Saga de l'été 2026 - Épisode 3 : La Coupe du Monde de Football entre tristesse et désir d'écrire une nouvelle page
Sommaire de l'épisode
- Survivre en temps de canicule
- Le système D, faute de mieux
- L'impact sur la vie professionnelle : un quotidien bouleversé
- Les mesures attendues des pouvoirs publics
- L'été 2030, dystopie ?
- La climatisation, miroir de nos contradictions

Ceux qui espéraient la victoire de l’Argentine étaient animés par une rancune tenace contre ceux qui avaient battu la France et « n'aimeraient pas que l'Espagne gagne car elle nous a éliminés ». Mais son prestige historique et la figure de Lionel Messi jouent aussi en faveur de l’Argentine, « un grand pays qui a souvent gagné la Coupe du Monde » avec « son fabuleux n°10 ; à 39 ans il est encore au top ».
C’est d’orphelins des Bleus qu’il faudrait parler après l’échec de la France en demi-finale de la Coupe du Monde chez les amateurs de football qui l’ont vécue comme la fin d'un rêve, voire d’une époque. Match après match, beaucoup avaient commencé à se projeter vers une nouvelle finale, voire un nouveau titre mondial : « Je suis très déçue, je croyais vraiment que nos Bleus allaient décrocher les étoiles et briller de mille feux ».
Pour eux, suivre la compétition revenait d'abord à suivre l’épopée des Bleus et certains évoquent même une perte brutale d'intérêt pour la compétition après l'élimination française : « La défaite des Bleus m'a profondément attristé. Depuis je n'ai plus goût à regarder les matchs ». Au-delà du résultat sportif, plusieurs témoignages y voient la conclusion d'un cycle : « C'est la fin d'une époque, la fin de quatorze années de Deschamps, il faut ouvrir une nouvelle page ».
Malgré l'échec aux portes de la finale et les atermoiements de l’équipe de France, son image reste positive, les répondants soulignant la qualité du parcours réalisé et refusant de réduire l'aventure aux seules défaites : « Sur le moment j'ai été très déçu puis j'ai relativisé : on est arrivé en demi, c'est déjà beau ». D'autres mettent en avant la supériorité de l'adversaire plutôt qu'une contre-performance : « Les Bleus ont bien joué mais ils sont tombés sur plus fort ». Ceux qui regrettaient une prestation en dessous des attentes conservaient de grandes ambitions : « Nos joueurs étaient paralysés, une prestation indigne de leur rang ! Espérons quand même battre les Anglais pour nous consoler avec une troisième place ». On peut imaginer leur nouvelle déception samedi soir…
Le Football, révélateur social
Le football, et le sport en général, représentent avant tout un jeu, un spectacle et un facteur de rassemblement : « Le sport n'a pas sa place en politique ou dans les débats de société et se doit de porter des valeurs de respect, de solidarité, d'esprit d'équipe », « Il nous permet de passer de bons moments ensemble et doit rester quelque chose de positif ».
Même s’il devrait a priori rester à distance des affrontements politiques, il ne peut ignorer certaines questions comme le racisme ou l'inclusion : « Les propos ignobles à l'encontre de Kylian Mbappé n'ont pas leur place dans le sport et, de façon générale, n'ont de place nulle part », « Les sportifs doivent être respectés et cela passe par une résolution des problématiques de racisme ».
Derrière cette aspiration à la neutralité apparaît parfois une défiance vis-à-vis de la politisation croissante du sport et de ses figures médiatiques : « Un sportif n'a pas à donner ou imposer son opinion politique, ses fans sont de tous bords ».
Le football aussi se révèle comme un microcosme, un observatoire des tensions, des évolutions et des fractures qui traversent la société : « La juste place du football dans le débat public est celle d'un révélateur pour comprendre où va notre monde, c’est le reflet de la société actuelle », « Le sport est une vitrine de la société et le foot est le plus populaire, donc la vitrine la plus grande ».
Son influence lui confère une responsabilité particulière auprès des jeunes générations pour « transmettre des valeurs d'unité, d'intégration et de sportivité » ou « de fraternité, de courage et d'honnêteté ». Dans ce contexte, « les joueurs doivent se montrer exemplaires car ils servent de modèles pour de nombreux ados ».
La responsabilité sociale du foot est donc importante : promouvoir le respect, l'égalité, l'inclusion et la tolérance.
La violence, un phénomène qui choque et interroge
L'idée qu'un événement sportif puisse être associé à une augmentation des violences, en particulier faites aux femmes, suscite incompréhension, indignation et colère ; en Angleterre par exemple, certaines études montrent que les signalements de violences conjugales augmentent de 26 % les jours où l’équipe nationale joue en Coupe du Monde, et jusqu’à 38 % après une défaite.
Beaucoup y voient le révélateur de problèmes plus profonds liés à la violence masculine, à l'alcool ou à l'éducation : « Les hommes restent des animaux, l'alcool n'aide pas non plus », « Les supporters alcoolisés peuvent se montrer violents, d'autant plus s'ils sont en groupes avec effet d'émulation et désinhibition ».
Pour certains, la défaite agit comme un déclencheur plus que comme une véritable cause, le sport manifestant « le niveau de violences sous-jacentes envers les femmes, quelles que soient les raisons ».
En plus des violences faites aux femmes, celles qui s’expriment les soirs de match exaspèrent la majorité des Français qui estiment qu’elles ne sont pas une fatalité et appellent des réponses plus fermes, police, gendarmerie, ministère de l'Intérieur et justice étant perçus comme les acteurs les plus directement impliqués : « Les forces de l'ordre devraient être plus présentes, et intervenir au moindre débordement », « Que la justice fasse son travail. Les gens ainsi auront peur de payer ou d'aller en prison ».
