Seules 37% des filles envisagent de s’orienter vers une école d’informatique ou d’ingénieur, contre 66% des garçons

Ipsos publie les résultats d’une enquête réalisée pour EPITECH, école de l’expertise informatique du Groupe Ionis, réalisée auprès de lycéens et de leurs parents, pour comprendre comment se construisent leurs choix d’orientation, aboutissant aujourd’hui à une sous-représentation des femmes dans les écoles d’informatique, mais aussi dans le secteur du numérique tout entier.

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Alexandre Leray Chargée d'études
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Les chiffres-clés de l’enquête :

  • 94% des lycéens pensent qu’il est important voire même indispensable d’avoir un très bon niveau dans les matières scientifiques pour être admis et réussir dans une école d’informatique.
  • Or même lorsqu’elles ont plus de 14/20 de moyenne dans les matières scientifiques, les filles sont bien moins nombreuses que les garçons à penser avoir le niveau pour suivre une école d’ingénieur (53% contre 72% des garçons avec une moyenne similaire) ou une école d’informatique (43% contre 78%), et leurs parents sont du même avis.
  • 37% des lycéennes envisagent de s’orienter vers une école d’informatique ou une école d’ingénieur, contre 66% des garçons. Pourtant 54% des lycéennes sont intéressées par les matières scientifiques en général, et 56% par l’informatique / le numérique.
  • Ces formations sont mal connues, notamment des filles : 29% seulement d’entre elles connaissent bien le contenu de la formation en école d’informatique (contre 46% des garçons), et 24% le métier d’expert informatique (contre 36% des garçons), et ce même lorsqu’elles s’intéressent au secteur.
  • Seulement 33% des filles sont encouragées par leurs parents à s’orienter vers les métiers du numérique, contre 61% des garçons, or les parents sont les principaux prescripteurs en matière d’orientation.
  • Pourtant lycéennes, lycéens et parents s’accordent tous très majoritairement sur le fait qu’il s’agit de métiers bien rémunérés (82% des lycéens et 89% de leurs parents le pensent), de métiers d’avenir (88% des lycéens et 95% de leurs parents) et qui permettent d’agir sur les grands enjeux d’aujourd’hui (67% des lycéens et 72% de leurs parents).
  • Mais chez les filles, moins exposées à un discours positif sur le métier d’expert informatique de la part de leur entourage, les perceptions négatives l’emportent : jugé certes moderne (43% des filles contre 51% des garçons) mais trop technique (49% des filles contre 35% des garçons), solitaire (26% contre 22%) et ennuyeux (26% contre 11%).
  • 76% des lycéens considèrent aujourd’hui qu’il s’agit d’un métier masculin, et parmi eux 33% pensent que les femmes y trouvent difficilement leur place (38% des lycéennes le pensent).
  • 89% des lycéens et 87% de leurs parents pensent que les femmes diplômées d’écoles d’informatique sont désavantagées par rapport aux hommes d’au moins une manière parmi les suivantes : salaires, possibilités d’évolution et opportunités d’embauche.
  • 66% des lycéens et 73% de leurs parents pensent que les capacités des filles à réussir des études et carrières dans l’informatique sont moins reconnues par les recruteurs, mais aussi par elles-mêmes (52% des lycéens le pensent et 59% de leurs parents).
  • Pourtant 93% des lycéens et 97% des parents considèrent qu’il est important voire indispensable de favoriser la diversité dans la Tech.
  • La 1ère des priorités citées pour encourager les filles à s’engager dans des études d’informatique est d’inviter des professionnelles du secteur dans les classes, de l’avis des lycéens comme de leurs parents, juste devant le fait de faire connaître toute la variété des métiers du numérique.

 

Le rôle des matières scientifiques dans la moindre orientation des filles vers les métiers du numérique

Lycéens comme parents ont très majoritairement le sentiment que pour être admis et réussir son cursus dans une école d’informatique, il faut avoir un très bon niveau dans les matières scientifiques : 94% pensent que c’est important voire indispensable, tout comme 96% de leurs parents.

