Un an après l’élection de Joe Biden, un bilan décevant aux yeux des Américains et une polarisation plus forte que jamais de la société

1 an après l'investiture de Joe Biden, quel regard portent les Américains sur leur nouveau président ? Notre expert Mathieu Gallard fait le point.

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  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Public Affairs
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La popularité de Joe Biden est nettement négative après un an à la Maison Blanche

Un an après son entrée en fonction, la cote de popularité de Joe Biden est désormais clairement négative : selon le dernier sondage du baromètre hebdomadaire Ipsos , 51% des Américains désapprouvent son action, contre 45% qui l’approuvent. Par rapport à l’enquête réalisée dans la foulée de son investiture le 20 janvier 2021, la part de personnes satisfaites a baissé de 10 points, tandis que celle des mécontents a progressé de 19 points. Seul motif de satisfaction pour le Président américain, sa cote de popularité reste supérieure à celle de Donald Trump un an après son entrée en fonction : en janvier 2018, 55% des Américains jugeaient négativement l’action de l’ancien hôte de la Maison Blanche, contre 41% qui étaient d’un avis contraire.

Le mécontentement des Américains envers leur Président s’explique par le blocage de son programme au Congrès, dû à sa majorité très courte aussi bien au Sénat qu’à la Chambre des Représentants et à l’opposition féroce des élus républicains et de quelques démocrates centristes. Si le grand plan de 1200 milliards de dollars sur les infrastructures, voté en novembre, est approuvé par 53% des Américains, l’échec du Président à faire voter un nouveau plan de relance fait que ce ne sont plus désormais que 41% des sondés qui se disent satisfaits de son action en matière économique, contre 60% dans les semaines suivant son entrée en fonction. De même, les jugements sur son bilan face au réchauffement climatique (46% le trouvent positif), à la fiscalité (40%) ou à la criminalité (36%) sont négatifs et en forte baisse depuis un an. Enfin, alors que l’inflation en 2021 a atteint 7% aux Etats-Unis, soit le niveau le plus élevé depuis 1982, seuls 28% jugent positivement son action dans ce domaine, 69% la désapprouvant.

Seul point positif pour Joe Biden, les Américains approuvent encore majoritairement son action face à la crise sanitaire (53%), même si la tendance est clairement à la baisse avec un recul de 19 points par rapport au mois de mars dernier.

Un pays marqué par un fort pessimisme

Après un an de présidence démocrate, le pessimisme sur l’avenir du pays reste massif : 26% des Américains estiment que dans leur pays, « les choses vont dans la bonne direction », contre 60% qui pensent au contraire qu’elles vont « dans la mauvaise direction ». Un sentiment qui touche même l’électorat démocrate, puisque même chez eux, l’optimisme (42%) et le pessimisme (40%) arrivent au coude-à-coude. Il faut toutefois noter que ce pessimisme est désormais une constante de l’opinion publique américaine, puisqu’il était déjà très marqué au moment de l’investiture de Joe Biden.

Ce sentiment de morosité générale est alimenté par des craintes à propos de l’évolution de la situation économique : 62% des Américains pensent que l’inflation va encore augmenter au cours de l’année à venir, et 68% pensent que leur niveau de vie va stagner.

Par ailleurs, la situation sanitaire est aussi un facteur de pessimisme : alors qu’en juin dernier, seuls 16% des Américains pensaient que le retour à la normale se ferait dans plus d’un an (voire jamais), ce chiffre est désormais de 52%. La lassitude vis-à-vis de la crise sanitaire et des contraintes qu’elle impose n’épargne donc pas les Américains.

Un climat de polarisation politique exacerbée qui persiste après la présidence Trump

Après un mandat Trump marqué par une polarisation politique massive, le nouveau Président reste extrêmement clivant : si 77% des démocrates approuvent son action, ce chiffre tombe à 16% seulement chez les républicains. Une situation classique depuis la Présidence Bush (2001-2009), mais qui illustre l’incapacité de plus en plus forte des deux camps à se comprendre.