L’écoute et la répression sont aussi essentielles dans le dispositif : « Il faudrait que les femmes qui déposent plainte soient entendues », comme « condamner et enfermer avec force les coupables et aider les femmes à quitter ces malades ».
Les répondants reviennent très souvent à la question de l'éducation qui passe par la famille (« Les premiers à pouvoir agir sont les parents »), le système scolaire, les fédérations (« « J'ai vu un club de foot où les gamins doivent montrer leur carnet de correspondance vierge pour avoir le droit de jouer », « Il faudrait pénaliser certains clubs qui ne maîtrisent pas suffisamment leurs supporters ou faire jouer certains matches à huis clos ») et les équipes elles-mêmes : « Les joueurs pourraient sensibiliser et dénoncer les comportements violents ».
On attend plus des pouvoirs publics, que ce soit des campagnes d’alerte sur les violences faites aux femmes ou des solutions pratiques pour limiter les débordements, comme « les fan-zones qui se multiplient pour encadrer les supporters et limiter les dégâts ».
Quoiqu’il en soit, les répondants veulent espérer que ces violences soient le fait de groupes extérieurs au football qui profitent des rassemblements pour commettre dégradations et pillages : « Ce ne sont pas de vrais supporters, mais juste des gens qui sont là pour casser ou voler ».
Le sport a-t-il encore le pouvoir de rassembler ?
Lorsqu'on interroge les Français sur la capacité des grandes compétitions à créer du lien, une réponse s'impose : oui, ces événements restent des moments privilégiés de partage et de communion collective et, même si certains estiment que cette force fédératrice s'est affaiblie avec le temps, la Coupe du Monde 1998 reste un souvenir ou un idéal de liesse populaire.
« Je me souviens de la première Coupe du Monde que la France a gagnée. C'étaient des moments inoubliables. Tout le monde autour de moi supportait notre équipe, les gens dans les rues étaient joyeux et euphoriques ».
Au-delà des grandes célébrations populaires, les compétitions internationales sont d'abord associées à des moments de convivialité : « Cela fait du bien au moral, ça donne envie de faire la fête, de se retrouver entre amis ou en famille ».
L'une de ses principales forces est de produire des émotions cathartiques ressenties simultanément par des millions de personnes : « Il y a beaucoup d'émotions d'unité et de joie, parfois de peine. Toutefois, ça reste des moments uniques où on vibre pour la même chose entre amis, en famille, voire avec des inconnus ». Mais les violences qui accompagnent les matches depuis plusieurs années viennent ternir l'image de ces événements et dissuadent de nombreux répondants de venir les fêter en famille, d’abord à cause des Ultras et maintenant à cause des casseurs.
Au-delà, le football incarne l’un des rares espaces où les différences sociales, géographiques ou générationnelles semblent temporairement s’effacer : « On se sent patriote, uni et ça crée de beaux moments de tolérance, de partage. Le sport est vraiment un catalyseur pour unifier une nation l'espace de quelques semaines ».
Avec "DAI DAI", Shakira est la musique de l'été 2026
Certaines chansons deviennent indissociables des Coupes du Monde, comme Waka Waka de Shakira en 2010 ou Ramenez la coupe à la maison de Vegedream en 2018. Quand on demande aux participants quelle chanson ils associent à cet été 2026, deux constats s'imposent : contrairement à 1998 ou 2010, la Coupe du monde ne semble pas avoir généré une chanson fédératrice unanimement reconnue et aucun titre ne s'impose avec la même force que les grands hymnes des précédentes éditions, mais Dai Dai (Shakira) est de loin celui qui revient le plus souvent. Derrière, on trouvera Waka Waka et, par association avec les précédentes Coupes du Monde, Wonderwall (Oasis), We Are The Champions (Queen), Freed From Desire (Gala), sans oublier Johnny Hallyday, M. Pokora ou même Pink Floyd.Pour mémoire, le thème principal de Dai Dai est la persévérance, les paroles évoquant un parcours semé d'épreuves (« les hauts et les bas », « les larmes et la douleur ») tout en insistant sur la capacité à se relever et à poursuivre son rêve jusqu'au succès. Le refrain multilingue (« Dai, dai, ikou, dale, allez, let's go ») rassemble plusieurs expressions signifiant toutes l'idée d’aller de l'avant et de se dépasser, une dimension universelle qui réunit toutes les cultures.
Si l'été 2026 peine à trouver son hymne, les participants sont quasi unanimes lorsqu'il s'agit de désigner la chanson la plus marquante de l'histoire du football en France : c’est I Will Survive de Gloria Gaynor, indissociable de la victoire des Bleus en 1998 qui « représente notre Coupe du monde et a à jamais marqué nos esprits » avec « Et un, et deux, et trois zéro ! N'a-t-on pas tous ces paroles en tête ? ». Vingt-huit ans plus tard, I Will Survive demeure la référence absolue et la chanson la plus profondément ancrée dans la mémoire collective.
Rendez-vous tous les jeudi
pour une nouvelle immersion dans les vacances des Français
Communauté Ipsos RealTalk : votre contact France
Ipsos RealTalk, c'est la communauté en ligne d'Ipsos.
Plusieurs milliers de membres NatRep dans plus de 20 marchés, dont 2 000 en France, disponibles 24/7 pour partager leurs expériences, leurs opinions, et leurs retours sur vos initiatives.
Charbel Farhat
Directeur de département