Or les jeunes filles jugent plus durement leur niveau dans les matières scientifiques que les garçons[1] (27% d’entre elles déclarent avoir une moyenne de plus de 14/20 dans les matières scientifiques, contre 36% des garçons). Pourtant leurs parents sont plus nombreux à évaluer leur moyenne dans ces matières à plus de 14/20 (35% contre 31% des parents de garçons). D’ailleurs, les filles obtiennent plus souvent que les garçons les mentions bien et très bien au bac S [2] (et elles représentaient 47,4% des effectifs à la rentrée 2018 en Terminale S). Filles et garçons ne font en revanche pas les mêmes choix d’enseignement de spécialité, y compris et surtout en Terminale S, les filles s’orientant beaucoup plus massivement vers les SVT (51% contre 27% des garçons) et se destinant aux professions de santé. Seulement 4% font le choix des sciences de l’ingénieur contre 18% des garçons, et 5% de l’informatique et des sciences du numérique, contre 10% des garçons. Conséquence : les filles ne représentent que 29% des terminales S ayant choisi l’enseignement de spécialisation informatique et sciences du numérique, et 15% de ceux qui ont choisi la spécialisation sciences de l’ingénieur.

Beaucoup plus sévères avec elles-mêmes quand elles jugent leur niveau, et ayant fait des choix de spécialisation différentes, les filles sont beaucoup moins nombreuses que les garçons à estimer avoir le niveau pour suivre après Bac une école d’ingénieur, et ce même quand elles ont de très bonnes notes en sciences : seulement 37% des filles (et 53% des filles qui ont une moyenne supérieure à 14/20 dans les matières scientifiques) pensent qu’elles auraient le niveau pour suivre après Bac une école d’ingénieur, contre 55% des garçons (et 72% de ceux qui ont plus de 14/20 de moyenne en sciences). Même chose pour les écoles d’informatique : les filles sont bien moins nombreuses que les garçons à s’estimer capables de suivre après bac ce type de cursus (36% contre 62%), y compris quand elles ont plus de 14/20 en sciences (43% contre 78% des garçons ayant les mêmes notes). Leurs parents sont d’ailleurs du même avis : ils sont bien moins nombreux à juger que leurs filles sont en mesure de suivre un cursus en école d’ingénieur ou d’informatique que leurs garçons.

Pourtant, les lycéennes disent majoritairement être intéressées par les matières scientifiques (54%) et l’informatique et le numérique (56%), certes moins que les garçons (70% intéressés par les matières scientifiques et 80% par le numérique / l’informatique), mais pas au point d’expliquer leur niveau de sous-représentation dans ces filières : elles sont presque deux fois moins nombreuses à imaginer s’orienter vers une école d’ingénieur ou d’informatique (37% des filles contre 66% des garçons).

 

Les critères d’orientation et le rôle déterminant des parents

Au lycée, il est déjà presque trop tard : 65% des lycéens ont déjà une idée précise du métier qu’ils veulent exercer après leurs études. Leur choix s’affine au cours des années lycée mais est déjà arrêté pour 58% des élèves en seconde (65% en première et 69% en Terminale). D’ailleurs, des choix déterminants sont faits avant l’entrée en seconde[3].

Les critères de choix des lycéens pour leur futur métier sont également déjà clairs : la rémunération (64% la citent parmi les trois principaux éléments) et les conditions de travail (47%) avant tout, chez les filles comme les garçons. Les critères sont en réalité très peu différents selon le sexe des enfants. Ce sont plutôt les parents qui projettent des attentes différentes, avec du côté des parents de filles, la possibilité de concilier vie privée et vie professionnelle qui est citée en 2ème position, contre 5ème pour les parents de garçons. Du côté des jeunes filles, il s’agit en réalité du 4ème critère le plus cité, idem pour les garçons.

Les parents jouent un rôle décisif en matière d’orientation : ce sont ceux à qui les lycéens font le plus confiance pour les conseiller en la matière (33%), devant les personnes qu’ils peuvent rencontrer lors de forums ou de salons d’orientation -à ne pas négliger donc- (21%), leurs professeurs (17%), conseiller d’orientation (16%) ou d’autres membres de leur famille (13%).

Ce rôle primordial dédié aux parents fait peser sur eux une lourde responsabilité, et le risque de voir se reproduire inégalités sociales et inégalités des sexes, alors même qu’ils ont le sentiment de faire au mieux pour leurs enfants.