Cette polarisation s’illustre dans la contestation par une partie non-négligeable de l’opinion publique des résultats de l’élection de 2020 : 36% des Américains estiment que des fraudes « ont aidé Joe Biden à remporter l’élection », parmi lesquels 66% des électeurs républicains ; et 22% estiment même que « des fraudes massives ont inversé les résultats de l’élection », dont 45% chez les républicains

L’attaque par les supporters de Donald Trump du Congrès lors de la certification des résultats de l’élection présidentielle le 6 janvier 2021 a encore accentué cette fracture. Malgré le choc provoqué par cet évènement, 25% des Américains pensent aujourd’hui qu’ils agissaient avant tout « pour protéger la démocratie » , contre 72% qui estiment qu’ils cherchaient à « menacer la démocratie » (une opinion partagée par seulement 45% des républicains). Et si 58% des Américains estiment que Donald Trump porte la responsabilité de cette attaque, seuls 20% des électeurs républicains sont d’accord avec cette opinion.

Cette polarisation politique entre deux Amériques viscéralement opposées s’accompagne désormais d’une polarisation « affective », à savoir une animosité de plus en plus forte entre les électeurs des deux partis : ainsi, 72% des électeurs démocrates ont une mauvaise opinion des électeurs républicains, et inversement, 75% des électeurs républicains ont une mauvaise opinion des électeurs démocrates.

Dans ces conditions, une nette majorité des Américains estime que « la démocratie américaine est en crise et pourrait s’effondrer » (64%), une opinion partagée aussi bien par les électeurs républicains (70%) que démocrates (64%).

Novembre 2022 : des élections de mi-mandat qui se présentent mal pour les démocrates

Dans ce contexte inquiétant, les élections de mi-mandat qui se dérouleront le 8 novembre prochain s’annoncent difficile pour les démocrates. Non seulement, leur majorité est très courte au Congrès (elle tient à une voix sur 100 au Sénat et à trois voix sur 435 à la Chambre des Représentants), mais historiquement, ce type de scrutin est une défaite pour le parti du Président : depuis 1860 et la mise en place du duopole entre démocrates et républicains, elles se sont soldées dans 38 cas sur 41 par une défaite du parti de l’hôte de la Maison Blanche.

Dans ce contexte, le dernier sondage national pour le scrutin à la Chambre des Représentants, qui donne 40% des voix aux démocrates contre 33% aux républicains, semble plutôt favorable au parti du Président. Toutefois, la traditionnelle abstention différentielle qui profite à l’opposition lors des mid-terms ainsi que le découpage des circonscriptions largement favorable aux républicains devrait donner l’avantage à ces derniers. Ainsi, lors des élections à la Chambre de 2012, les républicains avaient obtenu une confortable majorité en sièges (234 élus, contre 201 aux démocrates) avec une minorité des voix (47,7% contre 48,8%).

Quant au Sénat, plusieurs sortants démocrates semblent en position très incertaine (Arizona, Géorgie, Nevada…), et les candidats du parti de Joe Biden ne semblent au contraire compétitifs face aux républicains qu’en Pennsylvanie, et éventuellement en Caroline du nord et au Wisconsin. Les démocrates peuvent donc au mieux espérer un maintien de leur fragile majorité d’une voix, largement rendue inopérante par le refus des sénateurs Joe Manchin (Virginie occidentale) et Kyrsten Sinema (Arizona) de voter en faveur des ambitieux programmes économiques, sociaux et institutionnels du Président.

Reste que même en cas de défaite, l’avenir de Joe Biden ne sera pas écrit. Bill Clinton comme Barack Obama avaient connu des défaites – pour ne pas dire des déroutes – à l’occasion de leurs premières élections de mi-mandat ; cela ne les avait pas empêchés d’être confortablement réélus deux ans plus tard.

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  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Public Affairs

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