Le monde en chiffres : la parentalité à l'épreuve de la polycrise

Nous évoluons dans un monde complexe. Pour mieux en comprendre les signaux faibles, B Smart et Ipsos s'associent pour vous donner les chiffres à retenir et des éléments d’explications. Cette semaine, Christophe Manceau, Directeur Tendances et Prospective décrypte la façon dont les tendances sociétales dessinent une nouvelle parentalité.

Auteur(s)
  • Christophe Manceau Vice Président - Tendances et Prospective
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Dans un contexte marqué par un déclin démographique, une série de crises mondiales et une pression sociétale croissante, les parents sont confrontés à de nouveaux défis. Ce paysage parental en mutation est caractérisé par une implication toujours plus intense, des inquiétudes grandissantes concernant la santé mentale des enfants et un désir accru de ralentir le rythme de vie.

La parentalité menacée par le déclin démographique ?

En 2023, la France a enregistré une baisse de 6,6% de ses naissances par rapport à 2022. Il faut remonter jusqu'en 1946, à l'époque de la sortie de la guerre, pour observer un taux de natalité aussi bas. 

Cette tendance, observée non seulement en France mais aussi à travers toute l'Europe et le monde, pose la question de l'avenir de la parentalité. En Italie, par exemple, une femme sur quatre née dans les années 90 n'aura pas d'enfant.

Si ce déclin de la natalité peut en partie s'expliquer par une baisse de la fertilité, il révèle surtout une remise en question profonde du modèle parental traditionnel et un choix délibéré de ne pas avoir d'enfants chez les nouvelles générations. Cette tendance invite à repenser la société de demain et sa structuration.

L'hyper-attention et l'hyper-implication : les nouvelles normes de la parentalité

Selon notre baromètre sur les relations parents-enfants, 60% des parents et des enfants estiment que les confinements ont renforcé leurs liens. 

Une nouvelle forme de parentalité, basée sur l'écoute des désirs et émotions de l'enfant, est en train d'émerger. C'est une parentalité qui privilégie le choix plutôt que le fait d'imposer les choses, une parentalité qui est plus positive et bienveillante. 

Mais les injonctions de notre société s'immiscent jusqu'au sein de la cellule familiale : à l'hyper-attention s'ajoute une hyper-implication. Cela pose de nouvelles questions sur l'équilibre entre la parentalité et l'autonomie personnelle : comment s'impliquer de plus en plus pour son enfant sans risque de se sacrifier ? Comment gérer un nouveau modèle de parentalité et toutes les injonctions à être un parent parfait ?

Les parents face à un monde en crise

Les crises multiples de notre époque – guerres, conflits ou urgences climatiques – pèsent lourdement sur les choix parentaux. L'économie est traversée par des problèmes d'inflation persistante et de baisse du pouvoir d'achat. 

Notre étude Global Trends révèle que 40% des Français s'attendent à voir leur niveau de vie baisser. Cette crainte du déclassement est prégnante et cette vision d'un monde insécurisant influence le choix de certaines personnes de n'avoir qu'un seul enfant, voire de ne pas en avoir du tout.

Cette tendance est d'autant plus visible sur les réseaux sociaux, où des hashtags comme #Childfree ou #Dink accumulent plusieurs dizaines de millions de vues.

L'anxiété des adolescents au cœur des préoccupations des parents Français

Notre baromètre sur les adolescents nous a appris que 49% des adolescents sont touchés par des troubles de l'anxiété. La santé mentale des enfants est désormais au cœur des préoccupations des parents. 

Face à l'ampleur de cette problématique, de nombreux parents se sentent souvent démunis. Ils sont confrontés à des questions difficiles et des défis inédits, notamment en ce qui concerne le rapport des jeunes aux nouvelles technologies. Les parents sont particulièrement préoccupés par les troubles de l'attention, l'isolement social, le surpoids (dû à un manque d'activité physique), et le cyber-harcèlement. qui ajoutent une couche supplémentaire de complexité à la parentalité.

Pour faire face à ces défis, certains parents cherchent des moyens d'aider leurs enfants à se déconnecter du monde virtuel et à se reconnecter à la réalité. Des tendances comme les retraites numériques déconnectées, les hôtels sans Wi-Fi et les 'lockboxes' pour téléphones portables gagnent en popularité. Ces initiatives visent à aider les familles à se déconnecter du virtuel et se reconnecter au monde réel.

Vers une "slow-parentalité" ?

Dans un monde qui va toujours plus vite, de nombreux parents aspirent à ralentir le rythme de leur vie. Selon notre étude Global Trends, pas moins de 65 % des Français expriment ce désir de ralentissement. 

Cette aspiration à la slow-life se manifeste également dans la parentalité. La slow-parentalité, c'est l'idée de prendre le temps d'être parent. C'est refuser la pression sociale et la course à la performance pour privilégier la qualité de la relation parent-enfant. 

Au-delà du bien-être mental qu'elle procure, la slow-parentalité permet également de construire une relation plus saine et plus équilibrée avec ses enfants à travers un vécu partagé.

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Auteur(s)
  • Christophe Manceau Vice Président - Tendances et Prospective

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