Or les parents ont moins tendance à conseiller aux jeunes filles de s’orienter vers un métier scientifique : 43% des lycéennes déclarent que leurs parents leur ont conseillé de s’orienter vers un métier scientifique, contre 56% des lycéens. Les parents les plus éduqués (et notamment les mères) ont davantage tendance à conseiller à leurs filles de poursuivre une carrière scientifique, sans toutefois que les différences de genre ne s’effacent (54% des filles dont la mère est Bac+3 et plus se sont vu conseiller une carrière scientifique contre 29% lorsque leur mère a un niveau d’études inférieur au Bac, mais c’est moins que pour les garçons : 65% des garçons dont la mère a un niveau d’études Bac+3 et plus se sont vu conseiller une carrière scientifique contre 47% quand leur mère avait un niveau d’études inférieur au Bac).

Et les parents ont encore moins tendance à conseiller aux jeunes filles de s’orienter vers les métiers de l’informatique et du numérique : 33% des filles se sont vu conseiller ces métiers, contre 61% des garçons. Et pour ces métiers, le niveau de diplôme de la mère joue peu : seulement 38% des mères dont le niveau d’études est supérieur ou égal à Bac+3 ont conseillé à leur fille de s’orienter vers les métiers du numérique (contre 27% pour les niveaux inférieurs au Bac).

 

Le déficit de connaissance du métier d’expert informatique joue en sa défaveur

Les critères de choix d’un métier mis en avant par les jeunes comme par leurs parents devraient plaider pour les métiers du numérique, qu’ils considèrent comme des métiers d’avenir (88% des lycéens et 95% des parents d’élèves), bien rémunérés (82% des lycéens et 89% des parents) et permettant d’agir sur les grands enjeux d’aujourd’hui tels que changement climatique, pollution, inégalités, exclusion… (67% des lycéens et 72% de leurs parents).

Mais les contours du secteur du numérique sont mal connus : 73% des lycéens (et 60% des lycéennes) aimeraient travailler dans au moins un domaine du numérique après ses études quand ces domaines leurs sont cités, et particulièrement celui des objets connectés (44% des filles sont intéressées et 67% des garçons), devant pour les filles la réalité virtuelle (38% des filles intéressées), l’intelligence artificielle (35%), les jeux vidéo (34%), le cloud (20%) ou le Big Data (18%). Du côté des parents, 69% des parents de lycéennes aimeraient que leur fille travaille dans un de ces domaines après ses études, et 89% des parents de lycéens.

Pourtant, quand on leur demande s’ils sont attirés par les métiers du numérique (de manière générale – et ce avant de leur citer les différents domaines concernés-), les lycéens (et lycéennes) sont bien moins nombreux à répondre par l’affirmative : 38% des filles et 62% des garçons. Côté parents, même phénomène : 69% aimeraient que leur fille travaille dans un domaine du numérique, mais ils ne sont que 51% à penser que les métiers du numérique pourraient bien correspondre à leur fille (contre 73% pour les garçons).

Le métier d’expert informatique est encore moins bien identifié. Seulement 30% des lycéens ont le sentiment de bien le connaître (secteurs d’activité, diversité des carrières…). C’est encore moins le cas des jeunes filles (24% seulement), y compris quand elles s’intéressent à l’informatique et au numérique (31%). Côté parents, la connaissance est à peine meilleure : 39% déclarent bien connaître ce métier. Ils sont aussi peu nombreux, en toute logique, à connaître le contenu de la formation en école d’informatique (38% ; contre 37% pour leurs enfants).

Moins informées sur ces métiers, moins encouragées à les choisir, les jeunes filles sont moins exposées à un discours positif sur les écoles d’informatique et les métiers du numérique : 46% d’entre elles considèrent que leurs parents ont un discours positif à cet égard (contre 57% des garçons), 44% de leurs amis (55% côté garçons) ou encore 44% de la part de leurs professeurs (contre 53% pour les garçons).

