistes, comme si les femmes étaient avant tout des sujets de désir.

La Journée Internationale de la Femme 2018 va-t-elle transformer leur perception ?

Oui, parce que, même avec lenteur, l’égalité homme/femme devient un sujet mondial, économiquement, socialement, symboliquement

Alors que l’égalité homme-femme n’est pas un sujet prioritaire dans un certain nombre de pays, comme le Japon (37% ne considèrent pas que c’est un sujet important pour eux, contre 39%) ou la Russie (38/48), on note un changement dans de plus en plus de pays. 58% des Saoudiens affirment que réaliser cette égalité est sujet important pour eux-mêmes, un chiffre qui culmine au Pérou (83%), Turquie, Afrique du Sud ou Chine (82%). C’est en Corée du Sud que l’on trouve l’écart le plus grand entre les femmes et les hommes sur ce sujet : 83 contre 56, mais ce n’est pas le seul pays…

L’estimation du nombre d’années qu’il faudra pour aboutir à l’égalité économique entre les femmes et les hommes à l’échelle mondiale montre-t-elle l’envie collective de la résorber ? On l’évalue à vingt et trente ans au maximum, alors que le World Economic Forum la projette à… plus de deux-cent années si l’on considère le rythme d’escargot actuel.

Pour accélérer les évolutions, l’accès des femmes à des responsabilités majeures dans le gouvernement des pays et les grandes entreprises est clef pour 61% des interviewés : de 77% à 66%, les plus favorables sont en Turquie, Inde, Espagne, Afrique du Sud, Pérou, Chine, Italie et Brésil, contre seulement 59% des Français. Les plus sceptiques sont les Russes (40%) et les Japonais (45%).

Le féminisme devient-il un engagement masculin ? Indice peut-être d’un frémissement, l’Inde (57%) et l’Arabie Saoudite (53%) sont les premiers pays à se qualifier de féministes (avec une différence femmes/hommes plus marquée en Inde qu’en Arabie Saoudite : 67/48 contre 54/52).

Oui, parce qu’il faut prendre de plus en plus en sérieux la question du harcèlement

Même si 50% pensent qu’aujourd’hui les cas de harcèlement sexuel sont généralement ignorés, on considère aussi qu’en tendance, on les traite davantage qu’il y a cinq ans, signe que l’omerta et la culpabilisation des victimes sont progressivement fragilisées. Cela dit, le harcèlement reste un sujet tabou en famille, même dans les pays où le sujet est très médiatique : 30% déclarent ne jamais en parler (contre 15% qui disent en parler « beaucoup »), les moins diserts étant en Russie.

Oui, parce que le moment de la tolérance zéro est venu ou se rapproche

75% interviewés estiment que c’est une mesure décisive pour apporter des changements dans la société. Les plus répressifs sont au Pérou, Afrique du Sud, Chili, Canada, Espagne, Australie, Chine ou Malaise. Pour 32%, sans doute parce qu’ils pensent qu’elles sont implicitement consentantes, le harcèlement sexuel prendrait fin si les femmes disaient simplement à l'homme d'arrêter… les femmes étant souvent celles qui se font le moins d’illusion sur la question.

De Hollywood depuis Harvey Weinstein au Soudan avec les Casques bleus de l’opération Oxfam, en passant par la France où des scandales sexuels impliquent des politiques, la Journée internationale de la Femme 2018 prend donc une coloration très particulière, de #metoo à #balancetonporc.

Fiche technique : 
Étude réalisée du 26 janvier au 9 février 2018, sur 19 428 personnes, dans 27 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Chine, Corée du Sud, Espagne, France, Hongrie, Inde, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pérou, Pologne, Russie, Serbie, Suède, Turquie, UK et USA.

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Auteur(s)

  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Center

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