Transmission et solidarité intergénérationnelle

Pour La France Mutualiste, Ipsos a interrogé les représentations associées à chaque génération, ainsi que les relations qui les rassemblent. Les résultats dessinent une grande complémentarité entre les âges, dans une société où les enjeux modernes (marché du travail exigeant, environnement menacé) laissent toute sa place à la solidarité intergénérationnelle.

Les jeunes générations sont jugées avec sévérité

A l’évidence, chaque génération a dans l’imaginaire collectif une image bien définie. La génération dite « silencieuse » serait travailleuse ; la génération des baby-boomers, sérieuse et responsable. La génération X individualiste, la génération Y débrouillarde, et la génération Z, dont les doyens sont à peine majeurs, serait pour le moment jugée paresseuse et inconséquente. Les qualificatifs flatteurs décroissent linéairement avec l’ancienneté des générations, marque du respect que l’on témoigne aux plus âgés, et de la distance teintée d’exigence avec laquelle on accueille les plus jeunes !

Le phénomène n’est pas nouveau, les générations les plus âgées ont toujours eu tendance à critiquer les plus jeunes, les considérant individualistes, égoïstes, détachées de la famille ou encore peu enclines au travail. Là ce qui frappe, c’est à quel point les plus jeunes décrivent eux-mêmes leur génération comme individualiste, voire égoïste. S’il est probable qu’ils intègrent en partie ces traits d’image que leur renvoient les autres générations, on peut aussi penser que cet individualisme est probablement assumé dans un univers de plus en plus angoissant.

Les valeurs à transmettre, un indicateur du niveau de défiance des Français et de leurs peurs

Nos concitoyens ont de plus en plus l’impression de vivre dans un monde menaçant et complexe, sans que quiconque puisse en traduire le sens et en tracer l’avenir. Ils ont aussi le sentiment de vivre au sein d’une société très fragmentée dans laquelle chacun lutte contre les inégalités dont il s’estime victime : en tant que jeune, que senior, que femme, qu’habitant des quartiers « difficiles » ou isolé dans le rural, que personne issue de l’immigration, que célibataire ou divorcé avec enfant à charge, que croyant catholique, musulman ou juif, que future maman sans infrastructure d’accouchement à proximité, etc. Il y a un sentiment d’explosion des colères et des indignations qui à la fois parlent aux Français et leur font redouter une atomisation de la société et une incapacité de plus en plus forte à pouvoir vivre ensemble.

Les résultats de cette enquête, notamment sur les valeurs qu’ils estiment être les plus importantes à transmettre, sont en partie l’expression de deux craintes majeures : sommes-nous encore capables de vivre ensemble ? Quel avenir sera celui des jeunes générations dans un mode de plus en plus incertain ? Parmi les qualités dont les répondants jugent qu’elles sont prioritaires à transmettre à un enfant, le respect des autres est plébiscité (58%) et la tolérance est mentionnée par un répondant sur quatre. Ces scores élevés paraissent l’expression d’une inquiétude : dans les difficultés et les divisions que traverse notre société, ils montrent le souhait que le respect des autres demeure le socle de tous les échanges. L’importance accordée à la confiance en soi (41%) et l’autonomie (26%), pour sa part, traduit le sentiment que les nouvelles générations devront être fortes pour trouver leur place et savoir de se battre pour s’en sortir. L’importance du travail résonne d’ailleurs en creux puisque le mérite est jugé comme un enseignement essentiel par 69% des répondants.

Mais en même temps, au sein de la famille, les relations entre générations demeurent riches et actives

Mais au-delà du jugement que les générations se portent entre elles, au sein de la famille les liens intergénérationnels apparaissent comme riches et complémentaires. L’opinion que l’on a des différentes générations n’entrave pas les relations familiales. Les Français se disent reconnaissants envers leurs grands-parents pour l’histoire familiale et les valeurs qu’ils leur ont transmis, envers leurs parents, pour un soutien plus concret (voire financier) et quotidien (dans les moments difficiles), et envers leurs enfants et petits-enfants, pour leur présence affective, leur vision rafraîchissante du monde et leur aide au quotidien, par exemple pour l’appréhension des nouvelles technologies. Ces solidarités sont descendantes mais aussi très souvent ascendantes. Et c’est tout l’enjeu de ces prochaines années. En 2030, pour la première fois dans l’histoire démographique de la France, les « plus de 65 ans » seront plus nombreux que les moins de 20 ans. Face à ce phénomène, la question des solidarités ascendantes et de leur contenu se pose d’ores et déjà et elle est complexe car nous n’y avons jamais été confrontés. Et bien au-delà du cercle familial.

Découvrez le baromètre complet

Fiche technique : enquête Ipsos pour La France Mutualiste menée du 22 février au 4 mars 2019 auprès de 1000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Auteur(s)

Articles liés

  • Featureflash Photo Agency / Shutterstock.com

    Retour de Céline Dion : une ferveur partagée par un quart des Français

    Alors que Céline Dion a fait son grand retour depuis le mois septembre en France avec une série de concerts devant un public conquis, une étude Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs réalisée début octobre 2026 décode les ressorts d'un engouement sans précédent : la star québécoise, longtemps éloignée des scènes par la maladie, cristallise à la fois l'admiration pour une voix exceptionnelle, une nostalgie collective et une forme d'attachement très personnel des Français à son destin.
  • Education alimentaire | Diététique | Santé publique

    Présidentielle 2027 : un Français sur deux pourrait faire de l'éducation alimentaire un critère de vote

    À six mois de la présidentielle, l'éducation alimentaire sort de la cuisine pour entrer dans le débat politique. 74 % des Français estiment que l'éducation alimentaire des enfants et des adolescents n'est pas satisfaisante, 53 % considèrent que l'école n'en fait pas assez, et 90 % y voient la marque d'inégalités sociales fortes. Résultat : 63 % attendent des candidats des propositions concrètes, et 49 % se disent prêts à favoriser un candidat qui s'emparerait du sujet.
  • Mondial de l'Auto | Mobilité | Automobile
    Automobile Enquête

    Mondial de l’Auto 2026 : le nouveau portrait des automobilistes français

    La nouvelle enquête Ipsos bva, menée en partenariat avec le Mondial de l'Auto, souligne le rapport paradoxal des Français à leur véhicule. Si la voiture reste un puissant symbole de liberté (94 %) marquant une forte dépendance dans les régions (81 %), la transition vers l'électrique se heurte au réalisme économique, avec seulement 19 % d'intentions d'achat malgré un fort désir (53 %). Côté technologies, les conducteurs plébiscitent les aides à la conduite mais rejettent l'automatisation totale (34 %), exigeant de rester maîtres à bord.