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que les perceptions négatives l’emportent en ce qui concerne l’idée que les lycéennes se font du métier d’expert informatique (75% d’évocations négatives contre 55% chez les garçons) : le métier est souvent jugé trop technique (49% des filles contre 35% des garçons), solitaire (26% contre 22%), ennuyeux (26% contre 11%) ou encore monotone (16% contre 14%). Elles sont en revanche moins nombreuses que les garçons à le considérer moderne (43% contre 51%), utile socialement (20% contre 35%) ou encore sûr (14% contre 22%).

Conséquence, seules 37% des filles envisagent de s’orienter vers une école d’informatique ou d’ingénieur, contre 66% des garçons. Elles seront bien moins nombreuses encore à sauter le pas, puisque les filles représentent, encore aujourd’hui, seulement 26% des effectifs des écoles d’ingénieur.[4]

 

Femmes dans les métiers du numérique : renforcer leur visibilité pour encourager la diversité

Le métier d’expert informatique est aujourd’hui considéré comme un métier masculin par 76% des lycéens. Parmi eux, 33% pensent que les femmes y trouvent difficilement leur place (38% des lycéennes). Ce sentiment est partagé dans les mêmes proportions par leurs parents. Pourtant, il est frappant de noter que l’informatique n’a pas toujours été un domaine masculin. En réalité, en l’espace de 20 ans, la place des femmes dans l’informatique s’est réduite de moitié.[5]

Une très large majorité de lycéens (89%) comme de parents (87%) pensent que les femmes diplômées d’écoles d’informatique sont désavantagées par rapport aux hommes d’au moins une manière parmi les suivantes : salaires, possibilités d’évolution et opportunités d’embauche. Au risque d’amplifier leur mise en retrait du secteur.

Lycéens comme parents considèrent très majoritairement que les capacités des filles à réussir des études et carrières dans l’informatique sont moins reconnues par les recruteurs (66% des lycéens le pensent et 74% des parents), mais aussi par elles-mêmes : 52% des lycéens le pensent (54% des garçons) et 59% de leurs parents (61% des parents de filles).

Pourtant 93% des lycéens et 97% des parents considèrent qu’il est important voire indispensable de favoriser la diversité dans la Tech. Mais parmi les lycéens, les garçons sont plus convaincus que les jeunes filles du caractère indispensable de la mesure (50% contre 44%). Mieux faire comprendre les enjeux de la participation des femmes au secteur apparaît indispensable : les métiers du numérique sont à la fois un énorme potentiel d’emploi, mais contribuent également à la construction du monde de demain.

Pour encourager les filles à s’engager dans des études d’informatique, les lycéens recommandent avant tout d’inviter des professionnelles du secteur dans les classes, meilleur moyen de faire connaître les métiers du numérique, et de montrer que les femmes ont toute leur place dans ce secteur.

 

Découvrir l'enquête complète
sur epitech.fr

 

 

Note méthodologique : Etude réalisée par Ipsos pour EPITECH auprès d’un échantillon représentatif (méthode des quotas) de lycéens (800 personnes interrogées) et de parents de lycéens (400 personnes interrogées). Le terrain d’enquête a été réalisé par internet via l’Access Panel Online d’Ipsos du 29 octobre au 5 novembre 2021.

 

[1] La persistance des préjugés sexistes autour des capacités des filles à réussir dans les matières scientifiques contribue également à expliquer ce phénomène : une enquête Ipsos réalisée pour le Women’s Forum en 2020 montrait que 38% des ressortissants du G7 étaient convaincus que le cerveau des hommes et celui des femmes étaient différent, ce qui expliquerait que les hommes présentent plutôt plus d’aptitudes pour la science et les femmes pour la littérature :  Women's forum : Lutte contre les inégalités Femmes-Hommes, où en est-on dans les pays du G7 (ipsos.com)
[2] En 2018, 38% des filles admises au Bac S ont eu une mention bien ou très bien, contre 32% des garçons cf. https://www.education.gouv.fr/media/51746/download
[3] En seconde générale et technologique, les filles font plus de choix d’enseignements littéraires parmi les enseignements d’exploration (40,1% des filles à la rentrée 2018 faisaient un choix avec un profil lettres, langues, arts contre 19,9% des garçons, contre 75,7% des garçons pour un profil scientifique ou technologique et 55,8% des filles) cf. https://www.education.gouv.fr/media/51746/download
 

 

Auteur(s)

  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Alexandre Leray Chargée d'études

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